SCÈNE VIT
Les Mêmes, M""» DE MORIN*.
M"* DE MORIN, entrant. J 'a itendrai Amédée ici.
JOSEPH, tressaillant. Amédée!
Il veut courir vers la porte.
LE GÉNÉRAL, le retenant. Reste!
M""^ DE MORIN. Qu'est-ce? à qui en a-t-il donc, ce garçon?... Eh bien! général, ce n'était rien, disiez-vous. Je sais enfin la vérité ; la malheureuse bonne m'a tout avoué... Savez- vous ce qui est arrivé à Octave? Hier,
• Le Général, Joseph, Mme de Morio.
MAGASIN THEATRAL
en jouant sur les bords du canal... il y est tombé.
JOSEPH, écoutant. Hein!
LE GÉNÉRAL. O ciel !
M"* DE Mor.iN. Et sans un... je ne sais qui... un ouvrier... qui s'est trouvé là...
Mouvement de Joseph.
LE GÉNÉRAL. Cela VOUS apprendra à confier votre enfant à une jeune lille, la première venue... Riais, tenez, vous arrivez fort à propos, et puisque vous aimez tant votre ne- * veu, venez entendre son éloge
JOSEPH, à part. Oh ! la tante... je sais.
M"" DE MORIN. Tant mieux! car j'ai pour lui une bonne nouvelle à vous donner.
LE GÉNÉRAL. Luc bonue nouvelle... Eh!
que m'importe!... {Il se lève*.) Savez-vous ce qu'il a fait votre élève? car c'est votre élève, madame la baronne... Vous me l'avez gâté, et je devrais m'en prendre à vous de ses sottises. Il se déguise, il court les ruelles, il porte le désordre dans les familles. . .
M""* DE MORiN. lîah! vraiment!
LE GÉNÉRAL. Demandez à ce garçon... Une jeune fille trompée. ..
ûi"" DE MORIN. Amédée! vrail... une séduction... Voiià donc ce qu'il me cachait... une amourette ! [Riant légèrement.) Ah! ah! ah! ah!
JOSEPH. De quoi rit-elle donc, cette baronne-là ?
LE GÉNÉRAL. Taiscz-vous ; vous voyez bien que éet enfant-là vous écoute.
M""" DE MORIN. Bien! bien!... et qu'est-ce qu'il veut? qu'est-ce qu'il demande?...
LE GÉNÉRAL. Il demande une réparation. . . un mariage... ah?
M"' DE MORIN. Un mariage... Amédée, votre fils... avec... J'y suis... une jeune fille, bien timide et assez ingénue pour écouter... [liiant.) Ah! ah! ah! un mariage!...
LE GÉNÉRAL, lui serrant la main. Taisezvous donc ! .. . Son frère.. .
JOSEPH. Ah ça , madame, est-ce de moi que vous riez?... Est-ce de ma sœur que vous parlez ainsi?
M""^ DE MORIN. Qu'est-ce qu'il a ce petit bonhomme?
jfj.sEPH. Ah! c'est que je me moque des grands airs.
M"" DE MORIN. In.solcnt!
JOSEPH. Elle a dit?
LE GÉNÉRAL, à Joseph. Paix donc! paix flnnr !.. . [A M"" de Marin.) No faites pas attention.
M " DE MORIN. Et vous uc le faltcs pas jeter à la porte?
JOSEPH. Je ne suis pas chez vous... je suis clicz monsieur le général, qui est un brave
• Joseph, le Généra), Mme de Morin.
homme, lui... au lieu que vous et votre neveu... voire neveu et vous...
LE GÉNÉRAL. Allons, tais-toi aussi.
M'"* DE MORIN, s'efforcant de sourire. Et vous écoutez cela, vous... et vous avez la patience...
JOSEPH. Ça vous paraît drôle, n'est-ce pas, madame?... Un jeune homme de bonne i maison s'amuse, c'est son état... il n'a que | ça à faire. Et c'est le repos, l'honneur d'une pauvre famille qui sert à ses plaisirs 1 c'e.>t drôle tout à fait... {Riant et pleui'ant.) Ohl oui, c'est bien drôle ; parce qu'il n'y a pas de loi qui condamne aux assises ceux qui nous enlèvent le repos de toute notre vie, qui font mourir une pauvre vieille mère de chagrin, qui assassinent dans sa maison une famille entière... On rit de ça, on dit: C'est bien fait!... tant pis!... et ceux-là, on ne les punit pas, on leur donne de bonnes places, des honneurs... Oh! vous avez raison de rire, madame... c'est bien drôle!
