‹ Pièces de théâtreChapitre 456 sur 1093 · SCÈNE lî · texte numérisé non relu

SCÈNE lî

Les MÊMES, AP»AMIS, puis le Colonel T03i LINSON en velnppé d'un mantecvi, noir et C':iffé dun rhapf.nu à arges bords.

le roi. Juxon ! soyez le bienvenu, Juxon... Allons, Parry, ne pleure plus ; voici Dieu qui vient à nous... Entrez, mon père... venez, mon dernier ami; je n'espérais pas qu'ils vous permettraient de me voir.

ARAruiS. Quel est cet homme, sire?

le roi. Parry, mon vieux serviteur... un homme dévoué et que je vous recommande après ma mort.

ARAMis. Alors, si c'est Parry, je n'ai plus rien à craindre; j>ennettcz-moi donc, sire, de saluer Votre Majesté, et de lui dire pour quelle cause je viens.

Il se découvre.

CHARLES. Le chevalier d'ilerblay! Ah!

comment êtes-vous parvenu jiisqu'ici... Mou Dieu, s'ils vous reconnaissaient vous seriez perdu.

ARAMIS. Ne songez pas à moi, ne songez qu'à vous, sire; vos amis veillent, vous le voyez.

CHARLES. Je le savais, mais je n'y pouvais croire.

ARAMIS. Comment le saviez-vous, sire?

C'iARLES. Parmi les ouvriers, Parry a reconnu le comte de la Fère.

ARAMIS. Bienl

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MAGASIN THEATRAL

CHARLES. ^îais comment cela se fait-il?

ei.pliquf^z-moi cela ; est-il donc seul?

AHAMis. Non, siie, il est avec deux de nos amis (|iii se sont joints à nous et se sont dévoués à voire cause.

CHARLES. Mais que s'est-il fait... que comptez-vous faire?

ARAMis. Sire, hier au soir, au moment où (1('va:u les fenêtres de Votre ]\lajesté s'arrêlaicni les voilures des charpentiers, vous avez du entendre un cri.

CHARLES. Oui, je me souviens.

ARAMis. (le cri, c'est le ciief des travaux qui l'a jHniisé ; une poutre a roulé de la voiture et lui a brisé la cuisse.

CHARLE.s. VA\ bien !

ARAMis. Tour que la besogne allât plus vite, il devait ramener quatre ouvriers au maître charpentier; mais sa blessure Ta forcé d'envoyer à sa place l'un des hommes avec une lettre de lecommandation... nous avons acheté celle lettre avec laquelle nous nous sommes présentés au maître charpentier qui nous a reçus.

CHARLES. l'Mais quel est votre espoir?

ARA.MLs. ^<)lre Majesté dit qu'elle a vu le comte de la Fère?

CHARLES. Oui.

ARAMIS. Kli bien ! le comte de la Fère perce le mur... Au-dessous de la fenêtre de Votre Majesté est un tambour pareil à un entresol... le comte pénètre dans ce tambour, lève une uneplancl-.e du parquet. Votre Majesté passe par 1 ouverture, on referme la planche, vous gagnez un des compai i iments de l'échafaud. . . un habit d'ouvrier est |)ré|)aré, vous descendez avec nous, et en même temps que nous...

ciLVRLES. Mais il vous faudi'a un temps énorme poui- en arriver là.

ARAMJS. Le temps ne nous manquera pas, sire.

CHARLES. Vous oubliez que c'est pour huit heures.

ARAMIS. Oui, pour huit heures, mais l'exécuteur ne se trouvera point.

CHARLES. Où est-il donc?

ARAMIS. Dansune sille basse de l'hôtellerie delaCornt'du (lerf, gardé par nos trois laquais.

CHARLES. V.u vérité vous êtes des hommes merveilleux, et l'on m'eût raconté ces choses que je ne les eusse j)as crues; mais une fois hors de la prison, nos moyens de fuite ?

ARAMIS. (ne feloiupie quenousavons frétée nous attend, étroite comme une pirogue, légèie coujuie une hirondelle.

CHARLES. Où cela?

ARAMIS. AGreenwich. Trois nuits de suite, le patron et l'équipage .se tiennent à notre disposition; une fois a bord, nous profitons de la marée, nous descendons la Tamise, et en deux heures nous sommes en pleine mer.

CHARLES. Et qui a fait ce plan ?

ARAMIS. Le plus adroit, le plus brave, et je dirais presque le plus dévoué de nous quatre, le chevalier d'Artagnan.

CHARLES. Un homme que je ne connais pas î Oh! mon Dieu, vous ne voulez donc pas que je meure puisque vous faites en ma faveur de pareils miracles !

ARAMIS. Maintenant, sire, n'oubliez pas que nous veillons pour votre salut... le moindre signe, le moindre geste, le moindre chant de ceux qui s'approchent de Votre Majesté, épiez tout... écoutez tout, commentez tout.

CHARLES. Chevalier, que puis-je vous dire? aucune parole, vînt-elle du plus profond de mon cœur, n'exprimerait jamais ma reconnaissance. Sivous réussissez, je ne vous dirai pas que vous sauvez un roi. Non, vue du point où je la vois, la couronne , je vous le jure, est bien peu de chose. . . mais vous conservez un mari à sa femme, un père à ses enfants... Chevaher, touchez ma main.

ARAMIS. Oh ! sire !

CHARLES. Et la reine... qu'est-elle devenue, pauvre femme, au milieu de ce malheur?

ARAMIS. A l'instant même où Votre Majesté venait de quitter la place de Whitehal nous avons arraché la reine à ce funeste spectacle et nous l'avons conduite à notre hôtellerie. A peine a-t-elle connu nos projets qu'elle s'est éloignée précipitamment de nous, et depuis ce moment nous ne l'avons pas revue.

CHARLES. Pauvre Henriette, qu'est-elle devenue?

LE COLONEL TOMLINSON , entrant. Eh bien, est-ce fini, messieurs?

CHARLES. Pourquoi cela, monsieur le colonel Tomlinson ?

LE COLONEL. Parce qu'une femme munie d'un laissez-passer du général Cromv^ell demande à lui parler.

CHARLES. Une femme ! qui cela peut-il être? Faites entrer, monsieur.

LE COLONEL. Rappelez-vous que vous n'avez plus qu'une heure.

CHARLES. C'est bien, colonel.

LE COLONEL. Entrez, madame.

On referme la porte.

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