‹ Pièces de théâtreChapitre 176 sur 1093 · SCÈNE Vf · texte numérisé non relu

SCÈNE Vf

Le COMTE, LANGLOIS.

LE COMTE , s'asseyant et indiquant uu fauteuil à Langlois.

Je vous écoute.

LANGLOIS , se plaçant sur un fauteuil, prcs ducomie.

Depuis huit jours , monsieur le comte , ne vous voyant pas arriver, j'étais sur les épines. Vous

LA DAME DE SAINT-TROPEZ

savez que la personne qui, par acte passé dans mon élude, il y a six ans , vous a prêté , sur liypothéque , quatre cent cinquante mille livres > demande son remboursement?

LE C03ITE

L'époque de ce remboursement est-elle donc arrivée déjà?

LANGLOIS

Dcpuishuitjours... Comme, avant votre départ, vous ne m'aviez rien dit à ce sujet , j'ai pensé que vous étiez en mesure.

LE COMTE, vivement.

Dans le cas contraire, ne pourrais-jc obtenir un délai ?

LANGLOIS

Il serait trop tard pour en demander.

LE COMTE

Comment !

LANGLOIS

M. Georges Maurice , votre préteur, cl mon meilleur client, renonçant aux courses en mer, vient d'acheter deux nouvelles fermes : il finira par être propriétaire de toute sa province. M. Maurice est à Paris et vous attendait impatiemment; je lui ai donné rendez-vous à votre liùlcl , à midi.

LE COMTE

Qu'avez-vous fait?

LANGLOIS

Je vous savais souiïrant... je vouIjIs vous éviter la fatigue d'un déplacement... j'ai apporté la quittance, ce sera l'affaire de quelques minutes.

LE COMTE

Je suis perdu !

LANGLOIS

riait-il ?

LE COMTE

Il m'est impossible de payer.

LANGLOIS, se levant.

Miséricorde'. Cet argent, me disiez-vous , était en mains sures... qu'en avez-vous d me fait? LE COMTE, se levant et avec (lignilé.

Vous allez le savoir. (Il agiic une sonnciic, Dominique paraît au fond. — A Dominifjue. ) Priez Mil" d'Auberivc de descendre au salon.

( Dominique sort par la porte à droiic ; le comte va s'asseoir ou plutôt retomber sur si n fauteuil, ù gauche.) LANGLOIS, h part.

Je suis anéanti... M. Gcorpcs Maurice ne peut rien perdre... l'bypolbéque est excellente... mais il comptait sur un remboursement immédiat... comment lui apprendre...

LOMINIQDE,

Voici mademoiselle.

LE COMTE

Tcrmez les portes et voiliez à ce que personne ne vienne nous interrompre.

(Dominique sort par le fond.)

09;OCOOOe000090«000300000000000000«0000000000000000

Les Mêmes, IIORTENSE.

UORTENSE, avec galle.

Mille remerciemens, monsieur le notaire, vous n'avez pas trop tardé à me céder la place... Mon bon père, à mon tour maintenant, de te... (Apercevant l'émotion de J\I. d'Anberive et voyant des larmes dans SCS yeux.) Blon Dieu I... souffres-tu davantage? Ohl.tu'plcures... tu pleures!... Ah! que se passe-l-il donc?... et pourquoi me regardes-tu ainsi ?

LE COMTE

Je cherche dans les yeux le courage qui me manque... llortense... ma fille... me pardonncras-tu ?...

nORTENSE.

Vous pardonner... moi !

LE COJITE.

Ma fortune... celle de ta mcre... le présent, l'avenir... tout est perdu, (^ct hôlcl que nous habitons, joint à ce que je possède encore, pourra suffire à peine à rembourser un homme qui, confiant en mon honneur, en mon crédit , m'a prêté une somme considérable qu'il vient réclamer aujourd hiii. Lu te disant liolre ruine, qui est mon ouvrage, je ne veux pas que tu puisses m'accuscr d'avoir follement dissipé un bien que je devais te laisser intact... (So levant.) J'ai cru accomplir un devoir... Ma fille, et vous, mon ami, jugez-moi. Avant toi, mon Hortcnse, le ciel m'avait donné un fils, notre nom devait revivre en lui. Il y a six ans, ce fils mourut... et mourut par un suicide !

nORTENSE et LANGLOIS.

Un suicide!

A la mère, à toi... à tout le monde, j'ai caché cet affreux inalhcur'; car, il aurait fallu vous dire: ce fils, ce frère, objet de Icndressc cl d'orgueil, avait déshonoré sa famille, cl il s'est tué parce qu'il s'est trouvé sans forces devant l'infamie...

UORTENSE.

L'infamie !

LE COMTE

La soif du plaisir, le besoin d'or l'avaient poussé dans l'abime; il avait contracté des dettes énormes et donné pour gage à ses créanciers des litres entachés de faux.

UORTENSE.

Oh! mon Dieu!

LE COMTE

J'oiïris la moitié de ce que jcjpossédais pour crfacer les traces de ce crime. A cette époque, la presque totalité de ma fortune étant entre les mains de MM. Salvador, les plus riches banquiers

Page 1