LE GÉNÉRAL. Ce petit diable-là... il m'attendrit.
M"'" DE MORIN. A la bonne heure ! mais ce n'est pas une raison pour qu'il pénètre ici... pour qu'il m'insulte... Sa sœur! est-ce votre faute? est-ce la mienne?... Nous n'y pouvons que faire...
JOSEPH. Je voudrais bien vous voir aujourd'hui. .. Si j'avais dit ça hier, plutôt de mejeter dans le canal...
JOSEPH
Air: J'en guette un petit de mon âge.
Oui, c'élait l'prix d'I'injur' ^ue vous me faites. Oui, c'était moi... je n'voiilais cas me trahir. Vous m'y fnrcez, tout' baronn" que vous Etes, J'en suis content, ça vous f'ra peut-ùtr" rougir. Vous n'iriez, pas, vous n'auriez pas taut de joie, Si j'avais dit iiicr, près du canal:
Eb bien 1 tant pis, ça m'est égal, Ce n'e.st (ju'un baron qui se noie...
M""' DE MORIN. Qu'est-ce qu'il dit?
LE GÉNÉRAL. Daus le canal!
M"'* DE MOKJN, allant à lui. Il se pourrait!... C'est loi... c'est vous*?...
LE GÉNÉRAL. G'cst bien fait... ça vous apprendra...
M'"'= DE MORIN. Lui, qui a sauvé mon fils!. ., Mon ami, si j'avais su... vous êtes un brave garçon, je ne dis pas... et ma reconnaissance... Je m'occuperai de vous, de votre sœur... Nous réparerons cela... n'est-ce pas, général?
LE GÉNÉRAL. Certainement. Allons, va, mon garçon... va, compte sur nous, entends-tu?
JOSEPH. Mais tout de suite, général.
M""^ DE MORIN, allant à lui, et lui glissant U7ic bourse dans la main. Tiens, mon enfant, liens... pour toi, pour la sœur... en uitendanl... et si elle se conduit bien, si elle
* Joseph, Mi°« de Morin, le Général.
LE GAMIN DE PARIS
ne voit plus mon neveu, nous doublerons, nous triplerons ..
JOSiiPti. Quoi donc, madame la baronne?., de l'argent j)our moi!... pour ma sœur! de l'or.. . {Jetant la bourse.) Merci l voilà le cas que j'en fais de votre or... je le méprise comme... comm^..
LE GÉNÉRAf-. De l'or! (Se frappant le cœur.) Vous n'avez donc rien là?
M"'" DE MOHIN. Daml il me semble...
LE GÉNÉRAL, repassant auprès de Joseph*. Allons, c'est juste ! elle s'est trompée ; il faut mieux que ça... La baronne ira voir ta sœur, entends- tu?
JOSEPH. Ah! madame!...
M""^ DE MORIN. Oui, oui, j'irai la voir.
LE GÉNÉRAL. De ma part.
JOSEPH. Dites donc, général, si vous pouviez venir vous-même.
LE GÉNÉRAL. Je ne demanderais pas mieux, et tout de suite encore. . . mais je ne peux pas sortir, monter, descendre... voilà une jambe qui refuse le service.
JOSEPH. Comment!... Et si vous pouviez sortir ?
LE GÉNÉRAL. J'irais avec toi, mon garçon... je verrais ta sœur... et si c'est une brave fille, si elle te vaut...
JOSEPH. Ohl mieux, cent fois mieux...
LE GÉNÉRAL. Eh bien! je ne dis pas.. . il y a un moyen peut-être. {A part.) Excepté le mariage.
M"'* DE MORIN, à demi-voix au Général.
Eh non! j'irai moi-même... je saurai...
Pendant cjii'ils parlent, Joseph paraît frappé d'une idée subite. 11 se frappe la tête, sourit et sort en courant.