‹ Pièces de théâtreChapitre 442 sur 1069 · WERTHER, CHARLOTTE · texte numérisé non relu

WERTHER, CHARLOTTE

WERTHER

Faut toujours prendre les enfants par la douceiu- ; ils sont bien gentils. Je vous rappellerai donc, Charlotte, les soirées que nous passions ensemble à regarder la lune et les étoiles.

CHARLOTTE, à part.

Quel homme j'ai perdu là par sa propre faute !

WERTHER

Mais c'est fini ; vous êtes la femme d'un autre ; le notaire y a passé ; c'est après la cérémonie que je vous parle... Dieu veuille seulement que vous ayez fait un bon marché !

CHARLOTTE

J'espère qu'Albert est un bon homme.

WERTHER

Absolument; et, toutes réflexions faites, c'est lui qui vous convenait le mieux. Par exemple, je ne dis pas qu'il vous aime à la rage ; je ne crois pas: mais, à cela près, vous pouvez être sûre de passer avec lui , dans une douce alternative de tristesse et d'ennui , des jours filés par l'indifférence conjugale... Je souhaite que cela vous amuse; mais j'en doute, s'il faut vous parler franchement.

CHARLOTTE

On ne se marie pas pour ça.

WERTHER

Ah ! voilà , vous m'en direz tint.

CHARLOTTE

Mais enfin , j'espère que vous aurez maintenant plus de raison , et que vous cesserez de m'aimer, cher Werther !

WERTHER

Cher Werther !... ah! mes oreilles sont-elles bien ouvertes?... Cher Werther!... c'est la première fois que vous accolez cette épithéte à mon nom patronimique... Je crains d'avoir mal entendu ; si cela vous était égal de répéter, Lolotte?

CHARLOTTE, avec abandon.

Eh bien ! oui , cher Werther.

WERTHER , hors de lui.

Voilà deux fois qu'elle le dit, 6 ciel ! et avoir attendu pour cela le soir de ses noces !

CHAR LOI TE

Puisque le mot m'est échappe , il n'y a plus à

WERTHER

revenir là-dessus ; d'ailleurs cet amour ne peut nous mener à rien.

WERTHER

Et c'est bien ce qui en fait le charme.

CHARLOTTE

Air de la Tyrolieni.

Ah! qu'il est doux de s'aimer de la sorte ! On fait durer tant qu'on veut le plaisir. Flamme d'amour est, dit-on, bientôt morte; Mais celle-ci, c'est à n'en plus finir.

WERTHER

Femme vraiment étonnante , Je ne puis que t'admirer !

Plus ta sagesse m'enchante , Et plus je dois t'adorer !

Quel bonheur !.. . Eh quoi !

Je vivrais pour toi !

Tu l'as dit, je croi ;

Répète-le-moi...

Ah ! mon cœur cède à la pente Qui l'entraîne près de toi.

ENSEMBLE

CHARLOTTE

Ah! qu'il est doux, etc.

WERTHER

Femme vraiment étonnante, etc.

( Werther se jette aux genoux de Charlotte. ) CHARLOTTE.

Werther, que faites-vous ?

WERTHER, toujours à genoux.

Il y a long-temps que je ne sais plus ce que je fais.

CHARLOTTE, se retirant vers la maison.

Relevez-vous donc.

WERTHER

N'y prenez pas garde ; je suis bien comme ça.

CHARLOTTE

Laissez-moi !...

WERTHER

Impossible à mon cœur.

CHARLOTTE

Laissez-moi, vous dis-je.

Deux mots encore, Lolotte; ça ne te mènera pas loin.

CHARLOTTE, le poussant rudement à terre.

Pas un seul.

(Elle entre chez elle. )

caeofiseooosoaoe9eeoos6osasoeoesaeoeoeeoooeoee9eeeeeeoooeso

Page 1