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SCENE UNIQUE

Le Peuple traversant la scène, FINDLEY, rOM LOWE, ATHOS, ARAMIS, D'AR- TAGNAN,PORTHOS,LEROI,LA REINE.

tous. Au Parlement ! au Parlement !

FINDLEY, en faction à la porte du Parlement. On ne passe pas,

TOM LOWE, Comment, on ne passe pas?,..

On refuseau peuple l'entrée du Parlement,,. Camarades, enfonçons les portes !

TOUS. Enfonçons les portes!

Ils forcent l'entrée et passent malgré les Gardes.

ATHOS sort de l'hôtellerie avec Aramis.

Chevalier, je n'y tiens plus... le peuple vient d'entrer au Parlement, il faut que nous soyons par nous-mêmes.

ARAMTS. Et d'Artagnan qui ne revient pas!

d'artagnan, arrivant en costume d'ouvrier. Me voici... me voici... Eh bien, nous sommes donc prêts?

ATHOS, relu en homme du peuple. Oui, cher ami.

ARAMIS, en costume bourgeois. Il n'y a plus que Porthos qui cherche un miroir. Allons, Porthos.

d'arta(;nan. Eh bien, que dites-vous des nouveaux costumes que je vous ai trouvés?

ATHOS. Je dis que nous sommes affreux.

ARAMIS. Nous devons puer le puritain i faire frémir.

d'artagnan. Moi, je me sens une énorm envie de prêcher,

PORTHOS, entrant. Brrr,,, j'ai froid à 1 tête , et ce maudit brouillard m'a pénétr jusqu'aux os, en dépit de cette vile casaqu qui cache notre habit de mousquetaire.

ATHOS, à d'Artagnan. Vous venez de séance ?

d'artagnan. J'arrive.

ATHOS. Qu'avez-vous appris?

d'artagnan. Que l'arrêt sera rendu ai jourd'hui, et qu'on le rend peut-être en t moment.

ATHOS. Qui donc ?

d'artagnan. Le Parlement pur.

ARAMIS. Comment le Parlement pur? il 5 donc deux Parlements?

d'artagnan. Par le Parlement pur, cb ami, on entend le Parlement que monsie le colonel Pridge a épuré.

ARAMIS. Ah! vraiment, ces gens-là so donc du plus suprême ingénieux... D'An gnan, il faudra, quand vous reviendrez France, que vous donniez ce moyeu à mo sieur de Mazarm... cl à monsieur le coadj

tcur; l'un épurera au nom de la cour, l'autre au nom du peuple ; de sorte qu'à force d'épuration, il n'y aura plus de Parlement du tout.

PORTHOS. Qu'est-ce que le colonel Pridge, d'abord ?

d'artagnan. Le colonel Pridge , mon cher P»irthos , est un ancien charretier ; homme de beaucoup d'esprit, lequel avait remarqué une chose en conduisant sa charrette ; c'est que, lorsqu'une pierre se trouvait sur sa route , il était plus court d'enlever la pierre que de faire passer la roue par-dessus. Or, sur deux cent cinqnante-et-un membres dont se composait le parlement, cent quatrevingt-onze le gênaient et auraient pu faire verser sa charrette politique... il les a piis, comme autrefois il r^renait sa pierre, et les a 'étés iiors de la chambre.

PORTHOS. Joli!

d'artagnan. Commencez -vous à croire que c'est une cause perdue, Athos ?

ATHOS. Je le crains; mais cela ne changera rien à me résolution.

d'artagnan. Et par conséquent à la mienne. Vous savez ce qui est craivenu entre nous, Athos; partout où vous allez, je vous suis; ce que vous faites, je le fais; entre nous, même passé , même avenir , et puisque nous avons même cœur, ayons même sort... Mais vous le savez, Athos, tout cela esta une condition...

athos. Laquelle?

d'artagnan. C'est que si jamais monsieur Mordaunt me tombe entre les inains, vous ne serez pas là pour vous opposer à ce que nous fassions de lui selon notre plaisir.

athos. D'Artagnan, pourquoi vous acharner sur ce jeune homme?

d'artagnan. Vous êtes charmant , sur mon honneur ! pourquoi m acharner sur un serpent, sur un ti^re enragé! Sans compter que vous ne l'avez pas vu regarder le roi Charles d'une certaine façon... Si vous aviez surpris ce rej^ard-là comme moi, Athos, je vous déclare que vous écraseriez monsieur Mordaunt sans pitié ni miséricorde, car ce regard voulait dire ; Iloi (Jiarles, je te tuerai comme j'ai tué h hdurreau de Béthune , comme j'ai tué mun oncle. Quand il tua de "Winier, nous l'avons lous entendu compter deux... Prenez garde qu'il ne compte trois, Atlios.

PORTHOS. A quoi bon revenir là-dessus, puisque c'est une chose décidée...

ATiios. Voyons, je vous prie, des nou- Telles du roi.

Rumeurs du peuple.

CRIS. Vive le Parlement 1 TOM LOWK, sortant du Parlement. Condamné! condamné!

LE PEUPLE. Vive le Parlement!... vive monsieur Cromwell !

ATHOS. Le roi condamné à mort!

d'artagnan. Venez, Athos, venez; tout n'est pas perdu, que diable!... on est gascon... et l'on a plus d'un tour dans son sac... Eh bien, nous allons voir.

ATHOS. Ami, tout est fini pour le roi.

d'artagnan. Et moi je vous dis que non.

