SCENE XIII
PICARD, puis CÉSARINE.
PICARD , seul. C'est affreux ! c'est indigne! Etre le jouet de ces messieurs... Oh ! je ferai donner congé à M, Edouard pour recevoir chez lui de pareilles gens.
On fiappe, Ce'sarine entre.
cÉSARisE, chantant.
C'est la princesse de Navarre...
Que je vous annonce....
{Parlant à Picard. ) Monsieur Picard , je vous prie... le conciei'ge de céans ?
PICARD. C'est moi, madame; que voulez-vous?
CÉSARINE. Monsieur Picard, il est bon d'avoir des amis partout... et je désire que vous deveniez le mien...
Elle chante.
Et voilà, oui, voilà toat ce qae je Teux !
PIC.4RD. Comment donc, madame! mais avec plaisir... Madame désire peut-être un logement, et veut connaître le fort et le faible des localités...
CÉSARiiVE. Concierge , vous tournez le dos à la chose qui m'amène... Avant tout, et pour vous prouver que vous n'avez pas affaire à une intrigante, je vous dirai que je me nomme Eudoxie-Evélina de Saint- Preux... Je pris naissance sur les bords de la Suisse... je suis née de parens pauvres, mais pas honnêtes, car à l'âge heureux de quinze ans, ma mère me mit à la porte sans rime ni raison... et je n'apportai, hélas! en France...
Elle chante.
Que ma beauté', quinze ans, Trente francs, et î'espe'rance...
Et l'espérance... et...
{Parlant.) Ca se répète quatre fois.
PICARD. Mais enfin, madame...
^ CÉSARINE. J'arrivai à Paris... D'abord l'avenir m'effraya, et je me disais, en poussant d'assez gros soupirs. . .
Elle chaule.
Rendez-moi ma patrie, on laissez-moi mourir !
PICARD. Mais cela ne me dit pas au juste...
CÉSARliVE. Je ne mourus pas. .. au contraire, vous voyez... L'énergie prit le dessus... Je fis feu des quatre pieds... Je ne vous dirai pas tous 'ies états que j'ai faits. .. ce serait un ruban de queue trop long à dérouler... Sachez, seulement, concierge,
qu'aujourd'hui j'ai trouvé lemoyend'em' pêcher les humains de vieillir et de réparer l'injure du temps... Grâce à moi, il n'y a plus de vieillards; j'ôte trente ans de la tète d'un homme , avec la même facilité que vous buvez un verre d'anisette... Je rajeunis également la grande dame et la grisette, le pair de France et le portier.... Enfin, monsieur Picard, je suis épileuse... à votre service...
PICARD. Epileuse!... Je ne comprends pas.
CÉSARINE. C'est-à-dire extirpant les cheveux blancs des personnes qui ont l'incommodité d'en avoir, et j'ose dire...
PICARD. Assez , madame , faites-moi le plaisir d'aller vous promener le plus tôt possible.
CÉSARINE. Qu'est-ce que cela signifie ?
PICARD. Ca signifie que vous êtes une folle... Tenez , regardez...
Il se de'couvre.
CÉSARiiVE. Ah! mon Dieu! qui est-ce qui a fait cet ouvrage-là?
Elle rit aux éclats.
PICARD. Vous seriez-vous entendue avec tous ces vauriens ?
CÉSARINE. Eh bien oui, vieux Cerbère; oui , vieux dogue ! ça vous apprendra à me fermer la porte au nez... et à m'empêclier de déjeuner. {Elle rit.) Ah ! ah ! ah!
PICARD. Sortez , madame , ou je ne réponds pas...
CÉSARINE. Oui, je sors, mais ravie , mais enchantée de vous avoir- fait enrager.
Elle chante.
Portier, je veux Epiler tous tes blancs cheveux !
Elle sort. Picard est furieux.
PICARD. Et je souffrirais cela? Oh non! j'irai me plaindre au juge de paix, au commissaire de police... Ah! les drôles !