‹ Pièces de théâtreChapitre 446 sur 575 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

Les mêmes, un Domestique, présentant une lettre à

Coquebert.

LE DOMESTIQUE. Pour moHsieur Coquebert.

COQUEBERT. Que disais-je?... l'écriture de la marquise! une lettre pour moi... [Tirant de la lettre une feuille de papier.) Et un papier timbré pour vous, Galuchet!

GALUCHET. PouF ffloi? {A Jeonneton.) Tiens, fille, déchilTro-moi ça, si tu peux.

COQUEBERT, Usant. « Le peu de mots que je vous ai « dits. Monsieur, auraient dû vous faire penser que « celle que vons allez marier à votre fils était d'une « naissance... au moins douteuse... »

TOUS. 0 ciel !

AN.\T0LE. Qu'est-ce que cela veut dire?

COQUEBERT, awc ùidi'jnation . Propos calomnieux et mensongers!.. Et à supposer même qu'ils soient vrais, qu'en résulterait-il? que mademoiselle Jeanne est d'une naissance incertaine.

JEVNNE. Que dites-vous?

COQUEBERT. Inidmuie... Tranchons le mot, illégitime!.. QuVsl-ce que ça me fait à moi? Au diable

les préjugés!., qu'elle soit ce qu'elle voudra .. Nous sommes tous égaux... l'égalité avant tout!.. Ces jeunes gens s'aiment, cela me suffit... je n'écoute rien, je ne regarde rien... Unissons-les d'abord, nous examinerons après.,. Signez...

JEANNE, se jetant dans ses bras. AU! l'excellent homme !

AN.vTOLE, de même. Ah! le bon père!

GALUCHET, allant à lui et lui prenant la main, Monsieur, ce que vous venez de faire là est uni! belle et bonne action ; mais vous en serez récompensé : Jeanne est à moi, Jeanne est bien ma fille ! JEANNE ET .\N.\T0LE. Qucl bonhi'ur!

COQUEBERT, effrayé. 0 ciel !

GALUCHET. Et jodéficà personne au monde de prouver qu'elle n'est pas à moi.

COQUEBERT, à part. Tout est perdu ! (A haute voix.) Ne signez pas !

TOUS. Et pourquoi?..

COQUEBERT, avec embarras. Pour([uoi?

JEANNETON, motdraut le papier qu'elle vient de lire. Parce que voilà une opposition qui arrive au mariage.

GALUCHET, vivenietit. Une opposition!.. Donne,

donne! [Lisant avec peine.) «Attendu attendu

« qu'une fille ne peut se marier sans le con.^enteinent « de son père... attendu que ledit Galuchet ne peut « prouver qu'il est le pci-e de ladite demoiselle con- « tractante...lesrequc]-ants s'opposent audit mariage. « el, .sous toutes réserves de droit, dé|ieiis, dommagi s « et intérêts, funt défense au sieur Galiiclict de dis- « po.ser d'aucune des deux jeunes fille.- d.iiit il est ac- « tuelleinent détenteur, avant d'avoir iirouvé à la « justice laquelle des deuxest réellement la sienne...» [Arec colère.) Par exemple! celui qui a fait cet acte est timbré.

COQUEBERT. Et le papier aussi... C'est en règle ! GALUCHET. M'euipècher de marier mes deux filks! COQUEBERT. Avaut quc VOUS u'aycz choisi et reconnu celle qui vous appartient... c'est clair!

GALUCHET, Eh! non, ça ne l'est pas!., puisque je n'en sais rien moi-même,

COQUEBERT, Alors vous ne pouvez pas figurer comme père.

GALUCHET. C'est-à-dire que parce que j'ai deux enfants... je n'en ai pas... Allons donc, c'est absurde ! COQUEBERT, C'est la loi... c'est-à-dire, au contraire... vons comprenez... Non, je m'embrouille... la loi ne reconnait qu'un père par enfant, pas plua! c'est absurde, comme vous dites, mais enfin ! nous n'y pouvons rien. Vous avez vu. mon cher ami, que je ne tenais ni au rang, ni à la fortune... je suis par mon caractère au-dessus des préjugés... mais non pas au-dtssus des lois! Je suis obligé de m'y soumettre comme citoyen, comme bijoutier, et comme électeur... Dès ce moment mou parti est pris. A^.\TOLE. Mais, mon père...

COQUEBERT, à part. Si elle est fille de la grande dame, on ne voudra pas de nous; si elle est fille de l'ouvrier, je ne veux pas d'elle... De toutes les manières... c'est fini! [Haut, à son fils.) Partons!., ANATOLE. Et où allons-nous?

COQUEBERT. Rétablir les faits el adresser mes excuses à madame d'.\u|iervilliers... Si lu perds ta fiancée... ce n'est pas une raison pour que je perde mes prallciues, et la familK' di' l.i marquise est de mes mi'illiur. s. J<' vais lui 11 rire uni' liltre que lu lui porteras à l'instant. [Galuchet, pemlant ce qui précède.

JEANNE ET JEANNETON

est tombe dans un fauteuil, tenant à la main le papier timbré, et absorbé dans ses réfleœions; ses deux filles sont debout prés de lui. — £» entendant Coquebert qui va sortir, il rei-irnt à lui.)

GALUCHETjO Coquebert. Mais, permettez, Monsieur...

coQi'EBBHT. Vous voyez commB je suisj lafrancliise même... Je ne dis pis oui^ je ne dis pas non... Décidez vous-même la(|iielle des deux est ù vous... sinon pas de mariage possible... ni pour Tune... ni pour l'autre... {A Anatule.) Vcnni, mon fils^ suivez-moi... (/; l'entraîne.)

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