SCÈNE IV
JEANNE, GALUCHET, JEANNETON
JEANNE ET JEANNETON. Qu'eSt-CO qUC Cl'Ul sigilifie,
mon père?
GALUCHET. Ça signific... que vous êtes bien mes enfants tous les deux ! et, quoiqu'il arrive , je vous regarderai toujours comme telles... Ça me serait irapossible autrement.
JEANNE ET JEANNETON. Et à nOUS aUSSl.
r.ALUCHET. Je le sais bien 1 mais par la force des choses et des circonstances... trop longues à vousexpliquer,on veut que je reuouce a l'une de vous deux.
JEANNE. Et vous le pourriez?..
JEANNETON. Vous aurlcz ce cœur-là?..
cALuciiET. Il le faut... pour voire bonheur... pour votre avenir... Mais je ne peux pas... Aussi... voyez, mes enfants... décidez vous-mêmes!
JEANNE. Non, mon père?
JEANNETON. Nc plus être vos enfants !
GALUCHET. Jc dois VOUS dire... pour vous consoler, que celle qui m'abandonnera...
JEANNE, auec force. Sera maudite!
GALUCHET. NoH... elle deviendra une grande dame, elle sera noble, elle sera riche... tandis que l'autre ..
JEANNETON. Ab ! je suis l'autre !
JEANNE. Moi aussi !
JEANNETON. Nous le sommcs toutcs dcux!
GALUCHET. C'cst bien! c'est bien! vousètesde bonnes filles. ..qui me reniiez bien heureux... mais qui m'embarrassez beaucoup... parce qu'il ne s'agit pas d'être faible et de pleurer... 11 faut du courage... enlendstu, Jeanne?.. (Regardant Jeanneton qui se détourne aussi pour essuyer ses yeux.) Entends-tu , Jeanneton, toi qui d'ordinaire as de l'énergie pour toute la famille? [Avec force.) Je te répète qu'il faut choisir... {Avec colère ) Il le faut!
JEANNETON. Eh blcu ! mou père, ne nous grondez pas!
JEANNE. Ce serait la première fois.
JEANNETON. Ma sœur et moi sommes résignées... N'est-il pas vrai, sœur?..
JEANNE. Oui, je te le jure.
JEANNETON, auec fermeté. Choisissez donc... décidez vous-même...
GALUCHET, effrayé. Moi!..
JEANNE. Nous obéirons sans plainte... sans murmure...
JKANNETON, cssuyant SCS yeux sans être vue. Oui... nous obéirons !
(lALUCHEi', se place entre elles en silence, puis lève les yeux au ciel. — L'orchestre joue en sourdine l'air de la Juive : Rachel , quand du Seigneur la grâce tutctnire. Toi qui sais la vérité... Miirie-Jcannc , ma |i.uivir IVumie . envoie-moi de là-haut quelrpic botme
inspiration !.. Dis-moi là... par un seul baltoment du cœur... laquelle est notre sang... laipielle est notre vraie fille... Tu ne vourlr.tis pas me tromper... n'estce pas?.. Et c'est toi... toi seule que je croirai. (Ilre-
: garde, l'une après l'autre et attentivement , ses deux filles.) Ah ! j'ai le mémo plaisir à les regarder!., je lis dans liurs yeux la même tendresse... [H embrasse Jeanne qu'il presse sur son caur, puis ensuite Jean-
; " neton.) Le cœur me bat de même!.. Ah ! c'est le ciel qui prononce!., toutes b's deux sont à moi.
LES DEUX JEUNES FILLES. Oui... OUi !.. VOUS l'aVeZ dit.
JEANNE. Restons toujours ensemble.
JEANNETON. Ne uous quittous plus !
GALUCHET. Mais la fortune qui vous attendait peutêtre...
JEANNE. Nous y renonçons!
JE.\NNETON. Nous nous OU pnsserous !
GALUCHET. Ah ! jc sav ds bien qu'elles m'aimeraient mieux que de l'argent!.. Ainsi, mes chers enfants, vous croyez doue qu^en s'aimant bien on peut vivre dans une mansarde, sans beaux habits et sans diamants?
TOUTES DEUX. Oui , mou père.
GALUCHET. Mais les amoureux, les (lancés, ceux qui peut-être vous auraient épousées?..
JEANNE. S'ils ne nous épousaient que pour cela...
JEANNETON. La perte ne serait pas grande!
JEANNE. Ils attendront... et on verra !
GALUCHET j 9a/e»ie«Y. C'est ça... avec le temps on verra !
JEANNETON, gn(Vmen«. Quanta moi... c'est tout vu!., je n'y tiens pas .. je ne me marierai jamais... Ça a toujours été mon idée.
GALUCHET. Vraiment ?
JEANNETON. Je resterai avec vous... je vivrai avec vous.
GALUCHET. Eu garçons !
JEANNETON. Je tiendrai le ménage... et nous aurons au logis...
GALUCHET. Travail et plaisir !
JEANNE. Bonheur et santé !
JEANNETON. El uous rirous !
JEANNE. Nous danserons !
GALUCHET. Nous nous aimcrous tous les trois.
LES DEUX FILLES. Tûujours ! toujours !
GALUCHET, uu conible de l'ivresse. Assez ! assez, mes enfants !
Air : Dieu m'éclaire (Cnvatinc de La Juive).
Douce étreinte!
Plus de plaiiite!
Oui, sans crainte.
Moi,
Je voi Les tempêtes Sur nos têtes. Quand vous êtes Avec moi!
JEANNETON
D.ins le sentier de la vie.
L'un sur l'autre l'on s'.i|iiiMie,
GALUCHET
El nous ferons le chemin En nous donnant la main.
Douce étreinte!
Plus de plainte!
Oui, s.His crainte.
Moi,
Je voi
JEANNE ET JEANNETON
lljilillli'^v'f •"■■'■
IBAIfnBTOS, La ïoii'i! — Acte 2, scône 13
Les tempêtes Sur nos tètes.
Quand vous êtes Avec moi!