SCÈNE X
Les précédests, HENRIETTE.
M. DE SAINT-VALLIER. Dieu ! quc vuis-jc?
ADdi.piiE. 0 ciel! Henriette...
M. i)K vERBOis. Mademoiselle de Saint-Vallirr.
M. PE SAiM-v ALLIER. Manièce... que je rencontre ainsi chez vous... dans votre cabinet!
HENRIETTE. Mon oHcle, pardonnez-nioi !(.-! M. de Verbois.) Ah! Monsieur, daignez me protéger... Quand vous saurez...
M. DE SAiNT-VALLiER. Hcnreusemeiit, aux termes où nous en soninies, il n'y a que demi-mal. {A M. de Verbois) Mais vous sentez, mon cher ami, qu'apris une aventure comme celle-là, il n'y a plus de relards possibles.
M. HE VERBOIS. Comment!..
M. DE sAiNT-vALLiER, bos. Ce n'est pas à votre âge, j'espère, que vous voudriez passer pour un séducteur.
M. DE VERBOis. Nou, Certainement, mais il me semble nécessaire de savoir, avant tout, comment mademuiselie votre nièce se trouve ici, et quel motif l'y amène.
M. DE SAINT-VALLIER. Eli bicu ! voyoHs, Mademoiselle, expliquez-vous.
HENRIETTE. Si niou oncle le permet. (.4 M. de Verbois.) C'i'stà vous, Monsieur, queje voudrais le confier.
ADOLPHE, (f «» ton piqué. Il me semble que Mademoiselle peut bien dire tout haut devant nousce qu'elle voulait dire en tète-à lèle à mon gnmd-papa.
HE^R1ETTE, de même. Juslement, .Monsieur, c'est que je ne le dirai pas.
M. DE SAiNT-vALLiER. Et uiol, jc VOUS Tordonne.
M. DE VERBOIS, à M. de Saint-Vcdlier. Allons, de la douceur. (.-1 Henriette.) Parlez, mon enfant, et ne craignez rien. Je vous promets, moi, de vous protéger et de vous défendre.
HENRIETTE. Ah ! c'cst tout ce que je demandais ! et je vois que j'avais raison de venir à vous : mon oncle m'aime beaucoup, mais...
M. DE VEiiBOis, lui prenant la main. Achevez, c'est lui qui vous l'ordonne.
HENRIETTE. Mais je n'ai jamais eu d'autres volontés que la sienne.
AiR de Mademoiselle de Delaunay.
Pour ne pas lui désobéir,
Jugez lionr quelle peine extrême.
Ce Gercourt ipie l'on veut que j'aime,
Gercourt à qui l'on doit m'unir !
J'aurjis voulu qu'il put me plaire.
Mais ne pouvant y parvenir
Et rraiu'nant un arrêt sévère'
J'étais résolue à mourir.
M. DE SAINT-VALLIER. Couimciitl Mademoiselle...
HENRIETTE, achevant l'air.
Pour ne pas vous désobéir.
(A M. de Verbois.) Lorsque j'ai pensé à vous, Monsieur, qui êtes si bon, que tout le monde vous aime et vous honore ; et je venais vous prier de me sauver la vie en rompant ce mariage.
M. DE VERBOIS. Si cc n'est que cela, mon enfant, c'est déjà fait.
M. DE SAINT-VALLIER. Oui, toUt CSt rOMpU ; VOUS u'é-
pouscrez plus M. de (ieicourt.
HENRIETTE, avec joic. Il Serait possible! M. i>E VERBOIS. Ne vous réjouissez pas encore... c'est
nini qui Ir ri'liipl.iie.
HENRIETTE, étonnée. Vous, Monsieur!
M. DE VERBOIS. Je uc sais pas si vous l'aimez mieux.
HENRIETTE. .\h ! mille fois davantage!
.M. DE VERBOIS. PtiTiietlez ceppiidaut... Il faut vous avouer la vérité! je n'aurais peut-être pas i)ensé de moi-même à vous demander en niari.igc ; c'est mon petit-fils Adolphe qui a eu cette heureuse idée.
HENRIETTE, avec émotion. Comment ! c'est Monsieur qui a bien voulu songer à mon élablissemcnl ! je le remercie des soins qu il prend pour me donner à un autre. Du reste, il ne pouvait pas faire un choix qui me fût plus agréable.
ADOLPHE. J'étais persuadé, .Mademoiselle, que, pourvu que ce ne fût i)as moi, il vous conviendrait.
HENRiEFTE. Oui, Moiisieur, pourvu que ce fût quelqu'un qu'il fût possible d'estimer; quelqu'un qui ne se fit pas une gloire d'aimer et de tromper deux personnes à la fois.
ADOLPHE. Ce n'est pas pour moi, sans doute, que Mademoiselle dit cela! car, grâce au ciel, je n'aime personne.
HENRIETTE. Et moi douc, croycz-vous que j'y pen-e?
M. DE VERBOIS. Ehbicu! mesenfaiits, qu'ya-t-ildcmc?
M. DE SAINT-VALLIER. Mais, en effel, qu'est-Ct; que cela veut dire?
M. DE VERBOIS, Sévèrement . Cela veut dire que monsieur Adolphe oublie devant qui il est. \A M. de Saiul- Vallier.) Et je crains bien, mon cher, que mes poti.'senfants ne s'accordent difficilement avec la femme d-' leur grand-père. (.-1 Henriette.) Ecoutez-moi, mon enfant, j'ai ûiit rompre votre mariage avec M. de Gercourt, et par cela iiième,je ne peux pas me le dissimuler, je me suis engagé d'honneur envers votre onde et envers vous : je vous épouserai donc, si vous le voulez, rien ne peut m'en dispenser; mais comme, dans le cas où je ne parviendrais pas à vous plaire, je ne me suis pas interdit le droit de présenter mon successeur, je vùusl'ollre aujourd'hui: choisissez entre le grand-père {Montrant .idolphc,) et le petit-fils. Eh bien ! Mademoiselle! prononcez.il me semble assez glorieux pour vous de voir à vos pieds deux générations.