SCÈNE VIII
DECLERMOMT, IRÈNE.
{Us restent quelipies instants inufts et immobiles, n'osant lever les ijru.v l'un sur l'autre; Irène a ra.sseniik' toutes ses forces pour vaincre son trouble; elle s'asseoit sur un fauteuil à droite, cherche à prendre un air calme et mcm? <) sourire.)
\RÈ\t , assise et se tournant vers de Clermont. C'est, dit-on, un bien beau pays que les États-Unis, monsieur le vicomte?
DE CLERMONT. Oui , .Madame.
IRENE. Pour se soulever ainsi contre leur ancienne pairie, d iallait (lu'ils fus.scut bien malheureux !
DE CLERMoNi-, (ictc distraction. Bien malheureux... oh! oui , .Madame... beaucoup !
IRÈNE. Et vousavuz vu Washington?
DE CLERMONT, avcc «» pcu d'impatience. Souvent... tous les jours !
IRENE. In homme des anciens temps! unCinclmiatus!.. jus'pi'ici. du niouis!.. pensez-vous, Monsieur, qu'd ne se di'mcutira pas?
DE ci.EiiMONT , (( iHirt , avec douleur. C'est elle qui me parlrainsi.. ce ealnie d'esprit, ci'tte indilVeivnce...
IRENE. -Ne eraijuez-vous (las, vous ipii l'avez vu de pr.s, (pi il ne finisse ciuiime tint d'auires, |>ar s'emparer du pouvoir suprême?
DE CLERMONT, ùpurt, avec colére. Ah', celte conversation in'e.-it msnpportdile!.. quand mon cu-ur Iml ! quand ma tète est brûlante! quand je n'ose lever les ycuv vers elle! {Haut, avec trouble.) Je ne sais... .Madame, ce ipie l'avenir prépare à nos nouveaux alliés... moi, soldat et de retour dans ma patrie... je ne pens.ds ipi'au plaisir de revoir la Fiance et mes amis... et je ni^ m'atlendais pas...
IRENE. .\ quoi donc , Monsieur?
m. ci.i;rmont. A Irouver le cointe Anuibal marié 1
IRENE. Eli! mais, n'ai-je pas enleiulu dire tout à riKUit ... ipie vous souciez à l'imiter?
DE CLERMONT. Celait depuis uii ail... mon désir et mon SI iil e-poir. . mais maintenant j'y ai renoncé... tl pour toujours !
IRENE, tifei/ioif. En vérité!., une pareille résolution...
DE CLERMONT. Oui, Miulauic , j'y suis déiiile!
IRENE. Et pour(|uoi donc?
DE CLERMONT. Si jc VOUS le disais... VOUS ne voudriez peut-être pas y ajouter foi. Le récit vous en paraîtra absurde, romanesque... une femme que j'aimais, et qui pourtant n'avait pour moi que des rigueurs...
IRENE. Vous avez raison, monsieur le vicomte,, c'est bien invraisemblable...
DE CLERMONT. Et luoi, pour uic Sûustrairc à un amour insensé dont je ni'uulignais... je nie livrais à toutes les dissipations, à toutes les folies... je ne reculais devant aucun excès! enfin, pour me guérir... je C(.iurais à ma perte, lorsqu'un jour... nu soir... je crus la voir en rêve., oui, Madame, c'est un rêve, ipii m'a sauvé.
IRÈNE, at'fc émotion. En vérité!
DE CLERMONT
AiB : Celle que j'aime tant cesse d'être cruelle. 0 suave merToilli! ù délice suprême!
Dont je m'enivre encor... oui, d'ici je la voi, .\ssise à mes cùt(?s et se penchant vers moi : Sa boucbo murmurait : Henri... Henri... je l'a'me!
IRÈNE, quia écoulé avec la plus vive émotion, s'écrie sans y penser. \\i\ c'est bien singulier!
DE CLERMONT. POUI'qUoi (loUC?
IRENE, se remettant. Vous avez raison... en rêve tout est possible.
DE CLERMONT. .VloTS, j'cnteudis Sa voix ranimer le courage et l'honneur près de s'éteindre... « Va coui- « battre, s'écria-t-elle! reviens digne de moi, me de- (( mander ;i mon père.
IRÈNE. Elle a dit cela!
DE CLERMONT. « Je t'attendrai, jc te le promets! \\- « vante, je serai à tiii ! et morte... à persoime! »
IRENE Elle a dit cela!
DE CLERMONT. Moi, je suis parti. Je rac suis b.iltu, j'ai risqué mes jours iioiirelle! je reviens... je demande sa main... ou me répond : Elle est mariée !
IRENE, poussant un cri. .\h'
DE CLERMONT. Qu'avcz-vous douc, Madame?
IRENE. Hien! .. (.1 part.) Le même rêve... celui que j'ai fait tant de fois... c'est à coiitoiidre la raison... Sauvez-moi, mon Dieu, sauvez-moi!
