I3ELLA
Finissez, Monsieup; ou bien je crie!
uECTon, d'un ton de reproche.
Quoi! ton c<rur ne te dit rien?..
ISELLA.
Rien du tout!
I aECTOR, avec douleur.
Hélas !
La vois du sang est donc une chimiire? Elle ne peut reconnaître son frère!
ISELLA, interdite.
Lui, mon frère !
UECIOR.
Tais-toi!
Mou frère!., se pcut-ll!..
HECTOR, rapidement, avec, chaleur et désordre. Le voilà ce secret (pi'enlr.-' les mains je livre! Proscrit et fugitif, le malheur et l'exil Loin de Naples lonijlemps nous a forcés de vivre. Par nous abandonnée à des mains élr angères, Dans un état obscur...
ISELLA.
Oul,diins les couturières...
UECTon, de même.
Mais le roi nous rapiielle... il nous rend notre honneur! Nos titres, nos trésors... et bien plus, une sœur... El c'est vous!..
Moi!
ISELLA.
HECTOR
Vous!
ISELLA.
Moi?
HECTOR
ISELLA.
Ma sœur!
Sa soeur...
Ma sœur!
.0 nature! é sympathie.' 0 secret pressentiment Par rpii l'Ame est avertie Du bonheur qui nous attend!
Est-ce erreur'? est-ce iiuposluro?
Non, non, c'est la voix du sang!
C'est l'accent de la nature!
C'est le cri du sentiment!
UECIÛR.
Eh quoi! rien enoor jusqu'ici' No f^'ait iévél6 ce frère, cet ami Donné par la nature?
ISELLA.
Non; et pourtant de moi vous vous teniez si près? Que dans plus d'un cahot, et comme uu fait exprès, Votre joue a touché la mienne...
HECTOR
La nature!..
ISELLA.
Kt puis, pour monter en voiture.
Ou pour en descendre, parfois Vous mo serriez la taille à m'étoutl'er, je ciois!..
HECTOR
La naluro ! la nature .'-
REPRISE DE L'ENSEMBLE
ISELLA.
Oui, c'est mon'frére ((uo j'entends !
Mais pour moi, ipii jamais n'ai connu mes parents, Je voudrais bien savoir le nom de ma famille.
Ah ! tu veux le savoir?
ISELLA.
Ça mo fera pl.iisir!
iiKCTon.
N'as-tu pas mainte fois entendu relentjr
Un grand nom, qui dans Naples brille.
Celui d'Hector Fiera-Mosca'?
ISELLA.
Fiora-Mosca!.. j'ai lu quelque jiart ce nom-là.
HECTOR
C'est le nôtre, ma sœur, et notre maison compta Princes, ducs et marquis... mais c'est du dernier comte Que nous descendons tous les deux !
iSELL.\, «yec admiration.
Un comte !.. *
HECTOR, jcfa/îf le manteau qui le couvre et paraissant en costume élégant.
Et j'en reprenils le coslumo à les yeux! ISELLA, avec joie.
Un comte! moi comtesse! Ali! quel bonheur soudain! Et quel honneur pour notre magasin!
HECTOR, avec tendresse et expression.
Longtemps, sur la rivo étrangère, Me berçant d'un espoir flatteur.
Je rêvais à ce jour pi espère Qui devait me rendre ma sieur.
Je disais, pour calmer ma peine :
Ce jour-là ma sicur laissera Ma main presser la sienne...
ISELLA.
Je n'empêche pas; la voilà.
HECTOR, la pressant contre lui.
Son coeur battra contre le mien.
Le voulez-vous? je le veux bien.
HECTOR
Et.surtout celte sœur si chère Ne me dira plus vousl
ISELLA.
Plu 5 vous. •
HECTOR
Ah! c'est si mal avec un frère!
ISELLA.
Dam'! si tu veux...
HECTOR
C'est bien plus doux!
ISELLA, vivement.
Mais, bien sur, je suis comtesse?
HECTOR
Peux-tu douter de ta noblesse?
Et pour dernière preuve, prends Cette bague de notre mère.
Elle est à toi, ma rhere.
ISELLA.
Dieu! los beaux diamants l Trois cents piastres?..
BECTOn.
Au moins.
Ah! les beaux diamants!
ENSEMBLE
Quoi! je suis comtesse!
J'en perdrai l'esprit!
Honneur et richesse, Pouvoir et crédit.
J'ose à peine y croire.
Dans aucun roman Je n'ai lu d'bistoiro Ni d'événement Plus invraiseml)lat)lû Et plus étonnant.
Ah! c'est aihnirable!
C'est vninient cbarm.int!
LES TREIZE
HECTon, a part.
Oui, par mon adivsse
Son cœui" est séduit.
Audace cl Ihicsse,
Et l'on l'iussit.
Sans m'uu faire accroire
Je dis fr.inclicment
Que rien à ma gloire
Ne nianqui; à présent.
Grâce à celte fable.
Je suis triomiibaut. '
Ah ! c'est admirable .'
C'est vraiment charmant.
ISELLA.
A tout 1(! monde ici je vais le dire.
UtCTOR.
Au contraire, il nsus faut le plus ]irofund secret.
ISELLA.
Et pournuoi donc?
HECTon.
Cela nuirait A de vastes projets dont je s;iurai t'in^truire. Attendons que tu sois iirésentée à la cour. ISELLA, avec explosion.
.\ la cour!., est-il vrai'/., moi! j'irais à la cour? J'irais en robe à queue '?
HECTOR
Oui, vraiment.
ISELLA.
A mou toui' Je pourrais en porter!., moi qui jusqu'à re jour En faisais... Quel bonheur!
HECTun.
Mais silence ; il le faut.
ISELLA.
Ah! je ne dirai jias uu mot.
REPRISE DE L'ENSEMBLE
ISELLA, ai'cc ooliihilité.
Ah! je suis comtesse! etc.
Des laquais et des pages.
Et de luNuix équipages...
yuoi ! j'irais à la cour !
Quel plaisir! quel beau jour!
UECTOR.
Oui, par mon adresse, etc.
ISELLA.
^ 0 mon frère! >
HECTOR
0 ma Sflcur!
ISELLA.
0 délire !
\ HECTOR
0 bonheur!
ENSEMBLE
0 délire! ô bonheur!
(ils tombent dans les bras l'un de l'autre et s'embrassent. Paraissent Odoard et Gennaio )