‹ Pièces de théâtreChapitre 457 sur 575 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

M. DE BRIËNNE, IRÈNE.

M. CE BniENNE. Cette femme est bavarde'.

iiiHNE. Elle est aubergiste, et enchantée devousrecevipir I Vous voyez qu'elle s'en vantait d'avance!

>i. DE uwENNE, regardant sa plie. N'es-tu pas bien f itiguée, ma fille?

iiiENE. Non, vraiment !

M. DE DniENNE. Venir de Versailles jusqu'ici, presque sans s'arrêter!

IRÈNE. J'étais avec vous, mon père !

M. DE BRiENNE. Tu as voulu, malgré moi, ni'accompagner...

IRÈNE. Pour vous voir plus longtemps et vous faire mes adieux !

M. DE DRiENNE. Merci, mcrci, mon enfant! c'est ton retour qui m'inquiète!

IRÈNE. Je reviendrai avec ma tante; aucun danger; et y en eùt-il, il n'est pas permis d'avoir peur à la fille et à la sœur d'un marin !

M. DE muENNE. Oui, uiou fils Va se battre pourl'indépendance de l'Amérique , moi, croiser dans la Méditerranée contre les Anglais; et pendant bien longtemps peut-être, te voilà sans protecteur !

IRENE. Et moi donc !.. me comptez-vous pour rien ?

M. DE BRiENNE. Non ! mais avant de quitter Versailles et la cour, j'auraisaimé à te voir mariée. Notre jeune reine, Marie-Antoinette le désirait... tu ne l'as pas voulu !

IRÈNE. Non, mon père!

M. DE HRiENNE. Alusi, dc tous CCS jcuiies selgiicurs qui t'entouraient aucun n'a réussi à te plaire!

IRENE. Aucun!

M. DE BRIENNE. Et tu n'aimcs personne?

IRÈNE. Personne! que vous, mon père! vous êtes si bon! Par exemple, une chose qui me surprend, c'est que vous avez partout une réputation de sévérité effrayante! vos domestiques n'osent lever les yeux devant vous; et j'ai vu de braves soldats trembler en vous adressant la parole ! cela ne m'a jamais produit cet effet-là... au contraire!., c'est moi qui vous gronde parfois... avec respect, s'entend!

M. DE DRIENNE. C'est quc toi... tu cs ma fille!

IRÈNE. Et puis ilsdisent aussi que vous êtes sombre, tariturne, ne parlant jamais ! avec moi vous parlez... et de tout... comme en ce moment!

M. DE DRIENNE. C'cst quc toi... tu cs ma fille !

IRÈNE. Ne vous étonnez donc pas si ce boiihcur-là me suffît !

Am : De votT« bonté généreuse.

Dp notre jonnc souveraine

Oii'uiii; autre olilicnrif la faveur 1

Ou'unc autre, glorieusu et vuiiic,

Uech-^rclie un litre etUc l'ijoiuieur;

Quant à moi, plus amliilieuse.

Plus exigeante dans mes goûts,

Je Veux plus! je veux (itro heureuse!.. Voila pourquoi, je reste au|ues do vous! Voilà jiourquoi, je reste auprès (le vous! (Prenant tes lettres que 'J'érésine aplacées sur la iablo.)

ïcncz, mon père, voici vos lettres, lisez? ([ue je ne vous gÉne pas! celle-ci d'abord! ce doit être la plus

imporlante... un grand cachet... et ces mots : Conseil (lu Roi...

M. DE BRIENNE, l'ouvroiit. Oui... tu as l'aison. Des ordres pour l'embarquement et le départ...

IRENE, vivement. Prochain!..

M. DE BRIENNE, avcc émoHou. Très-prochain! .. [Ouvrant vivement d'autres lettres.) Beaucoup d'autres instructions particulières, pour des persoimes que tu ne connais pas!.. Monsieur le vicomte Henri de Clermont.

IRÈNE. Attendez donc!., je crois qu'il a été reçu chez vous, il y a un an... à Versailles!

M. DE DRIENNE. C'cst posslblc!.. nous reccvions tant de monde! (Souriant.) Ty intéresses-tu?

IRÉKE, froidement. Moi!., du tout!

M. DE PRiENNE, lisant. (I Monsieur le vicomte Henri (I de Clcrmont, qui a di ii , il y a un an, sa démis- « sion de capitaine de dragons, et qui dei'uisco temps « a voyagé en Italie, demandeaujourd'huiàreprenilre « du service. 11 doit être en ce moment à Hycres, on « à Toulon, pour raison de santé... (A Irène, qui fait M un geste.) il était donc malade!

IRÈNE, froidement. 11 paraît!..

M. DE BRIENNE, Continuant « Veuillez lui expliquer, « avec les ménagements que l'on doit à sa famille, « qui est puissante, que sa demande ne saurait être « accueillie, à notre grand regret! dites-lui (ce que « nous ne voulons pas lui écrire), que c'est le roi lui- « nicine qui s'y est opposé. Notre jeune souverain « n'entend point raillerie sur le chaintre des mœurs, « et la dernière aventure du vicomte a causé trop de « scandale...» (S' interrompant.) L'aventure... je crois « bien en efiet qu'il y a eu quelque chose... te rap- « pelles-tu?

IRÈNE. Moi, mon père !.. est-ce que celame regarde? tout ce que je sais, c'est que vous ne l'avez plus reçu. Et vous avez bien fait. C'était d'un bon exemple.

M. DE BRIENNE. Tu trOUVCS?

IRÈNE. Oui, mon père.

M. DE BRIENNE. Tu sais donc alors ce que c'était?

IRÈNE. Moi!., non; mais ma tante!

M. DE BRIENNE. Tu uic parlais tout à l'heure de ma sévérité!., mais toi et ta tante vous êtes bien plus rigides encore que moi, vieux marin... [Voyant le geste d'Jn'iie.) C'est bien !.. je ne vous blâme pas ! vous êtes comme le roi!

Page 1