MADAME P1>'C110N
Ain : Un homme pour faire im tableau.
Oui, plaignez-vous, mou clicr époux; Eu veritù, je suis trop bouuc :
Rliiis si j'eus d>;s torts envers vous, Faisons lu paix, je te iiardouno.
PINCHON
Voyez r beau dédommagomcnt; C'to paix-là pour toi n'est pas chère'. MADAME piNCUoN, tciutaiil ta joue, et lui faisant si'jno de l'embrasser.
C'est (pielque ehosc cepeuflaut, Que d' payer les frais de la sucrre.
piNciio:«. Dieu! quelle femme j'ai là, quelle bomic petite feinme ! (fi va pour l'embrasser.)
MADAME pi>ci:oN. .Mais finissez donc, monsieur l'iuchon; car voici .M. le comte.
SnÈNE II.
Les précédées; M. DE BREMONT; SUZETTE, en coslume de mariée.
M. DE nnEMOM. Bien, Suzctte, trcs-bien ; je suis content de loi, mon enfant. {Au moment ou M. de liremont entre avec Suzette, Pinchon tt sa femme s eloignent un peu vers la gauche du théâtre.)
MADAME piNciiox. M. le couile (pii donne la main a Suzette. Suzette en belle parure; qu'est-ce que cela signifie?
M. DU BKEMOM. Cela signifie, madame Pinchon, que Suzette vient de se marier.
PINCHON ET MADAME PINCHON. Se marier!
M. DE BHEMONT. A l'Instaiit même, le contrat est signe. M.vDAME PINCHON. Ah! uiou Diou ! [Ami mari.) Tu vois ce que tu as fait, ce dont tu es cause; il est trop tard, maintenant.
M. DE BREMONT. Trop lai'd ! et pourquoi? MADAME PINCHON. PouP lui parler de quelqu'un qui, depuisdeuxans,l'aimecoiiinieun fou,3ansosercndire un mot; et c'est moi, monsieur le comte, qui mêlais chargée de l'apprendre à Suzette; car c'est bien 1 amour le plus vrai, le plus honnête!
M. DE BKE.M0M. Je Ic crois; mais il est maintenant trop lard. .
MADAME PINCHON, plcurant. Hélas! c est vrai, elle est mariée; je dois me taire: mais quand je pense a ce pauvre Bertrand!
M. DE uuEMONï. Bertrand !
MADAME PINCHON. Hé oui ! c'cst lui qui l'adorait. M. DE BitEMoNT. Hé! c'esl lui qui vieiil de l'épouser. PINCHON ET MADAME PINCHON. H Serait possible ! M. DE uiiEMONT. Oui, uiou cnfaut; parle luainlenant; parle tant que lu voudras, je ne t'en empêche jias. (Madame l'inchon et son mari passent du côte de Suzette, cptise trouve entre eux; U. de Bremonl est à sa gauche.)
MADAME PINCHON. Quc je suis conteute! et que je lui en fasse moncompliinen't. Cette chère Suzette, layoiei donc notre cousine. Miis comment çi s'est-il tait? vous vous eu êtes donc doutée, vous l'avez donc deviné? car ce pauvre Bertrand n'aurait pris sur Uiiniême... Imaginez-vous que Ions les soirs il venait a la ferme, et il me disait : « Je n'ose pas, elle ne vou- « dra pas de moi, elle me repoussera. » En parlant ainsi, de grosses larmes roulaient dans ses yeux; et si vous saviez ce que c'esl que de voir pleurer un militaire, ea fait mal.
piNciioN. El cc matin, quand il croyait partir, ces Iiaiiiers qu'il m'avait confiés pour vous, et que je devais vous remettre en cas de malheur; tout cc ipi il avait, tout ce qu'il tenait de la générosité de .M. le coiiite, c'est à vous. Mademoiselle, qu'il le doiiiuul. suzETrE. Oue me dites-vous?
PINCHON. Les voilà; ça appartient maintenant, non pa< à lui, non pas à vous, mais à tous les deux, ce (pii vaut bien mieux, sans compter ce que fera encore M. le comte; car je suis bien sur...
stzETTE. Monsieur Pinchon.
M. DE BKEMONT. U suffil, cck mc rcgardcj mamtenani, ines amis, laissez-nous.
MADAME PINCHON. C'i'sl quc UOUS voulioHS pai'lcr a monsieur votre fils pour nos arrérages, et nous l'altcndioiisici. ., .,
M. DE bueiiont. u n'habite (dus ce pavillon, j en ai disposé; mais si vous voulez le voir au cUàteau, no perdez pas de temps, dépêchez -vous, car dans deux heures il .sera sur la route di; Paris.
MADAME PINCHON. Eli vitc! depéclions-nous. Adieu, monsieur le comte; au revoir, c aisilie. Je n'ai pas encore osé vous cinbras.ser, quoique j'en aie bien envie. srzETTE. Ah! .Madame! Ah! ma cousine!
MADAME PINCHON. Qiioiipie elcvc ' mieux ipie nous, je sais (pie vous êtes bonne, que vous n'êtes |ias lière.
LE MARIAGE DE RAISON
et vous nous permettrez de vous aimer comme nous aimons Birtrantl, iTest-il pas vrai? Eli liicii ! monsieur Pii:clioii, lu me laisses là, et v'ià que j' m'attemlris. Vieus-l'enilonc vile. Adieu, mcmsieur lecouile; adieu, madame berlrand. [Elle sort avec Pimhun.'i