‹ Pièces de théâtreChapitre 84 sur 1093 · ACTE i, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE i, SCÈNE I

IS

ACTR PREMIER.

Le theàlie représente la rour de la ferme de Keroiian. — A gauehe, la maison aver un esraiier extérieur d'une, seule rampe, romluisant à la chambre de Louise.— Du même côté, au premier plan, la porle du cellier. — î,e fond est fenné par une haie entrecoupée de grands arbres. — L'entrée de la cour est fermée par une barrière faite de deux pièces de bois trans\ ersales. — .V droite, au premier plan, un puilvS, et, un plan plus haut, un hangar. — A gauche, nu pie/1 de l'escalier, une grande table et rjnehities tabourets de bois. — Au lever du rideau, \p< gens de la ferme sont en scène, occupés de divers travaux; Louise est assise et accoudée près de lu table, Madeline travaille près d'elle; Pornie remplit dcs pichés.

SOi'SE l.

Kf;P.OUAN, LOUISE. MADELINE, PORNIC, FiLLKS et GAr.çoNs de charrue; VALETS de ferme dans ia cour, puis Pi^RKlNii.

KÉROUAN, paraissant au haut de l'escalier, puis descendant.

Allons les gars, c'est l'alTaire d'une iieure pour rentrer ce restant de sarrasin qui est dans la pièce du bas, et finir de fauiher le regain à côlé.,. Dépêchons, dépâciions!... et après ça, dame! la fêle tanl qu'il y en aura... el il y eu aura ; c'esl notre maître, M. le marquis de Monlêclaiu qui la mène, comme faisait le si igneur autrefois; — el il a fuit comme autrefois, lorsqu'il n'y axait pas de dame au château : il a choisi une paysanne pour êlre la reine de la fête... cl celle qu'il a choisie, c'est Louise... ma belle et bonne Louise.

(Les paysans rciitrcni sous le hangar.) LOUISE , avec uu soupir, 5 part.

Ah! pourquoi m'a-t-il choisie I...

KIÎROUAN,

Quelle gloire pour loi.'... El piiis,damel v'ià deux mois que lu languis et que lu n'as pas quille la ferme. Crois-moi, fillolle, le plaisir et la danse sont de bons remèdes à ton âge.

L0L1.«E, à part.

Le plaisir! la danse!... Ah! mon Dieu...

(Elle essuie une larme.) KÉROrAN.

Eh bien I petiote, est-ce que ça va te reprendre?.., est-ce que tu souffres encore?...

LOUISE

Non, mon père, non... je suis tout à fait bien maintenant... Vous \oyez, je suis prêle ù faira tout ce qu'il faut...

KÉROUAlï.

El il faul que ça soit bien fuit, pas vrai, Louise? (A Poriùi; et Madeline.) Allons, vous autres, apportez le pain el h- cidre. (Madeline soit et réparait suivie de Perrine apporiaiit coinnic elle des galettes). Tu n'es reine que pour un jour ; mais pour ce jour-là, je veux qu'il soit dil qu'il n'y aura pas de pauvres dans le pays. C'est le vieil usage, et l'usage est bon... C'est loi que ça regarde, Louise... n'épargne rien.

PORKIC, remplissant toujours ses pichés.

Il me semble qu'en v'ià assex pour un jour.

KEnouAN.

Eh ben ! quand il leur en resterait un brin pour demain, où serait le mal?

MADELINE, à Pornic.

Ce n'est pas loi qui ferais ça, avaricieux. PORNIC.

Avaricieux... parce que j'aime autant manger mon pain que de le faire manger aux autres.

LOUISE

Mon père... ne reslez-vous pas pour jouir du bien que vous faites ?

KÉROUAN

Ahl j'ai une bien autre corvée : Pierre vient de me dire que le général qui , tu le sais, doit venir ce malin , s'est enlêlé à prendre le chemin de la Croix-des-Trépassés.

LOUISE

Mais ce chemin est impraticable...

KÉROUAN

II esl comme ça , ce vieux Simon... Parce que, du leinps de son empereur, il a couru à son aise à travers tous les chemins du monde, il s'imagine qu'on dompte aussi aisément les cliemins creux de noire vieille Bretagne... Nenni da ! nous y avons plus d'une fois embourbé les bleus , el je crois bien que le général y resterait, si je n'allais ou devant de lui avec du renfort... LOi;i-E.

Faites donc, mon père... et surtout ne vous moquez pas trop de lui.

KÉROUAN

Pourquoi pas?... est-ce parce qu'il est comte et général... que je ne...

(Apparition des mendiaits qui s'arréient à la barriire.j LOUISE.

Non... c'est qu'il est malade...

KÉROUAX.

Oui... oui... tu as raison... (Aux paysans qui sorieiit du hangar avec des faux, etc.) Allons, vous autres, aux champs; et toi, François, amène les clievaux là-bas, tu sais...

PORVIC, abaissant l'échatier.

Allons ! allons ! les pauvres, ne barrez donc pas le [)assage.

KÉROUAN

Eh bien ! butor.. .(Il pousse Pornic) tout ce monde-là c'est nos hôles et nos frères aujourd'hui... et si ma fille était une vraie reine, ce serait tons les jours la même cho.se. (Aux panvre») Entrez,

LA closkhih: I)i;s gknêts,

mesenfdns... (Ils entrent.) Passez maintenant, vous autres, (les valets <le la ferme sortent; il va vers un pauvre.) Tiens... c'est... (Le pauvre se détourne ; Kérouan revient près de sa lille.) Dis donc, fille ! lu vois bien ce vieux lù-bas?...

LOUISE

Oui, père...

KÉnou.4N.

Ça n'est pas grand' cliose de bon .. il aurait pu travailler plus et boire moins... je le lui ai dit souvent... mais c'est égal, il s'est battu autrefois avec moi contre les bleus...Tu lui donneras double ration et lu lui glisseras ces deux pièces de six livres.

LOUISE

Oui, père, oui...

KiinouAN.

Allons, les braves gens... allez... allez. .. et vous prierez Dieu un brin pour ma fille... n'est-ce pas ?...

TOUS

Oui, oui...

KÉROU.\N.

A tout à l'heure, fille... à tout à l'heure... (Il sort par le fond ; Louise l'accompagne un moment.)

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