‹ Pièces de théâtreChapitre 90 sur 575 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

ISELLA, GENNAIO.

6BNNAI0. Pardon, Mam'selle... {Se reprenant.) madame la comtesse, je veux dire... J'ai eu peur cpie vous ne puis siez pas trouver voli'e chambre... et je venais vous conduite...

ISELLA. Vous êtes bien bon!

CENNAio. Vous pourriez avoir peur dans ce côté do la maison, dans ce vieux cloître qui est désert, et vous trouverez là-haut tni tante que j'ai priée d'aller jiasser la nuit près de vous!..

ISELLA. Je vous remercie d'avoir pensé à ma sûreté!..

GENNAIO. Ce n'est pas à la vôtre... c'est à la mienne... parce que, malgré moi, il me semble encore que... Ah! tenez... j'eu mourrai!..

ISELLA. Quoi! tu pleures? ,

GENNAIO. C'est plus fort que moi. . je ne me consolerai jamais de vous voir comtesse.

ISELLA. Ça ne te fait pas plaisir?

GENNAIO. Ça me fait enrager !

ISELLA. D'avoir été aimé d'une grande dame?

GENNAIO. Qui ne m'aime plus!

ISELLA. Si vraiment!., et si je peux te rendre bien riche!

GENNAIO. Je ne le veux pas!

ISELLA. Si je peux t'emmener avec moi dans mo^kalais!..

GENNAIO. Et comment?., vous avez un frère, vous avez un mari!.. Toutes les places sont prises... Il n'y en aurait plus qu'une... {D'un ton insinuant.) pour quelqu'un qui vous aimerait bien !

ISELLA. Ce n'est pas possible!

GENNAIO. Pas même celle-là !.. à cause?..

I5ELLA. A cause de mon rang! Je voudrai.s pour la moitié de ma fortune être née comme toi dans l'état le plus humble, le plus roturier!..

GENNAIO. Ah! que vous êtes bonne!

ISELLA. Dieu! que je le voudrais!.. Mais la tyrannie de la noblesse et de la naissance !

GENNAIO. Ce n'est pas votre faute !

ISELLA. On n'est pas maîtresse de son sort!

GENNAIO. Aussi, je vous passerais encore votre frère... mais ce que je ne vous pardonne pas... c'est l'autre... votre mari... Est-ce que vous l'épouserez tout à fait... et pour de vrai?..

ISELLA. Il faudra bien!

GENNAIO, acec colère. .\h! voilà ce qui me désespère et me met en fureiu !.. Vous ne penserez plus à moi?..

ISELLA. Si vraiment!., de temps en temps!..

GENNAIO. Vous ne m'aimerez plus du tout!..

ISELLA. Un petit peu!., si c'est possible! et sans qu'on le sache!..

GENNAIO, avec joie. Bien vrai?..

ISELLA. Ainsi, calme-toi, console-toi!

GENNAIO. Me consoler!., quand demain je vais vous perdre!.. .4h! sij'osais! mais je n'ose pas... une comtesse!

ISELLA. Dis toujours.

GENNAIO. Eh bien ! un petit baiser, un seul!

ISELLA, hésitant. Écoute donc... je ne sais pas si avec mon rang c'est [lermis.

GENNAIO, vivement. Oui^ Mam'selle !

ISELLA, aifc dignité. Et si les grandes dames!..

GENNAIO. Oui; Mam'selle!.. D'ailleurs, ce baiser-là, c'est ■ à Isella que je le demande!

ISELLA. Alors, dépêche-toi ! et que la comtesse n'en sache rien !

GENNAIO, l'embrassant. Isella!

KSELLA, se dégageant de ses bras. Laissez-moi ! laissezmoi!., laisse moi, Gennaio... Ah! mon Dieu! qu'est-ce que je fais! je le tutoie... C'est étonnant comme on s'oublie! {Reprenant le bougeoir sur latable et montant l'escalier du fond.) Bonsoir! bonsoir!

GENNAIO. Et, i]Uoi qu'il arrive, vous n'ouvrirez à personne?

ISELLA. Je le le promets!.. Bonsoir! à demain! {Elle entre dans la chambre qui est au premier étage, en face du spectateur, n" 4. Le théâtre n'est plus éclairé.)

SCENE 111 GENNAIO, seul, et regardant Isella entrer dans sa chambre. Oui, demain, la rpiittcr [lour jamais!.. 0 inégalité des rangs! C'est égal, ce baiser de (oui a l'heure a pour un instant rapproché les distances, et il me semble que

LES TREIZE

maintenant je suis moins mallienroin! Allons, relironsnous, el allons ilormir... si je le |ieii\!.. J'ai enfermé chez eux les deux nutres; c'est tiviniinilli.-ant .. Maliiré cela, et [jourplnsclcsùreté,j'ail)ien envie d'enfermer aussi Isella... Trois précautions valent mieux qu'une! {Il monte ilouce- . ment l'escalier.)

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