SCENE VII
BÉNÉDICT, puis HENRIETTE BÉNÉDICT. Il a beau dire, nous ne la laisserons pas par-
tir... Je mettrais plutôt le feu au théAtie... Je suis mauvaise Icte, moi!., sans que ça paraisse! ah! c'est elle.
HENRIETTE. Vous Toilà, mODsieur Bénédict, vous venez pour notre duo?
DENÉDicT. Oui, Mademoiselle.
HENRIETTE. Je vais appeler Charlotte qui est l.'i... elle attache ipielques pierreries à mon costume !
BENÉDiCT. C'est inutile... nous n'avons pas besoin dune trnivirme personne, puisque c'est un duo.
lu NRitTTE. C'est égal... elle nous donnera des conseils. [Poussant un cri.) Ah ! la jolie corbeille! savez-vous d'où elle vient'?
BENEDICT, timidement. C'est moi qui l'ai apportée.
HENRIETTE. Elle est charmante, Bénédict, et je vous en remercie.
BENEDICT. H n'y a pas de quoi.... au reste, c'est à qui chercheia à vous plaire... tout le monde vous admire, tout le monde est il vos pieds! et vous en êtes ravie!
ifENRif.TTE. C'est vrai!., je nu croj-ais pas que les succès, les hommages, cela dût faireautaut de plaisir!.. C'est une si douce vie que celle d'artiste... une vie d'émotions auprès de laquelle toute autre existence doit paraître si triste et si monotone...
BENEDICT. Oui, çi serait bien... s'il n'y avait que les couronnes et les bravos qu'on vous prodigue ..mais ça nes'arréle pas lii...
HENRIETTE. Que voulez-vous dire?
BENEDICT. Cejeunehommedont on parlait hier au foyer... I lavez-vous remarqué?
HENRIETTE. Oui.
BENEDICT, tristement. Je m'en doutais... c'est un milord... un grand seigneur.
HENRIETTE, gaicmcnt. Je l'ignore. . je ne me suis jamais fait ces demandes-la.
BENEDICT. Et pourtant vous liens z à lui?
HENRIETTE. QucUlUcfois.
BENEDICT. Sins le connaître...
HENRIETTE. Écoutez, Bénédict... à vous qui êtes mon ami.... je dirai franchement ce que j'éprouve. . malgré moi, le soir, je le cherche des yeux... et quand je ne le vois pas, la salle me semble vide.
BENEDICT. C'est que vous l'aimez.
HENRIETTE. Non... mais c'est que quand il est l.i, au bal- 'con, il m; semble que je chante nreux... et puis, un ap- Iilaudissement de lui me fait plus de plaisir que tous ceux de la salle entière.
BENEDICT. .\h'. c'est de l'amour.
HENRIETTE. Eli bien! je crois que vous vous trompez,., je n'ai d'amour ni pour lui...
BENEDICT, avec joie. Tant mieux!
HENRIETTE. Ni pour personne.
BENEDICT, tristement. Tant pis.
HENRIETTE, gaiement. Je n'aime que le IhéAtre, je n'aime que la musique, le bonheur et les apjil nulissemenls qu'elle procure... et pour cela. Monsieur, {Souriant.) il faut penser pour ce soir à notre duo, (pic vous oubliez.
RENEDiCT. Vous croycz'.'..
HENRIETTE. Certainement... vous n'êtes venu ici i|ue pour cela.
BÉNÉDICT. C'est juste... c'est que je nc suis plus en train de chauler.
DUO
HENRIETTE
Et pourquoi donc?., c'est la musique yui vous rendra votre enjouement.
BENEDICT, montrant son papier.
Joliment!., un rôle tragique.
HENRIETTE
Tant mieux! c'est bien plus amusant.
Je suis la malheureuse esclave Que veut épouser le sultan.
Et vous, otlicier jeune et brave, Et vous... vous êtes mon amant!
U L'AMBAf
?S.\DRICi;.
BÙMDicT, vivewcitt.
BÉ>ÉDiCT, l'écoutant avec transport, et battant des
Ah! c'est bien vrai!
mains.
HENRIETTE, sottriaiit.
Brava! brava! comme on applaudira!
Dans le tluo...
HENRIETTE, souriant.
Allons, commençons lo morceau.
Si vous aiiplaudissozj Monsieur, qui me tuera?
(Prcnaiit son cahier ris musique.)
BENEDICT
« Tous lieux réiluils à l'csclavago,
Pardon., pardon, c'est vrai, je suis là pour cola!
« Lo soit a Inilii nos amours.
« Du souclaii la jalouse rago
ENSEMBLE
« Veut nous séparer pour toujours. «
HENRIETTE
BtNÉDicT, l'écoulant chanter avec admiration.
« 0 sort lunesle!
Ah! que c'est bien!..
« 0 fier sul'an.
UENMETTE.
