DUBOCAGE, ACHILLE
DciiocACE, â part. Mais, quand j'y pense, si j'invitais aujourd'hui .M. de Frémoncourt à venir entamer avec nous le, pâté de foies gras, il sera enchanté de se trouver avec mon neveu. (// approche de lui la table, et se dispose à écrire ; pendant ce temps, Achille a pris une corde et s'amuse à sauter en chantant sur l'air : Je n' saurais danser.)
Petit Jean, liauss'-moi, Pour voir les fusées volante.<i,
Petit Jean, hauss'-moi.
Pour voir les fusées voler.
DiDOCACE. Eli bien! qu'est-ce que tu fais donc là?
ACHILLE, toujours de même,
P'tit Jean m'a haussé. J'ai vu les fusées volantes.
P'tit Jean m'a haussé, J'ai vu les fusées voler.
Là, c'est-i vexant? Dire que je ne pourrai jamais faire de doubles tours!
DUBOCAGE, lui faisant si(jne de la main. Mon petit bonhoinme,situvoulaisatlendreunpeu,çamedistrait.
ACHILLE. Dites donc, mon oncle, est-ce que vous ne jouez pas à la corde?
DtBOCAGE. Quelle question!
ACHILLE. Dame! c'est que tout le monde joue à la corde ; mais c'est ég,d, je ne vous force pas, pourvu que je fasse mes doubles tours.
Dt bocAGE. Oui ; mais je te dis que cela me fait un bruit qui me gène ; joue à autre chose.
ACHILLE. Tiens, je ne demande pas mieux, pourvu que je joue. (// prend les chaises et les fauteuils , les met les u)is sur les autres prés de la table, tout cela en chantant; M. Dubocatje, toujours écrivant, témoiyne S071 impatience, mais sans tourner la tête vers Achille. qui achève d'entasser les chaises, et qui se dispose à monter sur la table.)
i>vmc\c,E, l'apercevant. Eh bien! qu'est-ce que tu fais donc là? tu vas te casser le cuu.
ACHILLE. Il n'y a pas de danger; je joue à la forteresse et je monte à l'assaut. Pif, paf, pan; vois-tu, ce sont lesTurcs qui résist(>nt, (Toutt's les chaises se renversent.) Patatras ! voilà la citadelle à bas.
DUBOCAGE. .\h ! mon Dieu, quel lapage et quelle poussière; et mes chaises qui doivent être brisées. Je te défends de toucher à aucun meuble, et de l'ien casser.
.uHiLiE Alors comment voulez-vous qu'on s'ainu.^e?
DUBOC'.GE. Au fait.
Air de la Robe et les Bottes.
Voilà quels sont les plaisirs de l'enfance.
Dans cet âge innocent et pur.
Voila ses jeux; et pourtant, quand j'y pense. Ce sont aussi les jeux de l'Age mur.
Oui l'homme est tel dans toute sa carrière.
Il se croit grand (luand il détruit ; Il se croit fort quand on le laisse faire. Se croit heureux alors qu'il fait du bruit.
(.4 la fin de ce couplet, Achille tire de sa poché une balle qu'il fait sauter et t'envoie sur la table où écrit M. Uubocaije.)
DUBOCAGE. Là ! c'est encore pire, il a renversé l'encrier sur mon papier, c'est une lettre à recommencer; c'est un démon que cet enfant-là. (Le prenant par le bras et le forçant à s''asseoir prés de lui de l'autre celé de la talde.) Je t'ordonne de ne pas sortir de là, et de t'amuser sur place, entends-tu? Je ne sais plus où j'en suis. Voyous... {Achille a pris le tambour qui est sur la table, et il se met à frapper de toutes ses forces.)
uuiiocAGE, se levant en sursaut. Ah ! mon Dieu, j'ai maïKpié sauter au plafond. \Achille joue toujours.) Mais veu\-tn te taire?
ACiin.i.E. Est ce (pie je bouge? Vous m'avez dit de m'anniser sur place; tant pire, je m'amuserai.
LE VIEUX GARÇON ET LA PETITE FILLE
AiB : Pan, pan.
Vous vûiirz de me le permettre.
DIIBOCAGE.
Te tairas-tu, petit démon?
ACHILLE
Pon, pon, poil.
DUBOCAGE
Allons écrire ailleurs ma lettre J'en perdrai, je crois, la raison.
ACHILLE
Pon, pon, pon.
DUBOCAGE
Holà! quelqu'un! [ci, Lapierre!
Viens, mène-moi dans mou salon.
ACHILLE
Pon, pou, jion.
Dl'BOCAGE.
Les autres vaudront mieux, .j'es[iére; Ah! le méchant petit garçon!
ACHILLE
Pon, pon, pon.
(Diihocaç/e sort appuyé sur le bras de Lapierre, cl Arliille le reconduit jusqu'à la porte de sou apparietuent en jouant du tantbour.)