‹ Pièces de théâtreChapitre 385 sur 1093 · I.E VOYAGEUR · texte numérisé non relu

I.E VOYAGEUR

Parfaitement, ma chère dame... Dites-moi, monsieur l'aiibeigiste, vous avez donc des pauvres dans ce pays?

BIRMANN.

Des pauvres?... non , Dieu merci.

LE VOYAGEUR

Qu'est-ce donc que ce malheureux?

tïRMANN.

Ah! cet homme-là? c'est différent. C'est un étranger qui demeure dans la montagne; on croit qu'il est venu de France.

LE VOYAGEUR

Il paraît bien à plaindre ; il fait un frugal repas. Avant de me mettre en route, j'aime assez à trouver l'occasion de faire quelques charités; cela porte bonheur au voyaj^e. Servez-moi sui cette table une bouteille de bon vin ; je boirai le coup de l'étrier, et je crois que ce pauvre homme ne sera pas fâché de trinquer avec moi.

BIRMANN.

Vous voulez trinquer avec lui?

MADAME BIRMANN, à son mari.

Laisse-le faire, c'est une bouteille de vendue, Babet ! au petit caveau ; du cachet vert... Vite. ( Babet sort. ) LE VOYAGEUR , à l'hôtesse.

Vous m'obligerez de faire le compte de ma dépense, il m'importe d'arriver de bonne heure à Munich.

MADAME BIRMANN.

Dans la minute, je n'ai que l'addition à

faire.

( Elle s'assied, et prend son ardoise et sa pierre blanche. — De son côté, Babet apporte une bouteille et un verre, que le voyageur lui fiit signe de mettre sur la table où est Georges. — Babet obéit d'un air étonné. — Georges , jusque-là, n'a point fait attention à l'étranger ; celui-ci se verse à boire; puis il prend le verre de Georges , jette le peu de bière qui s'y trouve, et le remplit de vin; Georges alors lève la tète, et le regarde avec surprise.)

LE VOYAGEUR, souriaot de l'étonnement de Georges. Goûtez ce vin, mon brave homme; je pense

TRENTE AiNS.

qu'3 TOUS réchauffera mieux l'eÂtotnac que

votre petite bière. (H Und son vprrepour trinquer. — George* , étonna, a%'ance aussi le sien. — Tous les assistants font an mouvement comme pour empêcher IVtran- ^cr; nuis Birniann les relient , en leur indiquant que c'est un pas-viQer qui ne connaît point Georfjes. — Trinquant. ) A la miséricorde du ciel, qui vient au secours (les malheureux! ( Georges détourne la tfte, et va pour poser soa verre. ) Buvez donc, mon ami. { Ceorçe» !e regarde. — Ils boivent en même temps.) GEORGES.

.Vh! comme ce vin me ranime'.

LE VOTAGECR, souriant.

Je suis bien aise qu'il vous fasse plaisir. (Versant de nouveau.) Allons, à Un meilleur avenir.

GEORGES

Oui, à un meilleur avenir... (A part. ) Et demain, sans asile!...

( Ils boivent.)

BIRMANS, à sa femme.

Femme, tiens, j'ai peur que ça ne porte mailieur à l'étranger.

MADAME BIRMASX.

Quatre et deux font six florins... Tu vas me faire tromper.

LE VOYAGEUR

Dites-moi, mon brave homme, connaissesvous bien le pays?

GEORGES

l'arfaltement , monsieur.

LE VOYAGEUR

On m'a dit qu'il existe un chemin beaucoup plus court que la grande route, |;our aller d'ici à Munich.

(^ela est vrai, monsieur, celui de la Montagne-Rouge. Cette route est plus courte de

moitié.

LE VOYAGEUR

Diable! la différence est forte. l'eut-on suire cette route à cheval?

GEORGES

Facilement, pourvu (|u'on la connaisse. (Il le rrgArde avec plus d'attention. ) VouS n'êtes donc pas de ce pays?

LE VOYAGEUR

Non ; j'arrive de la Suisse, et je me rends d.-ins le ^iord.

MADAME BIRMA^N, venant à la table.

Monsieur, voilà votre petit compte, tout

u plus juste; soupe, couché, déjeuné, vous et

«utrc cheval, 8 florins; la bouteille à part.

LE voyaj;eur.

C'est une bagatelle...

( il tire une bourse pleine d'or , qu'il vide k moitié sur la table. — Georges fdit un mouvement, et regarde cet or.)

GëOROKS, i part.

De l'or !

cA>

LK VOYAGKDR

Je n'oublierai pas votre auberge, ma boi dame, et j'y logerai à mon retour.

MADAME BIRMANN.

Monsieur est bien honnête.

LE VOYAGEUR, se levant.

Ordonnez, s'il vous plait, qu'on attr mpn porte-manteau, et qu'on amène mon i val.

MADAME BtnMANN.

Tout de suite.

GEORGES, à paru Quel chemin va-t-il prendre?... allons tendre... l'attendre!... il vient de me secoui ah! jamais!... non! fuyons!

( Georges s'éloigne. ' LE VOYAGEUR, à lui-même.

Parbleu ! l'occasion Se présente... d'aillt un jour de fête, je trouverais difficilemer guide; ce pauvre... (il se retourne du c6i Georges, au moment où celui-ci va sortir, ) Eh ! 1 homme, ne partez pas encore; je veux ar de bonne heure à Munich, et je me déc; prendre le chemin le pins court ; mais je c de m'égarer dans la montagne; si vous vo me servir de guide?...

GEORGES

Moi!...

LE VOYAGEUR

Je récompenserai votre peine.

BIRMANK.

Par exemple!...

( Sa femme le retient

GEORGES

Vous servir de guidt ?... non.

LE VOYAGEUR

Pourquoi?... vous connaissez le ch VOUS gagnej-ez deux florins ; puisque vou malheureux , ce sera pour vous une journée !

GEORGES

Cela est vrai... eh bien... volontiers.

LE VOYAGEUR

En ce cas, disposez-vous à me sui\ Wti achevez cette bouteille.

GEORGES, retournant près de U table.

Ciel ! «létourne de moi «'ette horrible (ion.

BIRMANN, à sa femme.

Je te dis que je veux lui parler ; je m pas avoir ça sur ma conscience. (A l'étrf Pardon, monsieur...

MADAME BIRMAKN, à son mari

Ah cà, est-ce que tu es fou, toi, de v empêcher ce pauvre homme, qui meurtd' de gagner une bonne journée? Et de quo peur, en plein midi, un jour de fête, qi y a (lu monde sur tous les ( lieimiis? Son demain, ce malheureux , sa femme, sa tille, seront chassés de leur asile, sans •ans ressource ; et que le peu d'ari!ei>ic, ,

Iir JOURNÉE,

igner, les aidera à quitter le pays , et à nous ïbarrasser d'eux.

Au fait tu as raison. Cependant, si... parceje...

codant ce colloque, le voyageur «'est fa!t donner son manteau, et s'est diâ|)osé à partir.)

CUEr.LL.

Lecbevalde monsieur l'attend sous la grande irte.

LE VOYAGEUR

Bien! Adieu, mon cher hôte; au revoir, idame l'hôtesse. (A Georges.) Allons donc, ave homme, partons.

MADAME BIRMANK.

Bon voyage, monsieur l'étranger!

BIRMANiS.

Que le bon Dieu vous conduise ! Ne vous étez pas en route; tâchez d'arriver de bonne ure.

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