LE DUC, LA I^IARQUISE
LE DUC. Ah çà I ]\r''' d'Humières ne se doute pas que vous venez la retirer du couvent aujourd'hui même?
LA MARQUISE. Non, j'en ai prévenu seulement la supérieure pai- un mot.
LE DUC. C'est une ciixonstance bien favorable pour présenter une demoiselle dans le monde que le commencement d'un règne I surtout avec im prince de seize ans.
LA MARQUISE. Oh! les counnencemens sont toujours superbes ; c'est la fin qu'il faut voir !
Air de Partie et Revanche.
Quand un nouveau règne commence Chacun voit l'avenir en beau , Chacun se livre à l'espérance D'attraper sa part du gâteau, Cliacuu veut sa part du gâteau.
Tout est promesse pour séduire Tant de gens qu'on doit rendre heureux; I^Iais riiistoire est là pour nous dite Que promettre et tenir sont deux.
LE DUC. Il faut espérer que celui-ci sera mieux élevé que son aïeul, et que ses instituteurs ne s'amuseront pas à nous le gâter... Il est vrai que quelque dame de la cour pourra bien prendre cette peine-là.
LA MARQUISE. iMais, en vérité, monsieur le duc, vous dites aujourd'hui des choses...
LE DUC. En effet , je ne sais pas ce que j'ai : il m'arrive des idées...
LA MARQUISE. Fort étranges! et dans un lieu pareil. ( On entend lesundu cor.) Est-ce qu'il y aurait chasse de ce côté ?
LE DUC. Ça ne me surprendrait pas.
LA MARQUISE. Et par quel hasard n'avez-vous pas suivi sa majesté ?
LE DUC. Ce n'est })oint par hasard, marquise, mais par le bonheur que j'ai eu que vous me proposiez de vous accompagner.
LV MARQUISE. Toujours galant!
LE DUC. Avec vous , ce serait toujours , si votre haute piété ne le défendait ; aussi est-ce sur la nièce que j'ai le projet de me venger de la sévérité des principes de la tante... Vous savez que Î\Û''' d'Humières m'a été promise par M. le maréchal luimême, son digne père.
LA MARQUISE. Oui ; mais il vous a prévenu que les d'Humières, de mère en fille, n'ont épousé et n'épouseront jamais que des grands cordons de l'ordre, des maréchaux ou tout au moins des ducs et pairs.
LE DUC. Eh bien î ça m'est dû, madame la marquise, duché, cordon, bâton, ça m'is dû.LouisXIV,de glorieuse mémoire, qui connaissait mes capacités , me la dit devant M. Tallart, qui vous l'affirmerait s'il n'était allé rejoindre Louis XI V^, et l'occasion m'a manqué seulement ; car les colliers de l'ordre pleuvaicnt autour de moi.
LA MARQUISE. Et pas uu n'est venu à votre cou?
LE DLC. Pas un, c'est vrai.
LA MARQUISE. Le bâton de maréchal a passé de main en main aussi...
LE DUC. Et m'a toujours passé devant le nez , vous voulez dire .''.. Dites, dites, ne
vous gênez pas Eh bien ! madame la
marquise , je m'en fais gloire ; dans ces derniers temps, à qui la faveur? à des écervelés qui partageaient les excès du prince, et Dieu sait si j'en ai jamais fait d'e.Kcès I je n'aurais pas pu... Madame la marquise, vous devez me rendre cette justice.
LA MARQUISE. Mais , monsieur le duc , j'ignore absolument, je vous assure...
LE DUC. Eii bien ! je vous le déclare , j'ai passé pur, ce qui s'appelle pur et sans tach' , à travers les fètcs effrénées, les regards lubriques et les orgies brillantes, et j'ose dire que j'apporterai à M'^^d'Humières un cœur tout neuf.
LA MARQUISE. Quel âge avez-vous donc, monsieur le duc?
LE DLC. Je dis neuf de toutes les souillures de ce temps déplorable. (On sonne i'/vement au dehors.) Oh ! oh ! voilà des arrivans qui sonnent en maîtres. (// regarde.) Eh ! je ne me trompe pas, c'est le premier valet de chambre du roi. Par quel hasard ici ?
tiES BEIGNETS A LA COUR.
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