M"' POITEVIN, TRANQUILLE, PHILIDOR
Air : Vaud. des Omnibus.
Qvielle est donc l'aventure nouvellci
Qui dans ce moment Jjui rend le cœur aussi content ?
Le soldat d'hier est avec elle,
Mais rien à présent, Ne me paraîtra surprenant,
LAPERRIÈRE, à part.
Attendons, et nous verrons ma belle Dans quelques instans, Si vous riez à mes dépens
A mes vœux vous vous montrez rebelle, Oui , mais votre amant
Est encor' dans mon régiment,
UADELON.
Vous saurez, l'aventure nouvelle, Qui dans ce moment
Me rend le cœur aussi content, L'on a pu me traiter d'infidèle;
Mais rien à présent, Ne doit vous paraître étonnant.
TRANQriLLE.
Ah ! queir cours' je suis tout en nage, Et ça pour ne pas réussir...
MADELON, montrant le papier.
Moi, je m' suis rapp'lé 1' vieil adage Vaut mieux tenir que de courir...
CH(»;(JR.
Quelle est donc l'aventure nouvelle.
PHILIDOR. Belle Madelon, je tiens ma promesse, et je viens réclamer la vôtre. Il lui remet les lettres de sa tante.
MADELON , les prenant et les remettant d salante. Moi, je ne vous ai rien promis...
M"" POITEVIN. Ni moi non plus, monsieur... à présent que j'ai ma correspondance, vous me permettrez de vous mépriser.
TRANQUILLE. Et moi aussi, bateleur!
PHILIDOR. Ça me fait l'effet d'une entorse...
MADELON. Je n'ai promis qu'à Tranquille.
TRANQUILLE. Qu'à moi, histrion.
MADELON. Et la preuve, c'est que je l'épouse.
TRANQUILLE. Mamzell' ça ne se peut pas tant que je serai fantassin...
MADELON. Remercie le colonel qui vient de m'accorder ton congé.
LAPERRIÈRE, à lui-même. Ah! nous y voilà...
TRANQUILLE , portant alternativement d son chapeau la main gauche et la main droite. Mon colonel, je ne sais de quelle main vous remercier... mais les deux... ce n'est pas de trop.
Il porte les deux mains à son chapeau,
LAPERRIÈRE, souriant. Lisez! lisez !..
TRANQUILLE. Lisez, la tante!
M— POITEVIN , après avoir parcouru le billet des yeux. Ah ! mon Dieu ! qu'est-ce que je vois là? {Lisant le billet.)i( Je dépose «mon amour, aux pieds de la belle Made- »]on, et j'engage ma parole de dépenser «avec elle les cent mille écus de mon on- » de le commandeur, et cela à sa première «réquisition. »
LAPERRIÈRE. Valeur reçue en un doux baiser.
MADELON. J'étais sa dupe...
M°« POITEVIN. Je tombe en syncope...
TRANQUILLE. Soutenez-moi, la tante.
PHILIDOR. Bien fait... {Il se frotte le»
mains , «7 s'avance vers Laperriére pour le féliciter.) Si j'osais, colonel...
LAPERRIÉRE, C éloignant du geste. C'est bon. {À Madelon avec u?i peu de courtoisie.) Vous voyez, belle Madelon, qu'il n'est pas aussi facile de se jouer d'un homme comme moi , que d'un imbécile comme monsieur.
(// montre Fhitidor qui salue.) Vous êtes battue...
MADELON. Ah!., vous croyez ca... Eh bien, non!., du courag^e, mon pauvre Tranquille, ce que j ai dit, je le répète encore... je n'en aurai jamais d'autre que toi... tu es soldat, je serai vivandière...
TRAIVQUILLE. Nous serons vivandières!
MADELON. Nous ferc^ns nos huit ans ensemble
TRANQUILLE. Nous ne nous quitterons ni jour ni nuit.
MADELON. Donne-moi ton bras, et allons nous marier...
LAPERRIÉRE. Un moment... on ne se marie pas sans ma permission; car, je suis son colonel.
La Giiiiiiaid paraît au foud.
TRANQUILLE, l'apercevant. La Guimard!