‹ Pièces de théâtreChapitre 172 sur 1093 · ACTE I, SCENE H · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE H

Un malelot avait fait feu sur celui qu'il croyait t'tie un làclie. Mon pcre toml)a sur le pont et ne survécut que peu d'iieures à sa blessure. Il mourut entouré de gens qui le maudissaient; il mourut croyant, le pauvre martyr, ne laisser à son Gis qu'un nom (Ictri, deshonoré.

nORTEXSE.

Mais le capitaine, en avouant la vérité, 01 bientôt réhabiliter sa mémoire ?

CUAULES.

Depuis le jour où la balle d'un matelot me fit orphelin... mon mystérieux bionfaileur n'a pas failli à la tùchc qu'il s'était imposée. Au sortir du collège, où j'avais été placé par ses soins , car votre père absent alors n'avait pu venir en aide à mon malheur, j'appris que j'étais maître de choisir la carrière que je voudrais suivre. On m'annonça qu'une somme de dix mille livres serait mise chaque année à ma disposition. Je ne pouvais ni refuser cet argent, ni demander le nom de qui me le donnnait... Une lettre sans signature accompagne toujours cet envoi... et cctic lettre ne renferme que ces mots : « Acceplcz sans scrupules, c'est une dette qu'on acquitle ! »

nORTENSE.

Sans doute, quelque obligé de voire père.

CIIAKLES.

Pourquoi s'est-il dérobé à ma reconnaissance?.., J'étaisdoncseul au monde, quand M. d'Auberive, de retour avec vous d'un long voyage, voulut bien se souvenir que le lieutenant d'Arbel avait été son parent, son ami... Il m'appela dans sa maison.

nOUTENSE.

Où il vous traita bienlôl comme un Cls.

CHARLES

Ce fut aussi à celte époque que je compris ce que jedevais à mon prolcctcur inconnu, aux bonlés de M. d'Auberive, à la mémoire de mon père. Je voulus porter dignement le nom qui m'avait été laissé. Pour arriver à la considéra lion, à la fortune, vingt roules m'étaient ouvertes: j'hésitais entre elles, lorsqu'il y a deux ans une maladie mortelle sembla devoir rouvrir, pour M. d'Auberive, la tombe ;'i peine fermée de votre mère. Je voyais vos larmes, votre désespoir... et je ne pouvais rien... moi qui aurais voulu raciielcr au prix de loiit mon sang celte existence qui vous était si chèie. Un homme vint, qui, d'un mot, releva voire courage et vous rendit votre croyance qui chancelait. Comme Dieu, cet hommcput vous dire : Je sauverai votre père ! Cet homme était une des gloires de la science... Vous étiez à ses genoux, couvrant sa main de vos baisers, la baignant de vos larmes... De ce moment, mon choix était fait... j'étais médecin. Moi aussi, medisais-je je lutterai contre la mort ; moi aussi, je lui disputerai ses victimes... et, quelque jour, une bienheureuse mCrc bénira mon nom, une douce jeune

fille le mêlera dans sa prière. Tous les Instans que je ne passais pas auprès de vous , Ilortense , je puis vous l'avouer maintenant, je les consacrais au travail... J'ai enfin été reçu docteur... et je viens vous faire mes adieux.

BORTENSE.

Vos adieux!

CHARLES

Une horrible épidémie décime la population des îles Baléares. M. de Maurepas a ordonné que des médecins français allassent étudier et combattre ce fléau. J'ai été assez heureux pour voir mon nom inscrit sur la liste... et je vais partir. Majorque sera pour moi un champ de bataille, et l'œil du minisire m'y suivra peut-être,

nORTENSE.

Mais pourquoi celle ambition, cet empressement de parvenir ?

Parce que vous êtes noble, Horlense, et que je ne suis rien ; parce que vous êtes riche et que je suis pauvre.

UORTENSE, lui tendant la main.

Je vous avais deviné, Charles .. Écoutez-moi, mon ami. Quelque élevée que soit la position de mon père, quelque grande que soit sa fortune, j'ai toujours espéré qu'il me laisserait maîtresse du choix de mon époux. — Quand M. d'Auberive vous présenta à moi, il me dit : Il est malheureux, aime-le bien, mon enfant... Et je vous aimai, Charles, commcj'aurais aimé mon frère. Un jour vint où je compris que ce n'était plus une tendresse de frère que vous aviez pour moi... et, je vous l'avouerai, Charles, mon cœur s'en réjouit.

CHAULES.

Il serait vrai!

UORTENSE.

Pourquoi le cachcrai-je ?... Cet amour est sain et pur comme le souvenir de ma mère, qui vous aimait aussi , qui nous avait unis dans sa pensée. Charles, aujourd'hui même je parlerai à mon père... il ne veut que mon bonheur... Mon ami, vous ne partirez pas.

CHARLES

Oh ! mais c'est un rêve !...

DOMiîfiQUE, annonçant.

Monsieur et madame Langlois,

nOUTEXSE.

Fai;es entrer. (V Cliarlcs.) Aurcz-vous assez de conQance en moi pour me laisser conduire seulo celte négociation?... Alors, revenez tantôt, je vous ferai connaître la réponse de mon pèie.

CHARLES

Mclrouvera-tildignede vous?Oh! il refuserai

nORTENSE.

Alors je ne serais point à vous, Charles... mais je ne serais à personne.

(Charles baisij vivement la main que lui [présente Horiensc.)

LA DAME DE SAINT-TROPI-Z

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