‹ Pièces de théâtreChapitre 445 sur 575 · COQUEBERT, JEANNETON, GALUCHET, JEANNE, ANATOLE · texte numérisé non relu

COQUEBERT, JEANNETON, GALUCHET, JEANNE, ANATOLE

GALUCHET, en hahit des dhnanehes, entre en tenant sous le bras ses deujc filles en toilette, et habillées exactement de même.

Air : Tra la la, Ira la la.

Je n'ai rien.

Je n' suis rien, Oui, rien qu'un homme de bien 1

Que (le gens, à présent.

N'eu pourraient pas dire autant!

(4u notoire.)

Vous, Monsieur, qui, par état, Allez dresser le contrat.

Vous pouvez, et d'un seul mol , Etablir ici la dot :

(^Montrant Jeanne.) Elle n'a rien; [bis.) Mais c'est une fille de bien!

Que d' bell's dam's en se mariant N'eu apportent pas autant.

Pouitnul elle a deux beaux jeux.

Fraîcheur et traits gracieux.

Une taille et des appas Que pour de l'or on n'a pas!

V'ià son bien, C'est le sien.

Celui-là n' lui coûte rien.

Que d' beautés de haut rang N'en pourraient pas dire autant!

COQUEBERT. Qu'est-cc que c'est, Galuchet?.. qu'estce que c'est?., vous voilà en habit de noce... comme si c'était le mariage, et ce n'est que le contrat... je vous l'avais dit.

GALUCHET. C'est égal !.. vivent la joie et les amours !.. et conmie dit la chanson : « Dansons avant la noce, on ne danse pas toujours après... » (.1 Anatole et à .feanne.) Ce n'est pas pour vous que je dis ça, mes entants... parce (pie je suis sûr qu'avec ma iietitc

Jcaïuie ça ira toujours bien (.4 Anatole.) Et toi

aussi, mon garçon Vous me permettez de le tutoyer?..

ANATOLE, lui tendant la main. Certainement. GALUCHET. Je tutoie tous mes enfants, d'abord... et c'en est un de plus, un garçon, ça ne fait pas de mal ! . . moi (|ui n'avais que des tilles. Mais maintenant, il va nous en arriver des moutards!

JEANNETON, M faismû signe de se taire. Mon pèrC! GALUCHET. Qu'est-cc quc tu veux donc que je me gène?.. Nous sommes ici en famille, entre amis. [Montrant le notaire.) Est-ce à cause de monsieur le notaire?., il .sait ce que c'est que des moutards... il signe tous b-s jours des passeports et des permis pour en avoir. Ainsi, vivent la joie et les amours! eouuEUEHT. Silence, Galuchet!.. Je vous ai recom-

mandé et vous recommande, ainsi qu'à mon fils, le secret, le plus grand secret.

G.\LUCHET. C't' idée!., moi qui, au contraire, voudrais apprendre à tout le monde notre bonheur et rhonnèteté de vos procédés.

JEANNE ET ANATOLE. Et votre généfosité ! coQUEUERT. C'cst justcmcnt pour cela... J'aurais l'air de me vaiiter de ce que je fais, et de quêter des éloges pour une chose si naturelle... le bonheur de nos enfants.

GALUCHET, lui frappant sur le ventre. Comjjris et approuvé : on se taira. [Tendant la main a Coquebert.) Touchez là, mon ancien; vous êtes un brave homme et un bon père... moi aussi, et c'est pour ça qu'entre nous il n'y a que la main. Ah çà! et pendant que ce monsieur griffonne, est-ce qu'il n'y aurait pas moyen de... (/( fait le signe de boire. — A Coquebert.) Un petit verre à la santé de ces enfants!..

ANATOLE. Qu'à cela ne tienne, monsieur Galuchet. [Il court ouvrir une armoire, et place sur la table, à gauche, un plateau de liqueurs.) JEANNETON, bos, à Galuchet. .Mon père!

GALUCHET. On ne marie pas sa fdle tous les jours, et j'espère bien que le papa Coquebert me tiendra tète, [A Anatole.) Ver.se, mon garçon, verse plein!., je te rendrai cela le jour de tes noces. Qu'est-ce que c'est que cela? du parfait amour ou de l'anisetle?

