PAULINE, PICARD
l'AULiNE entre en sautant a la corde et fait riculer Picard. Elle est en hluuse et a un bonnet grec. Elle chante.
Le postillon de mam' Ablou,
Tia la la la la la la...
Des doubles tours en voulez-vous,
Et des croix de chevalier!...
PICARD. Qu'est-ce que ça veut dire ?
Finissez donc avec votre corde., entends-tu , monsieur le sauteur .•*
PORTIER , JE VEUX DE TES CHEVEUX
PAULINE. Ouf! j'en peux plus... Bonjour, père Picard... Oh! la rate! oh!
c'est-y amusant. . . et pas cher.
PICARD. Ah çà , tu t'es trompé de porte... mon garçon. Tu vas me faire le plaisir de t'en aller en doubles tours ou en croix de clievalier... Allons , allons... va voir chez l'épicier si j'y suis.
PAULiiVE. Concierge, ce n'est point par erreur que me voilà. . . Oh ! que c'est drôle ! oh! que ressemblance I cré nom! c'est frappant.
PICARD. Quoi? on a frappé...
PAULINE. Non... je disque c'est frappant , parce que vous ressemblez comme deux gouttes d'eau au polichinelle qui est sur mon cerf-volanl.
PICARD. Comment, je ressemble au polichinelle!
PAULINE. Avant tout, père Picard, c'est-y vrai que vous avez un logement à louer ?
PICARD. Un logement? oui, mon garçon , si c'est pour ça qu'on t'envoie , à la bonne heure... c'est différent ! {A part.) Ca ferait joliment mon affaire, la propriétaire ne me bougonnerait plus.
PAULINE. C'est-y grand? c'est-y petit?
c'est-y propre? c'est-y haut de plafond?.. Oh! plus je vous regarde, plus vous êtes mon polichinelle.
PICARD. Voyons , laisse-là ta ressemblance... et parlons...
PAULINE. Oh ! sacristi , quelle heure qu'il est... hein? regardez donc à vos aiguilles.
PICARD. Pourquoi ça?
Il tire sa montre.
PAULINE. Oh! le joli bijou c'est
comme pour tirer aux macarons... Quelle heure?
PICARD. Midi vingt-cinq.
PAULINE. Bon ! j'suis fait au même, enfoncé! . .moi qui voulais aller au chemin de fer, à Saint-Germain... trop tard! Y êtesvous allé, père Picard, au chemin de fer?
PICARD. Non... mes occupations ne m'ont pas permis...
PAULINE. Vous restez donc collé à votre loge comme une coquille d'huître?...
Faut voir ça, comme ça file... Cré nom ! deux mille voitures à la queue leu leu!.. Figurez-vous que vous allez au bureau... vous demandez un billet , vous donnez une pièce de cent sous... disparais... on vous rend votre monnaie à Saint- Germain...
PICARD. Oui,onditqu' ça va tres-vitc...
mais dis-moi : le logement, est-ce pour une personne seule?
PAULINE. Oui, un vieux garçon , sans enfans... Oh 1 la belle chose que la vapeur ! Par exemple, on ne descend pas en route... ça se conçoit; dites donc, le temps de se moniher, et on a cliangé de département... l'année prochaine, ou ira en Russie... c'est ça qui sera crâne! . Vous dînez à Paris avec des pommes déterre frites , et vous prenez votre café à Saint- Pétersbourg. Eu v'ià des jouissances à
la vapeur!.. [Elle tire des cliqueiles et bat un roulement.) Ran , ran , ran , paiaplan !
Elle fait aller ses cliquettes et va s'asseoir sur le tabouret près de la loge , et écrase le chapeau de Picard qu'il y avait posé.
PICARD , la faisant releoer. Allons , bon ! oh! le maladroit... v'ià mon chapeau dans un joli état... Petit imbécile, va!..
PAULINE. C'est rien , ça se reiape. Père Picard, voyons ce logement, finissons-en...
faut que je porte la réponse A quel
étage ? c'est-y commode ? c'est-y logeable?
PICARD. Certainement... il y a trois jolies petites pièces demi-mansardes... au quatrième... par le petit escalier.
PAULINE. Oli! ça sera un peu gênant.
PICARD. Pourquoi ça? c'est donc un mylord , que ton vieux garçon?
PAULINE. Non; mais je vas vous dire...
c'est un marchand de chevaux et ça
sera difficile pour mettre ses bètes avec
ça, il veut un manège !
PICARD. Un manège !.. Mauvais drôle. . . veux-tu bien me laisser tranquille , alors ! Méchant garnement... un marchand de chevaux au quatrième !
PAULINE, allant à f entrée de la loge.
Ah ! le drôle de papier que vous avez dans
votre loge c'est gentil chez vous ça
fera un beau pigeonnier.
Elle entre dans la loge.
PICARD. Eh bien... il entre dans ma loge, à présent.
Il court à sa loge.
VkVLiîiE, fermant la porte.
Elle chante en faisant aller ses cli(juettes. Ran, ran, ran, ran !
PICARD , cherchant à rentrer. Veux-tu bien sortir, polisson, mauvais drôle!
PAULINE , passant sa tête à trarcrs un carreau de paijier. Monsieur demande quequ' chose... parlez au concierge.
l'ICXRD , courant prendre son balai. Ah ! lu veux que je te frotte... attends, at-
MAGASI?J THEATRAL.
tends! J'aurais dû lue douter qu'il était envoyé par les autres.
Il pusse le maiiclie à I):ilai par le cancau de papier; Pauline le tite en cliantant :
En avant, marclions, etc.
Puis elle le lAclie; Picaul manque de tomber; ensuite fauliiie santé par la fenêtre ; Picard d'un coup de balai enfonce la porte de sa loge, dans laquelle il cuire. Pendant ce temps Pauline ouvre la cage et prend le sansonnet de Picard ; celui-ci ressort de sa loge et ïV'Iauce vers Pauline en levant son balai sur elle.
PICARD. Je vais l'apprendre à casser mes carreaux I
PAULlMî, lui présentant son o/Vea?/. Frappez, si tu l'oses.
PICARD. IMon sansonnet!., ail! malheureux!... veux-tu bien me le rendre — Voyons, je te laisserai partir sans te faire de mal mais rends-moi moi sansonnet I
PAULiMi. J'y consens, mais à une condition.
PICARD. Laquelle?
PAtMîvr;, lut rcn'lanl son cisrnit. C'est... que... vous me ferez présent... d'une mèche de vos cheveux I
JiLiE e/ eucÉme se tint/tnt à la ftnc/re et rient aux éclats m ch/m/ant avec pailkne :
Portier, je veux Une mèche de tes cbereux.
Pillard poursuit Pauline, r^ni s'' échappe et referme sur elle la porte cochère.
PICARD, exaspéré. Ilsont donc juréde me faire mourir! . On frappe, Picard tire le cordon ;Pau/inrpa<!Sf su iéie }>ar la porte eiitr ouverte et lui crie. ) Je vas vous envoyer le coiffeur.
F.lle referme vivement la porte. On frappe de nouveau.
l'iCAun. Ah I te:te fois, il faut que jeme venjji-.
11 va ouvrir l.-i poric par le pêne, et se tient derrière l.i])0,le; Honivet cnire, Picard lui allonge un coup (1(- pied dans le derrière.