SCÈNE VIII
Les Mêmes , VOLMAR.
VOLMAR commence ce couplet dans la coulisse.
Air du Journal du vovage.
Dépensant promptement mes jours, Sans compter avec la folie , Le plaisir me suivra toujours Dans l'heureux clicmin de la vie.
Joyeux épicurien,
Je ne redoute rien
Dans ce pèlerinage , Si j'ai la gaîté pour soutien
Jusqu'au bout du voyage.
FRITZ
Eh ! c'est monsieur Volmar.
VOLMAR
Lui-même... mon cher Werther, embrassonsnous.
WERTHER
De bien bon cœur... Et qui t'amène dans ma solitude champêtre?
VOLMAR
Deux motifs : l'un de te prévenir que le mi-
WERTHER
nistre, ne te voyant pas revenir à Munich, a jugé à propos de prendre un autre secrétaire, et que c'est moi qui t'ai remplacé.
FRITZ
Là, monsieur, qu'est-ce que je vous avais dit?... voilà où votre passion vous mené.
WERTHER, d'un ton sé^-ère.
Fritz, c'est bon; je vous invite, de la manière la plus formelle, à ne pas sourciller. (A Volmar.) Mon ami , je t'en félicite!... s'il était dans ma destinée d'être réformé, je dois me soumettre aux décrets... de son excellence.
Je suis enchanté que tu prennes bien la chose.
WERTHER
II me semble que je ne pouvais pas la prendre autrement, ou ne pas la prendre du tout... et j'aime autant la jirendre comme ça... Et le second motif de ta visite, Volmar ?
VOLjftR.
Celui de t'emmener d'ici pour te guérir.
WERTHER
Pour me...
VOLMAR
Pour te guérir.
WERTHER
Qu'est-ce que j'ai donc ?
VOLMAR
On m'a dit que... (Montrant sa tête.) Déménagée.
^ WERTHER
On t'a dit que j'étais déménagé ?
VOLMAR
On m'a dit que tu étais devenu fou.
WERTHER
Par exemple !
On dit que cette Charlotte, dont tu m'as si souvent parlé dans tes lettres, t'a fait perdre la tète.
WERTHER
Oui ! eh bien ! si tu veux conserver la tienne, je ne te conseille pas de la regarder. Avec ton petit air, regarde-la, et tu m'en diras des nouvelles.
VOLMAR
Moi?... Oh! sois tranquille, je suis à l'épreuve.
Air de l'Opéra-Comique.
Amant volage, amant léger, Et vainqueur de jilus d'uue belle , De maîtresse j'aime à changer...
Au plaisir seul je suis fidèle.
Faisant la cour en tapinois A mainte blonde , à mainte brune, J'en adore trente .î-la-fois.
Pour n'en aimer aucune.
WERTHER
Il en adore trente à-la-fois, et il n'en aime aucune... De manière que tu les portes toutes dans ton cœur, ensemble ou séparément.
^^tfc
VOLMAR
Comme tu dis.
Mon ami, je te souhaite bien du plaisir; mai9»je ne conçois pas comment on peut s'amuser à rire de tout. Il n'y a, selon moi , de véritable gaîté que celle qui est enfantée par un profond sentiment.
Air du Galoubet.
Sans sentimeui , (bis.) Comment veux-tu donc que l'on prouve Que l'on possède un cœur aimant?
Malheur à qui me désapprouve !
Un homme est mort , lorsqu'il se trouve
Sans sentiment.
VOLMAR
Pour moi, j'en ai fort peu, et je ne m'en porte pas plus mal.
WERTHER
O être peu philosophe !... la nature champêtre n'a donc jamais parlé à ton cœur, Volmar?
VOLMAR
Ma foi, non.
WERTHER
Ma foi , non ! Quoi ! tu ne t'es jamais trouvé dans une campagne émaillée de Heurs fanées à demi, pendant une soirée d'automne? Tu n'as jamais examiné la feuille veloutée de l'arbre de Jupiter, lorsque, jaunie par le souffle impétueux du zéphyr septentrional, elle tombe, inclinée par son propre poids, dans les vagues écumeuses du ruisseau paisible de la vallée solitaire, entraîné au sein du vaste Océan , où elle rencontre son tombeau?... Ah ! si tu savais comme alors, à l'aspect ravissant de la nature en deuil, et prête à revêtir la robe glacée des frimas, l'ame s'épanouit aux impressions tardives d'un amour prématuré, et se balance avec délices dans le vague indécis de la mélancolie...
VOLMAR, à Fritz.
Il l'est au premier degré. (Haut.) Ainsi , mon ami , d'après tout ce que tu viens de me dire , tu penses-..?
WERTHER
Je pense que ton cœur n'étant pas monté au diapason du mien , il ne peut pas exister d'harmonie entre nous... Je te laisse blasphémer seul contre la sensibilité, et je vais errer dans la campagne. Blasphème, mon ami , blasphème ; quant à moi, j'erre.
VOLMAR
Que dis-tu?
WERTHER
Je dis, j'erre...
(11 sort.)
eeoaeQeeeeeeooseeeoeoeeeseaeaeosoeoooogsesesieeaeoeeoeeeeo