‹ Pièces de théâtreChapitre 88 sur 1241 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

LADY NELMOOR, puis ARTHUR.

I.\DY HELMOOR seule un instant. Oui, mon cœur est paisible 1 Peut-être pourrail-il y avoirun peu plusVletendresse pour riininme à qui je vais m'unir ? mais ce n'est pas ma faute, on ne règle pas les mouvemens de son âme! on n'y met pas ce qu'on veut, on y prend, ce qu'on y trouve! et je n'y trouve pas d'amour pour M. de Normont.... mais cela vaut mieux!

beaucoup mieux. [En ce moment Arthur grimpe en dehors de la fenêtre qui est restée entre ouverte, il la pousse et saute dans la chambre ) .

LADY HELMOOR. Ciel !

ARTiiin. hnfin.

LAD! NRLMOOR. Est-il possible •'

ARTHUR, M'y voici donc !

LAD1 HELMOOR. Que vois-je, par cette fenêtre ? vous , monsieur ! quand votre blessure...

\i.i in K. Ah ! celte blessure, vous n'en avez jias été dupe. . .

LAD! m;i.mook. Mais que voulez-vous ?

ARTHUR. Vous voir... vous parler, seul un instant. Qu'il m'a fallu de peines pour arriver là. . . mais, eussé-je dû risquer dix fois ma vie, j'y serais parvenu !

I4D1 M.t.MOon, reculant. Oh ! laissezmoi.

\i. i in n. Vous ne me fuirez pas ! vous ne vous éloignerez pas ! songez madame que depuis un mois je vous cherche, je vou- pourrais partout pour saisir ce moment , pour obtenir une explication Déeattaire a mon bonheur.... au vôtre peut-être.

i.\nv m i/imon. Monsieur !. . .

Aivrin iv. Vous êtes la seule femme que j 'air .'lime c !

LA91 M.i.MOon. Si je le demandais a Bmma?

AlVTlll n. Si j'ai offert a elle ou à d'autres ( (i hommage qu'ut» jeune homme ne peut refoiei i li beauté.... o'esl qu'alors je ne vou, . ni.!) lUrail pat!.... Mais quand j'eus entendu rotre voix si douée, vos paroles dout la grâce et le charme m'out seules

révélé ce que la raison peut ajouter à la l'esprit, ce que la bonté peut prendre d'empire sur le cœur, j'ai senti... que c'était vous , madame , que je devais aimer.

LADY HELMOOR. M'aimer, moi, si grave, si sérieuse!. . . .

ARTHUR. Justement/ ne me fallait-il pas dans l'objet de mon choix de la raison pour deux.

LADY NELMOOR. Vous, si élégant, si frivole/ ..

ARTHUR. Ah! cette austère sévérité dt votre extérieur, cette simplicité qui prend autant de soins pour se dérober à nos hommages que les autres femmes en mettent a les chercher, n'est-ce pas un mérite qui n'appartient qu'à vous seule? et qui inspire plus d'admiration que tout l'ait de la coquetterie peut inspirer d'amour?

LADY NELMOOR , un peu troublée. Monsieur, ne parlez pas ainsi/., je ne dois ni ne veux le permettre. ., . Eucorc une fois, éloignez-vous! ....

ARTHUR. Non, madame! j'ai appris que vous étiez engagée, que, par je ne sais quelleerreur, vous croyiez trouver un sort heureux avec l'homme du monde le moins fait pour vous convenir.

LADY NELMOOR. Son noble caractère , sa raison si sûre , conviennent à mes idées, à mes principes âmes projets.

ARTHUR. Vous vous trompez, madame !

car vous avez une âme tendre, quoique vertueuse ! le premier besoin d'une âme comme la vôtre est d'éprouver, en les inspirant des sentiments te idres et vifs, et avec mon ami Normont que ferez-vous de tout cela?

LADY NELMOOR. Mais monsieur !. . .

ARTHUR. Oh! je m'y connais! et. d'ailleurs j'étais trop intéressé pour ne pas tout voir. Il n'y a qu'un instant, u'élail-il pas là, près de vous, et je cherchais, madame, s'il y avait en lui quelque chose qui put convenir à votre nature aimante et délicate! Je regardais ses yeux, rien n'y paraissait ï il n'y avait pas une émotion dans ses paroles! le son de sa voix n'exprimait rien, et quant aux mouvemens de son cœur; il n'eu perçait aucun! Ah'... il n'est point de sentimens qui puissent se contraindre si bien qu'un rival ne les sache deviner ! Il ne vous aime pas, madame, il est froid, il est glacé !. . . s'il sentait quelque chose il s'animerait !

l'amour est comme le feu , il échauffe du moins s'il ne brûle pas/ non, madame, il ne vous aime point !,.. et quand il est des

UN MARIAGE RAISONNABLE

cœurs pleins d'amour , qui recevront avec ravissement le bonheur que vous lui destinez, irez-vous lui douner un bien dontilne saura pascomprendretout le prix/

LADY NELMOOR, un peu émue. Eq vérité, monsieur, ce langage... doit me surprendre. . . et je ne sais de quel droit. . .

ARTHUR. Du droit que me donne votre injustice envers moi ! du droit que me donne l'amour le plus vrai, le plus sincère !

lady NELMOOR , se réveillant. Et je vous écoute! et je vous réponds!... mais vraiment, je suis aussi folle que vous !

M. DE ykivpy , en d'hors. Ah! ça, où diantre êtes - vous donc, M. de Normont?

LADY NELMOOR, inquiète. C'est la voix de mon oncle.

ARTHUR, avec embarras. Quoi , déjà, . .

NORMONT, en dehors. Venez me délivrer, M. de Verpv, je suis enfermé.. .

lady NELMOOR. Enfermé, comment?

ARTHUR. Oh ! ce n'est rien. . . mais ils vont venir.

LADY NELMOOR, troublée. Et que leur derai-je?. . . sortez, monsieur , sortez... ( Arthur va vers le fond on entend la voix d'Emma.)

EMMA, en dehors de la porte du fond.

Adiue, es-tu là.

ARTHUR. Je suis pris de tous les côtés !

i.vdv \elmook. Et si l'on vous voit, que peiiïera-l- on ? il ne faut pns. . . qu'on vou* trouve ici . . . que faire . . . ah! entrez là! Kl voyez, monsieur, à q uoi m'expose votre imprudence. (A elle même.) ht la mienne !

ARTHUR, saisissant sa main et la baisant. Oh! pardonnez , pardonnez!

{Il sort part la porte de <juuvhe.)

i.vin m;lmoor Quelle folies !... et si on l'eut vu, quelles idées on aurait pu concevoir!

{Elle s'assied et arrange des fleurs sans trop savoir ce qu'elle fait.)

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