« Je le déleslc
A vous. Monsieur!
« Comme un tyran!
BÉNÉDiCT, prenant son cahier.
« Ta vue horrible
« Quels destins sont les noires!
« Glace mon cœur,
UENnitTTE, rfc même.
« Monstre terrible!!!
« Je le jure ici par l'aniour, «
« Monstre d'horreur!!! »
ciisÈDicT, l'écoutant.
BENEDICT, à part.
Ali ! bravo !
0 bouheur même
HENRIETTE, (le même.
Qui me ravil,
« Je ne serai jamais à d'antres! »
Hélas! je l'aime.
BÉNÉDiCT, vivement, et s'ajyprochanl d'cUo.
J'en perds l'esprit!
Vous ne serez jamais ii d'aulres!
Grâce nouvelle
HENniETiE, souriant.
Orne ses traits.
Mais, Monsieur!
Oh! qu'elle est belle!
{Montrant le papier.)
Qu'elle a d'attraits !
Que dites-\ous là?
BENEDICT, levant le poing.
Cela n'est pas dans l'opéra!
« Frappons! frappons!.. »
BENEDICT, revenant à lui.
HENRIETTE, voijant qu'il reste le hras levé.
C'est juste!., où donc ai-je la tèle'?
Qui peut arrêter votre bras?
UENBIETTE.
Tuez-moi donc ! et surtout en mesure!
Allons, allons, disons la strelte.
BENEDICT
[Tous deux prennent leur caliitr et chantent sur uit mouvement animé.^
« Frappons. . »
{S'arrètant.)
Eli bien ! je ne peux pas.
ENSEMBLE
C'est plus fort que niui, je le jure!
HENRIETTE
HENRIETTE
Mais c'est pourtant ilans l'opéra.
« Tyran farouche.
BENEDICT, /»/ montrant le papier.
B Quand ton leil iouclio
C'est vrai!., mais aussi je vois là
« S'aiJresse à moi.
Qu'entre ses bras d'abord elle se jette?
« Ln mort erui'lle.
HENRIETTE
« Qu'en vain j'appelle,
A quoi bon?..
(( Est jiieii plus belle
BENÉniCI.
'( Eucor que toi.
Dam'!., ((uand on répète
(( Monstre terrible! ! !
11 faut bien répéter.
(( Monstre iriiorreur! ! !
HENRIETTE
<c Ta \ ue horrible
On peut passer cela!
« Glace mon cœur! !!
BENEDICT, lui montrant le papier.
BÉNÉDICT, c.'(Uii(oii< à la fois et parlant a part
Ah! c'est pourtant dans l'opéra!
{Chantant.)
a 0 sort l'uncste !
iiiNRiETTE, se jetant dans ses bras.
u Eh bien! donc, cher Oscar!
« 0 lier sultan.
BENEDICT
« .le te déleste
« 0 ma clicre .\manda 1
' « Comme un tyran!
ENSEMBLE
« Ta vue horrible
Il Glace mon eernr.
BENEDICT
« Monstre teirihie! ! !
« Mon cœur bat et palpite;
« Monstre d'horreur ! ! ! »
(1 Le trouble qui m'agite
(Regardant Henriette.)
« Me ravit à la fois
GrAce nouvelle
« Et la force et la voix. »
Orne ses traits;
Ah! ce que je sens là
Oh! qu'elle est belle!
Est il dans l'opéra?
Qu'elle a d'attraits!
(( Délire ipii m'entraîne,
(( Mon cœ'ur y résiste à peine,
HENRIETTE
« El. quand la mort est procbaino,
Mais, mon Dieu! ipie dites-vous là?
« Ponrrais-lu refuser
Tout ça n'est pas dans l'opéra!
« Un baiser, nu seul baiser?
BÉNEUICT.
C'est que je remaniais, hélas!
« Son cœur bat et palpite;
HENRIETTE
« Le trouble ipii l'agite
Chantez, Monsieur, et ne regardez pas!
« Lui ravit a la fois
{Heijurdant te papier.)
« Et la force et la voiv. »
« Eh bien! que la mort nous rassemble!
(.S'c dégageant de ses bras.)
ntNEDicr, de même.
Prenez garde... cela
V Que la mort nous rassemble!
N'est pas dans l'opéra.
HENRIETTE
[Voulant s'éloigner.)
« Fuyons ainsi le déslmmieur.
Monsieur!..
« Et si ma main hésite et Ireinble,
BÉNÉDICT, la retenant.
« Que la tienne perce mon cœur! »
C'est dans l'opéra !
L'AMBAPSADHIC
ENSrSIIiLE.
BENtDICT ET IIENUIETTE.
" ^'"" } cœurbilet iMlnito, « Le tioublf, etc., clc. »
(.l '<! fin (((,' cet ensemble, fténêdict emhrrisse Uenrictlo et tombe à ses genoux.]