WERTHER, CHARLOTTE
WERTHER
Faut toujours prendre les enfants par la douceiu- ; ils sont bien gentils. Je vous rappellerai donc, Charlotte, les soirées que nous passions ensemble à regarder la lune et les étoiles.
CHARLOTTE, à part.
Quel homme j'ai perdu là par sa propre faute !
WERTHER
Mais c'est fini ; vous êtes la femme d'un autre ; le notaire y a passé ; c'est après la cérémonie que je vous parle... Dieu veuille seulement que vous ayez fait un bon marché !
CHARLOTTE
J'espère qu'Albert est un bon homme.
WERTHER
Absolument; et, toutes réflexions faites, c'est lui qui vous convenait le mieux. Par exemple, je ne dis pas qu'il vous aime à la rage ; je ne crois pas: mais, à cela près, vous pouvez être sûre de passer avec lui , dans une douce alternative de tristesse et d'ennui , des jours filés par l'indifférence conjugale... Je souhaite que cela vous amuse; mais j'en doute, s'il faut vous parler franchement.
CHARLOTTE
On ne se marie pas pour ça.
WERTHER
Ah ! voilà , vous m'en direz tint.
CHARLOTTE
Mais enfin , j'espère que vous aurez maintenant plus de raison , et que vous cesserez de m'aimer, cher Werther !
WERTHER
Cher Werther !... ah! mes oreilles sont-elles bien ouvertes?... Cher Werther!... c'est la première fois que vous accolez cette épithéte à mon nom patronimique... Je crains d'avoir mal entendu ; si cela vous était égal de répéter, Lolotte?
CHARLOTTE, avec abandon.
Eh bien ! oui , cher Werther.
WERTHER , hors de lui.
Voilà deux fois qu'elle le dit, 6 ciel ! et avoir attendu pour cela le soir de ses noces !
CHAR LOI TE
Puisque le mot m'est échappe , il n'y a plus à
WERTHER
revenir là-dessus ; d'ailleurs cet amour ne peut nous mener à rien.
WERTHER
Et c'est bien ce qui en fait le charme.
CHARLOTTE
Air de la Tyrolieni.
Ah! qu'il est doux de s'aimer de la sorte ! On fait durer tant qu'on veut le plaisir. Flamme d'amour est, dit-on, bientôt morte; Mais celle-ci, c'est à n'en plus finir.
WERTHER
Femme vraiment étonnante , Je ne puis que t'admirer !
Plus ta sagesse m'enchante , Et plus je dois t'adorer !
Quel bonheur !.. . Eh quoi !
Je vivrais pour toi !
Tu l'as dit, je croi ;
Répète-le-moi...
Ah ! mon cœur cède à la pente Qui l'entraîne près de toi.
ENSEMBLE
CHARLOTTE
Ah! qu'il est doux, etc.
WERTHER
Femme vraiment étonnante, etc.
( Werther se jette aux genoux de Charlotte. ) CHARLOTTE.
Werther, que faites-vous ?
WERTHER, toujours à genoux.
Il y a long-temps que je ne sais plus ce que je fais.
CHARLOTTE, se retirant vers la maison.
Relevez-vous donc.
WERTHER
N'y prenez pas garde ; je suis bien comme ça.
CHARLOTTE
Laissez-moi !...
WERTHER
Impossible à mon cœur.
CHARLOTTE
Laissez-moi, vous dis-je.
Deux mots encore, Lolotte; ça ne te mènera pas loin.
CHARLOTTE, le poussant rudement à terre.
Pas un seul.
(Elle entre chez elle. )
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