COQUEBERT. Du rluim quia plus de cent ans.

GALUCHET, buvant. 11 a assez vécu... [A Anatole.) Verse du même! (.4 Coquebert.) Il pince encore, et je doute qu'à son âge vous et moi soyons aussi gaillards... A la vôtre!.. [Motitrant le notaire.) Voyez donc un peu si ça avance, là-bas... C'est étonnant comme ça vous ranime et ça vous égaie... surtout quand il y a longtemps!.. Ça et le bonheur je n'y étais plus habitué. (Jcanneton enlève la bouteille qui est sur ta table. )Ums on renouvelle aisément connaissance. (// va pour se verser un troisième verre et ne trouve plus lu bouteille.) Hein!., qui a supprime la bouteille?

JEANNETON. Moi, mou père, et pour cause !

cALUCiiET. C'est vrai, j'allais perdre la tète... mais Jeanneton conserve toujours la sienne. Quel trésor qu'une femme comme ça pour un mari ! aussi je t'en trouverai un... un autre tout pareil... (Montrant le notaire.) Et nous nous adresserons à Monsieur... quoiqu'il n'aille pas vite.

COQUEBERT. Je cfois bien, pn ne s'entend pas ! (^4 Anatole.) Ferme donc ces fenêtres! c'est un tapage dans la rue...

ANATOLE. C'est la file des voitures qui entrent eu face, dans l'hôtel Blansae.

JEANNETON, avcc émotiou. Chez M. Octave?

ANATOLE. Qui sc marie aujourd'hui à midi.

JEANNETON, regardant la pendule. Il n'est que dix heures!

ANATOLE. Il y a déjà un monde!.. Je l'ai vu ce matin à neuf heures, en lui portant les diamants qu'il attendait.

JEANNETON. Est-il bien heureux?

ANATOLE. Ça doit être... Mais il n'en avait pas l'air... il était si pâle !

JEANNETON, vivemeut. Il est malade?

ANATOLE. Non... mais sombre et triste.

Aiu : Ce que j'éprouve en vous voyant,

A SOS regards, je m'en souvicn, Lorsijue j'oflrais cette parure.

JEANNE ET JEANNETON

yiiel ninçce sur sa figure!

!1 soiiiiirait...

JEANKFTON, à part.

Octav', c'est bien!

JEANNE

Quoi ! vraiment'?..

AWATOLE.

Ce n'est encor rien, gur cet écrin, J'où jaillit l'étiacellej J'ai vu tomber une l.irme, je croi...

JE,\NNETOX.

Ab ! merci, merci ! . je le voi.

Les diamants ét.iient pour elle Mais cette larme était pour moi.

ANATOLE, à qui CoquebeH présente une plume. C'est à moi de signer?.. [Il s'approche de la table tout en parlant.) Dans ce monioiit est entrée une do nos pratiques, madame la marquise d'Aubervilliers...

COQUEBERT ET CALICIIET, viveiHcnt. Eli biéll?

ANATOLE. La tète haute et fière.,. A merveille, mon neveu, qu'elle a dit ! Puisque enfin vous renoncez aux grisetteset vous rendez au vœu de votre faniille, je vous apporte ma bénédiction... car c'est très-bien de se marier. (Signant et présentant la plume à son père, tout en continuant de parler.) A ce mot-là, je me suis avancé et lui ai fait part de mon mariage.

COQUEBERT, i]ui tenait la plume et qui allait siijner, s'avançant précipitamment. Comment! tu lui as dit?..

ANATOLE. Que j'allais me marier avec mademoisLlle Galuchet.

Cl QUEBERT. 0 cicl !.. moi qui t'avais recommande le silence!

ANATOLE. Pas avec une pratique comme celle-là.

COQUEBERT, à VOIX bossfl . Avcc cllc, au contiaire!.. Et qn'a-t-elle répondu?

AN.vTOLE. Rien!.. Elle s'est écriée brusquement : Mes gens! ma voiture!., et elle est partie .sans dire adieu à son neveu, qui n'y a pas même fait attention.

COQUEBERT. Imprudent que tues!.. Dieu sait ce qui vd arriver!

GALtcHET, ramassant la plume. Eh bien! signez donc...

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