‹ Pièces de théâtreChapitre 538 sur 575 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

LE RÉGENT, allant ouvrir la porte à gauche, BABET.

LE RÉGENT. Vous voilà, Babct, donnez-iuoi la main. [lîlle entre dans Vappartement ; pendant ce t-in/is, Dubois, marchant sur la pointe du pied, passe derrière elle et sort par la porte à gauche, qu'il referme sur lui.)

BABET. Ah! mou Dieu! quelle obscurité, et pais, d MIS cette mansarde, où vous m'aviez dit que vous demeuriez, je crains toujours de me cogner liitéle.

LE RiGicNT. N'ayez pas peur; grâce an ciel, vous n'êtes pas si grande que ceux qui l'habitiMit. Pour de la lumière, on va nous en apporter, je l'avais ordonné.

BABET. Vous avez donc un domestique?

LE RÉGENT. Oui, Vraiment.

BABET. Vous no me l'aviez pas dit. C'est drflic depuis que vous espérez cette nonvelle place?

LE HÉGENT. Oui, Babel.

BABET. Et il paraît que vous êtes servi.

LE HÉGENT, souriant. Comme un prince, c'est-à-dire horrihlemeiit mal.

BARET. Voilà ce que c'est, si vous faisiez comme moi, je n'ai jamais à gronder ma femme de chambre.

LE RÉGENT. Jo cTols bien; elle est si jolie, et elie vous habille si bien.

BABET. Monsieur François, finissez.

LE BÉGENT. Asseycz-vous, do grâce. [Il la conduit vers le canapé ; ils s'dsseyenl tous deux; Uabetest à la gauche du régent.)

BABET. Volontiers; mais il me tarde de voir votn: apparlemeiil, je veux dire le nôtre, eidui qui bienlùt m'appartiendra, et de fdre connaissance avec nuire petit ninhilier... Eh mais! voilà un canapé qui n'est pas mal; moi, je n'ai que deux chaises, et elles .sont en païUi^; celui-là est remhoiirn'-.

LE RÉOENT. 11 ii'y a rien de trop beau pour vous, ipii êtes ma reine et ma souveraine.

BABET. Ah ! oui, je m'en suis déjà aperçu; vous êtes tri's-t;alant, et vous faites pour moi des dépenses qui nie fàeheiit; une fois marié, il l'auilra de récmiomie; je m'en charge.

LE RÉGENT. Cc 110 Sera pas la peine, j'espi're bien niontei' en grade et arriver à une place supérieure,

UABET. .\ quoi bon?

LE MOULIN DE JAVELLE

LE ntcF.NT. Vous n'avez dtw.c p?s fl'ambitii u?

DABET. Pas llll lllllt.

Aux (lu liaisi'r nu Poi'teur.

Dans mes rùves ilo jeune fille.

Ce n'est [las 1.Ï ce que je (lé?irais;

Un bon nit^iiage, une famille,

Des enfants (lU' j'élèverais, Vciila, voilà rc ciue je souhaitais.

Oui, je voulais, clans ma tendresse, Un lion mari, dont 1' soit s'unit au mien, Pour I' rendre heureux, et pour l'aimer sans cesse; [Le rcgardaiU tendrement.)

Je vous vois, et ne veux plus rien.

LE liÉr.ENT. Quoi ! vraiment, la fortune, ropuIcmcL'. ..

EAt.ET. J'aurais pu l'avoir nn jour, en épousant ce pauvre M. d'Aiiliigny, car lui, c'est liicn autre chose que vous, c'est un genlillinmmo.

LE RÉCENT. Et TOUS me préfiTcz à lui?

BABET. Oui; l'on aime mient son égal que son maître.

LE RÉCENT, o part. 0 ciel ! (Haut.) Et si j'étais gfftnd seigneur, vous ne m'aimeriez donc plus?

BABET, d'un air détaché. M i foi ! non, {Gàieinênit) k moins que je ne fu-se aussi grande daiîie.

LE RÉCENT. C'est tfop justc; et s'il ho tcimit qu'à toi de demander,- de désirer, que voudrais-til?

BABET. Vous! tous, conimc vous èics et pas autre cliose.

LE RÉGENT, IiorS de lui. Ah ! voilà ce que je n'ai jamais entendu, ce t^u'on ne m'a jamais dit. Baliel, tu ne sais p:.s quelle ivrcsiOj quelles délices inconnues j'é|irouvc auprès (le toi !

BABET. Kh liieu! mousicl)rl''rat)çoiSi.i

LE RÉGENT. Ah I resICj (ip grâce, ne tnê M'itê pas celle main qui est à tfioij qui m'appartienl, car je te coii-acre niesjoul's, tu fs (ont pour moi} el à soti amaut, à son mari on peut bien accoTdef.-.i

BABET. Ah 1 i|ue c'i st mal à vous; laissez-moi, moii ami, laissez-moi, dans huit jours je serai volrc femme, votre compagni'; nuis d'ici là...

LE RÉGENT. Bahet, uu scul baiser...

BABET. Oh non ! je vous en prie, ce n'est pas pour moi, c'e>t pour vous, c'est votre bien que je vous prie de défendre. (Se levant et résiatant plus faiblement.) Ah dame! si vous n'y metlez pas du vôUe! ..

Air de Céline.

Quo voulez-vous que je devienne?

Ayez do la raison pour nous ; lli'i, j'ai déjà bien de la peiué, Mon amour n'est que trop pour vous.

Il vous seconde assez., de grice, Mon ami, soyez généreux. .

Comment voulez-vous que je fasse Si je suis seule contre deux?

LE RÉCENT, l'embi'assant. Babet, Babet, ne fhe résiste plus. (0/1 frappe trois coups fî la porte de gauche.) 0 ciel! ce (|uc m'a dit Dubois. Y aurait-il réellement coiispiraiion? en vouiliait-on aux jours ou à laliberlc du roi? (U va du côté de la porte à gauche.)

liABÈT. Qu'avez-vons?

LE néCENT. Rien ; c'est pour le souper que j'avais commandé, et l'on vient me prévenir.

iiAHiCT. Il y a peut-être un accident.

LE RKGENTi Juslcnicnt ; jo vais Toir ce que c'est , et je reviens; atleudez-uiiii ici.

BABET. Si jo poux Yous aider, nv voilà.

LE RÉCENT. N"U, uiiu, je l'evieils, vous dis-je, on je vous envoie .M. l'rudhomme. !S'c vous inipaiienlcz pas,

c'est tout ce que je vous demande. '// sort par la porte (i gauche qu'il referme.)

SCENK V.

BABET, seule. Eh bien! il s'en va, il me lais c, et sans lumière encore; si je savais seulement où sont 1 s nappes et les serviettes, jo nu ftrais le couvert , mais encore faut-il y voir clair, el pas de briquet seulement, ni briquet ni allumettes! {Allant à h talik qu'elle cherche à ouvrir.) Et des table.s sans tiroirs. Ah ! quelle maison, comme c'est monté; on voit bii n que c'est un nu nage de g irçnn ; tna^s (latieucc, lorsque j'y serai, ce sera un pru mieux. {Allant vers le fond.) Ali ! une porto; celle de la cuisine, suis doute. {Tournant un bouton doré.) Et en tournant le loquet... {La porte s'vuvfe, it Babet recule^ étonnée, en voyant en- Iref, at)e6 des fUmbeaux, Toinun cl ses compagnes.)

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