LES GARDES. Place, place!

PARRY, sortant le premier. Sire, au nom du ciel!... Sire, ne regardez pas à votre droite en sortant.

II cherche à détourner l'attention du Roi qui descend l'escalier du Parlement.

LE ROI. Et pourquoi cela, mon bon Parry ?

PARRY. Ne regardez pas, je vous en supplie , mon roi. . .

LE ROI. Mais qu'y a-t-il donc ?

PARRY'. Ah ! que vous importe !

LE ROI. N'as-tu pas entendu qu'ils me reprochaient de n'avoir rien vu par mes yeux... Parry, je n'ai plus que trente-six heures à vivre... je veux voir... (// écarte Parry et regarde dans la coulisse.) Ah ! ah ! la hache!... épouvantail ingénieux et bien digne de ceux qui ne savent pas ce que c'est

qu'un gentilhomme Eh bien! hache du

bourreau, tu ne me fais pas peur (il frappe le billot avec sa canne), et je te frappe, en attendant patiemment et chrétiennement que tu me le rendes!... Allons!... (// se remet en marche. ) Que de gens... et pas un ami !

athos. Salut à la majesté tombée!

tumulte. Ah! ah!.... mort aux Stuartistes !

CHARLES. Qu'ai-je vu?

d'artagnan et porthos , se jetant de chaque côté d' Athos. Arrière!

aramis, se glissant près du roi. Tout n'est pas j)erdu encore, sire ; nous veillons.

TOM LOWE. Salut; qu'est-ce qu'il dit donc? Tiens, Majesté, voilà comme Tom Lowe te salue.

Il ramasse une pierre qu'il jette au Roi; on le retient.

CHARLES. Le malheureux ! pour une demicouronne il en eût fait autant à son père.

ATHOS, p7'êt à s'élancer. Oh ! le misérable !

d'artagnan. Pas un mot, Athos; je me charge de cet homme.

CHARLES. Mon Dieu ! donnez-moi la résignation... soutenez-moi jusqu'au bout de mon martyre.

LA REINE. Non, non, laissez-moi, je veux le voir, je veux lui parler...

athos. La reine ! la reine, à Londres !

ARAMIS. Comte, un peu de patience!

LA REINE. Charles, mon roi !

Elle se précipite , fend U foule et arrive jusqu'à Charles.

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MAGASIN inKATRAL

CHABLES. Henriette!.... toi ici.... mon ange bien aini«;... Ah! je puis mourir maintenant, puisque je t'ai revue.

TOM LO^VE. Une femme... quelque maîtresse... quelque couriisane... place à la maîtresse deStuart.

CHARLES. Vous VOUS trompez, c'est... ce n'est ni une courtisane ni ma maîtresse... (7/ arrache son voile.) Saluez tous, c'est rotre reine ! vous ne l'avez pas condamnée, elle! {Silence pro/bnf/.) Merci, cœur fidèle et dévoué... pour qui la mauvaise fortune n'existe point... pour qui la mer n'est pas un obstacle, et qui, pareil aux envoyés du Seigneur, te plais à planer au-dessus des abîmes, merci !

LA REINE. Mon Charles! bénissez-moi!

chari.es. Oh! oui... oui!... reçois la triple bénédiction de celui qui va mourir... Reine, jeté bénis!... épouse, je te bénis !... mère, je te bénis!... ton martyre est plus douloureux que le mien , car lu vivras, toi.

LA REINE. Mon Dieu ! mon Dieu ! protégez-le.

CHARLES, l'embrassant au front. Insultez-la maintenant, si vous l'osez... Allons, messieurs, je vous suis.

La Reine veut suivre Charles; Athos et Aramis la font entrer dans l'auberge de la Corne du Cerf. Charles s'eloiprne. tous le suivent excepté les qiiatreamis et Tom Lowe , lequel reste avec un de ses compagnons.

UN DES HOMMES. Tu as eu tort de l'insulter, Tom Lowe il m'a fait peine, à

TOM LOWE. Ah ! parce que tu as le cœur d'un lâche; mais ce serait à refaire, que Je le ferais encore.

vs DES HOMMES. C'cst comme cela? Eh bien , adieu !

Il sort.

TOM LOWE, essayant de paaser, et rencontrant toujours quelqu'un. Que me voulez-vous?

d'artagnan. Je vais te le dire.

TOM LOWE, reculant jusqu'à Porthos, Hein?

d'artagnan, le touchant du doigt à la poitrine. Tu as été lâche !... tu as insulté un homme sans défense, tu vas mourir!... {Aramis écarte son mantenu et tire une épée.) Non, pas de fer... le fer est bon pour les gentilshommes... Porthos, assommez-moi ce misérable d'un coup de poing.

L'homme recule, Porthos et lui entrent dans la coulisse. On entend un cri et le bruit d'un corps qui tombe.

d'artagnan. Ainsi mcurront tous ceux qui oublient qu'un homme enchaîné est une tète sacrée.

ATHdS. Et qu'un roi captif est deux fois le représentant du Seigneur.

PORTHOS, rentrant. S'il en revient, cela m'étonnera beaucoup.

d'artagnan. Maintenant que chacun se tienne prêt.

TOLS Qu'ya-t-il?

d'artagnan. J'ai un projet!

0eptt^me 'î^ableau.

La cbaïubre de ^'hitcbalL

A. droite, nne fenêtre; à gauche, uo lit de repos-, au fond, grande porte.

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