M"° POITEVIN, MADELON
jjme POITEVIX. Madelon.. .c'est fort mal.
MADELOX, riant. Qu'est-ce que vous avez donc, ma tante?
M°" POITEVIX. Je suis très éritce contre vous.
MADELOX. Ah ça , ma petite tante , estce que par hasard vous seriez jalouse ?..
M°° POITEVIX. Moi, jalouse!..
MADELOX. Est-ce que vous croyez que je ne me suis pas aperçue que M. PhUidor vous en conte.
M"' POITEVIX. Je ne chercherai point à m'en disculper. Oui, il me faisait... la cour, c'est vrai; il me disait même des choses fort agréables.
MADELOX. Voyez -VOUS ce monslre-là, qui disait des choses agréables à ma tante.
jvi-ae POITEVIX. J'aurais dû ne pas l'écouter... mais si tu savais comme moi la mythologie... je te dirais que nous portons tous la peine du péché de la première femme...
MADELOX. Bah!., c'est toujours la première femme qui est cause de tout... Eh! mon Dieu!., si ça n'avait pas été la première... c'aurait été la seconde...
^mc POITEVIX. Quand je pouvais m'en tenir à mon futur de l'été dernière... M. Camoin, joaillier de la ville de Paris... marguillicr de la paroisse de Saint-Pierre-aux- Bœufs... un homme établi en gros, incapable de donner un démenti à un perroquet...
MADELON. Eh bien , ma tante... il faut y revenir, et planter là ce petit monstre de sauteur... qui veut épouser la tante, et qui fait les yeux doux à la nièce...
M""" POITEVIN. Le planter lu.. .tu ne sais pas tout, Mpdelon..»
MADELON FRIQtET*
MADELON. Qu'est-ce qu'il y a donc ?
M"" POITEVIN. Emagine-toi, que toute cette hiver, M. Philidor est venu, comme tu as pu l'observer, boire du cidre et manger des marrons.
MADELON. Et même, il en mangeait tanl, que je croyais toujours qu'il n'avait pas dîné...
M°" POITEVIN. Je ne lui en fais pas un crime... mais, j'ai voulu le faire expliquer... je ne puis pas le désavouer il s'csprime très bien... il m'a dit qu'il m'aimait.,. qu'il m'adorait... il m'a demandé ma main... son langage m'avait submergée... j'ai presque dit : oui...
MADELON. Quand vous auriez promis, ça n'engage à rien...
M"^' POITEVIN. Le monstre est parti le lendemain pour Mémorency... et j'ai eu la faiblesse de correspondre avec lui...
MADELON. Ah! vous lui avez écrit une lettre?..
M""" POITEVIN. Quatre, mon enfant!. .et de huit pages encore...
MADELON. De huit pages , vous n'aviez donc que cela à faire?
M""* POITEVIN II me répétait si souvent: « Quand on parle comme vous, on doit ndictère comme madame de Sévignet... »
Je me suis compromise...
MADELON. Je m'en moquerais pas mal...
ù votre place, je n'en ferais ni une ni deux, je l'enverrais promener.
M""" POITEVIN. Mais alors, il se vengera en divulguant mes lettres... Oui, je fais la pariure qu'il les montre au tiers et au quart, et adieu cette réputation intcujuc que je me suis amassée dans le quartier.
MADELON. Ne vous cliagriuez pas, ma petite tante, nous trouverons moyen de vous tirer de là... c'est comme moi... estce que vous croyez que je me tourmente l'ame, parce que mon cousin... mon amoureux est en retard de quatre mois, ça ne m'empêche pas de dormir sur les deux oreille, et d'être bien tranquille.