ACTE 1, 11* TABLEAU, SCÈNE IX
grandes daines, voyez-vous : elles nous ont fait chercher dans la nuit par une femme vieille et voilée qui avait des paroles mielleuses. Oh ! ce sont de grandes dames ! A peine sommes-nous entrés dans cet endroit éblouissant , parfumé et chaud à enivrer, qu'elles nous ont accueillis avec mille tendresses, qu'elles se sont livrées à nous sans détour, sans retard ; à nous, tout de suite, à nous inconnus et tout mouillés de cet orage. Vous voyez bien que ce sont de {grandes dames. A table, et c'est notre histoire à tons deux, n'est-ce pas? à table, elles se sont abandonnées à tout ce que l'amour et l'ivresse ont d'een[>ortement et d'oubli; elles ont blasphémé; elles «nt tenu d'étranges et d'odieusesparoles, elles ont oublié toute retenue, toute pudeur; oublié la terre , oublié le ciel. Ce sont de grandes dames, de très grandes daines, je vous le répète.
fllILlPPE.
Eh bien ?
IIUKIUAM.
Eh bien ! cela ne vous fait-il pas (juelque peur ?
PHILIPPE
Peur, et quelle peur?
BUBIDâlN.
Ces soins qu'elles prennent pour rester inconnues.
PHILIPPE
Que je revoie la mienne demain , et je la reconnaîtrai.
BURIDAN
Elle s'est donc démasquée?
PHILIPPE
Non ; mais avec cette épingle d'or, à travers son masque, je lui ai fait au visage un signe qu'elle gardera long-temps.
BURIDACt.
Malheureux! il yavaitpeut-étreencore quelque espoir de nous sauver, et tu nous tues !
PHILIPPE
Comment ?
BDRIDAN , le conJuisani à la fenêtre.
Regarde devant toi.
PHILIPPE
Le Louvre.
III3RIDAR.
A tes pieds.
PHILIPPE
I<a Seine.
BURIUAN.
Et autour de nous, la tout de INesle.
PHILIPPE
La tour ae Nesie !
BCRIDAN.
l>ui, OUI, la vieille tour de jNesle, au-des- »ous de laquelle on retrouve tant de cadavres.
PHILIPPE
Et nous soiiiineg sans armes! rai ou vous a
demandé en entrant votre épée comme on ni"a demandé la uiienne.
BURIDAN
A quoi nous serviraient-elles ? il ne s'agit paj de nous défendre, mais de fuir. Voyez cette porte.
PHILIPPE, secouant la porte de gauche.
Fermée... Ah ! écoute... Si je meurs et si tu vis , tu me vengeras.
BCRIDA».
Oui, et si je meurs et que tu vives, à toi la vengeance ; tu iras trouver ton frère Gaultier, ton frère qui peut tout; tu lui diras... Ecoute, il faut écrire, il faut des preuves.
PHILIPPE
iVi plume, ni encre, ni parchemin.
BURIDA^.
Voici des tablettes ; tu tiens encore cette épingle : sur ton bras il y a des veines et dans ces veines du sang ; écris, pour que ton frère me croie, si je vais lui detnander vengeance pour toi ; écris, écris: J'ai été aksassiné par... je mettrai le nom , moi , car je saurai qui , oui , je saurai qui... et signe; si tu te sauves, fais pour moi ce que j'aurais fait pour toi. Adieu... tâchons de fuir chacun de notre côté .. Adieu.
PHILIPPE
Adieu, frère; à la vie... à la mort.
( Ils s'embrassent ; Philippe rentre dans l'appartement dont il est sorti. Buridaa va pour essayer de sortir; il recule devant Landry qui entre. )
aafaawesaaeeaeesâeoeeeseaeeeeeeoeeegceesaeeeQaeseeagMewo»