‹ Pièces de théâtreChapitre 6 sur 575 · ELISABETH, LESTOCQ · texte numérisé non relu

ELISABETH, LESTOCQ

ELISABETH, à part, et regardant autour d'elle. Je ne l'aperçois pas! et cependant il me semble qu'il devrait déjà être arrivé, qu'il devrait m'avoir précédée.

LESTOCQ, s'approchant d'Elisabeth. C'est bien,Madame.

ELISABETH, d'un air triomphant. N'est-ce pas! surtout pour moi, qui suis faible et qni n'ai jamais pu avoir de caractère; mais une fois que je suis piquée!., et je l'étais beaucoup de ne pouvoir assister à celte tète brillante qu'où doit do:iuer demain, dit-on, à l'Ermitage.

LESTOCQ. Que dites-vous ?

ELISABETH. Une fête pour laquelle, depuis deux mois, l'on fait des préparatifs.

LESTOCQ. Quoi ! c'est là le véritable motif qui vous attire à Saint-Pétersbourg? Vous n'en avez pas d'autre?

ELISABETH. Non, Certainement, aucun !

LESTOCQ, toujours à demi-voix. Et peu vous importe de recevoir ici des ordres, quand vous devriez en donner; d'entrer comme simple sujette dans ce palais des czars où vous devriez régner en impéialrice?

ELISABETH. Ah! vous allez encore ramener cet éternel sujet de conversation. Grice, Lcstocq , je ne me sens pas bien aujourd hui ; je suis souffrante ; je suis malade.

LESTOCQ. Oui, vous êtes habituée à un air plus élevé, l'air du trùne! celui-là seul vous est bon. {Avec force.) Et si j'étais à votre place...

ELISABETH. Certainement; si vous y étiez. Mais entre vous et inoi,^mou cher docteur, il y a grande dillérence.

LESTOCQ. Je le sais. Madame, et j'ose dire qu'elle est est toute à mon avantage. Né de parents français, simple frater dans un misérable village , n'ayant d'autre 'bien que ma jeunesse et ma lancette, je n'ai désespéré ni de moi ni de mon avenir. Nul n'est prophète dans son pays; j'ai cherché fortune à l'étranger, et soit audace, talent, intrigue, comme vous voudrez, tout est bon pour arriver, et j'y SUIS parvenu ; j'ai été accueilli à la cour de Russie, je suis premier médecin de la princesse Elisabeth , de la fille des czars. De rien que j'etas, voilà où je me suis élevé, voilà ce que j'ai tait. Et vous. Madame, née sur lus degrés du trêne, hérititre présomptive de la couronne imiiériale, vous êtes descendue jusqu'au rang de princesse sans crédit, sans pouvoir, soumise aux caprices de la ^gente, aux ordres de Golofkin ou de Munich...

ELISABETH. Leslocq, vous ne voulez pas me fâcher ?

LESTOCQ. Et plût au ciel que je vous fisse sortir de cette insouciance, de cette apathie qui forme le fond de votre caractère! Plût au ciel que je fisse passer dans vos veines celte fièvre, ce désir de gloire qui ino dévore! dès demain jevousverraisass se sur le trône de Pierre leGraiid, votre père, je verrais briller sur votre Iront ce bandeau des czars qui vous irait si bien! Ah! que vous seriez belle!

ELISABETH, avcc complaisancc. Vouscroyeif (Se reprenant.} Non , non !

HÉCITATIF.

J'ai à d'autres projets plus séduisants pour mol. Mais que ji* ne piiin <lire S personne!

LESTOCQ

Et pourquoi?

DUO

ELISABETH

Heureux qui peut passer sa vie Loin des grandeurs, loin de la couri Heureux qui la voit embellie Par les plaisirs et par l'amour!

Heureux qui peut passer sa vie Sur le trAne et dans la grandeur!

Heureux qui la voit embellie Et parla gloire et par l'honneur!

ELISABETH

Moi, faible femme!., on veut que je conspire!

LESTOCQ

Mourir pour vous sont mes seuls vœux !

ELISABETH.-

C'est à la mort que tu veux me conduire...

LESTOCQ

C'est au trône de vos aïeux!

{La regardant.) Je le vois , dans son Ame J'ai ranimé l'honneur!

Et l'ardeur qui m'enflamme A passé dans son cœur.

ELISABETH

Je sens naître en mon àme Le dépit et l'honneur , Et l'ardeur qui l'enflamme •

A (lassé dans mon cotur.

Eh bien ! vous le voulez , au repos je renonce.

LESTOCQ

Vous consentez...

ELISABETH

Pas encor, je ne peux; Mais tantôt, dans ces lieux , vous aurez ma réponse. LESTOCQ , à part.

Elle est à nous, le sort comble nos vœux!

ENSEMBLE

LESTOCQ

Je le vois , dans son àme J'ai ranimé l'honneur!

Et l'ardeur qui m'enflamme A passé dans son cœur.

ELISABETH

Je sens naître en mon ània Et la honte et l'honneur!

Et l'ardeur qui l'enflamme A passé dans mon cœur.

(Elle sort.)

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