DE CLERMONT. Vous compi'encz maintenant pourqiioi j'ai V( nonce à jamais au mariage et à tout antre amour ! Je n'ai plus qu'un désir ; c'est de fuir... c'est de in'éloigiier d'elle; car ce songe.., cette illusion se Irouvenl réalisés. ..celle que j'ai perdue... c'est vous!
IRÈNE. 0 ciel !
DE CLERMONT. Celle quc j'aimais... que j'aime, c'est vous !
IRÈNE. Monsieur...
DE CLERMONT.. Mon rèvc s'est évanoui... il ne me reste rien ipie mon désespoir et mon amour! (// Jointe à ses pieds.)
IRENE. Monsieur... (pic failes-vous?.. Je ne dois... ni ne veux vous enteiidn"!
DE CLERMONT, en suppliant. Irène!
IRÈNE. Sortez! jcvous hais... je vous déteste!
DE CLERMONT. Ail !.. je lie le vois que trop !
IRENE. Et c'est la vérilé! [Poussant im criel restant immobile.) Ah I., mon père!..
SCÈiNE IX.
Les PRÉCÉDENTS, M. L>E lîRlENNE, au fmd du théâtre.
LE COMTE, apercevant Clermont aux pieds de sa lille. Qu'ai-je vu? (S'adressant à Irène.) Au sortir de l'aulel et le front celui encore de la couronne nuptiale, vous osez...
DE CLERMONT. .Moiisieur...
IRÈNE, «fcc indignation. Mon père, vous ealonmez votre lille.
IRÈNE
i.EC.oynr.. levant les mains vers le ciel. Non .. mais jo la iiKuiil. .
DE CLEioioNT, s'ihinçinil entre dix. Anctez, .Monsieur, et no m:iiiilissrz (iiie nuii mii l'ai nu'rité. Un antre que vons s'était tli'jÀ cliai'Ki' «o votrt) veiiyeanw} et de nmn cliàtinioiit. Voliv fils.,.
LK COMTE. Mon (ils!..
DE ci,ERMO>T. RK>sso (lanpcunsoment par liu ilaiis nn premier fonilmt, il me f;illnt iveommeiieer après ma gnérison. l'Iiis l\enrcu\ celle fois, je fis sauter l'épée (le mon adveisaiie, et, maître de sa \ie, il mo fut iiermisde lui demander (lardou et de luiavouer... (.1 M. de liyii'nne.) ce ipie vous iijnorez tons k s deux ! Dis ce nimnent voliv fils ét.iit devenu m m- seulement mon ami, mais un Ivt'ie, et II vons avait éel'it pour vous supplier du ni'aieonler la main de sa sism'!
LE COMTE. Lui !..
DE CLEiiMO>T. Coltu lettre... je vou.s l'apportais... Irop lard, je le .sais! [La lui prési-nlanl.) List>/-|a cepeuiîaht... car elle Vons apprendra lon( ce ipii s'est pa>sé il y a un an... ma folie ou plnlùl n'.onerimtset, en mi' Condamnant à vos jinix, en m'Atant peut-iMw tniis ks droits à vollY pardon, elle jnstitiei'a du moin,s un an.^e, il (|ui j'avitis onlevt: l'estiuie et l'amunr de son père!
LE COMTE, fjui, pendant ces dtrnii^rfS: phrases, a mvcrl la lettre et ta parcourue- prêt initamimnt. Esl-il po-sible ! se jouer «iusl de s(>u avenu'... de Si< nnm« talion!.. Ma lille!,, iJiiHstxinl à ijeiiuitx deiaut Wlc.)
uiENE, .se /('Crt/if. , Monsieur... nue rait<'.s-vous !
LE COMTE. .Mnii dcvoir!., Tii disa S vc.ii I .. .Moi, ton protecteur et tnn nèiv,., je t'ai ealonmiée, et ma vie entière se pa.'i.ser^ rt iniparer ma taule.
iRÈ>E. C'c^t iiop! c'e.vt tiMp !
LE COMTE. EL je foi xcmlue... sacrifiée... toi mon trésor le plus cher!
IRENE. .Mais {|nVs'-.fe que cela si^'n'fie'?
LE COMTE, /'e»/mfii(i)tt vers l'appartement à gauche. Viens!., viens, tu sauras tout! (.1 de Çtermuntqui fuit un pas vers lui.}
Air :
Je ne I cii\ pas lU^noncer volve ciîme,
{Moniraut m fi!:e.) Ni TOUS (Il Irir, s.iii liusiiiiuc U di^'end. Mais vous ain-e», lii |ir, liant pour vu^we, Cmsii Sus niiuu, $ia UunW «l suu lourmont; Vous aurez, vous, infiii, (pli l'aimiez tant, Au br.is d'un autre et pour toute sa vie, Jcti vous-même et livré mon enfautl,.
Adieu, Monsieur, à défaut d'infamie, .
Ce sera votre cliàlim..Tit!
É!nignez-vous, (pi'à défaut d'infamie Notre m.illieur soit vot;e etiàtiraenll (.1/. de Brienne sort par la porte à ijaurhe avec sa fille et 31. de Clcrmont tombe dans an fanleiiil.)