‹ Pièces de théâtreChapitre 445 sur 1069 · ALBERT, WERTHER · texte numérisé non relu

ALBERT, WERTHER

ALBERT

Ah! voilà une vil.iine commission.

WERTHER, en entrant.

Allons, c'est un parti pris... et dès que la nuit aura montré sa figure couverte d'étoiles... que le spectre livide de la lune...

ALBERT

Ah! te voilà , Werther... je suis bien aise de te rencontrer.

WERTHER, d'un air sombre.

Cela me fait bien plaisir aussi.

ALBERT

Tant mieux ; nous avons à jaser.

WERTHER

Jasons.

ALBERT

Il v en a d'aucuns qui prétendent que mon mariage te déroute, et que tu pourrais bien avoir...

WERTHER

Quoi?...

ALBERT

L'intention...

WERTHER

De?...

ALBERT

Me...

WERTHER

Fi donc I...

ALBERT

Air : Le luth f^alant.

.le vais , mon cher, te parler sans détours .

J'ai des amis (]ui m' répct'nt tous les jours Que Charlotte est l'objet qu'en s'cret ton cœur adore; Que tu l'aimais jadis...

\VERTHER.

Pardicu ! je l'aime encore.

ALBEUT.

Eh quoi ! tu l'aim's encore ?

WERTHER

Je l'aimerai toujours ! [bis.)

ALBERT

Et tu me le dis à moi ?... Ecoute donc , Werther.

WKRTHEIi.

Qu'est-ce que tu me veux? laisse-moi ; je suis occupé à...

{II regarde du côté de la demeure de Charlotte.) ALRERT.

C'est à cause de ça. Comment, tu me dis ça , à moi, Ai!)ert?

WERTHER

A qui veux-tu donc que je !e dise?... Je le dis à toi , parreque je te connais, que je sais que cela ne te tourmeutc {;uère ; que tu te fies à moi. (Il lui .serre la main.) Et entin, si tu ne t'es pas aperçu de mon amour, c'est que tu n'as pas voulu t'en apercevoir ; tu y a mis de la mauvaise volonté, allons.

ALBERT

Non. Au fait, pour ce qui me rejjarde, ça m'est égal, et je n'ai pas peur; mais le respect humain, vois-tu, mon ami ; et je ne me soucie pas qu'on me montre au doigt

Par exemple , tu n'es guère philosophe ; vraiment je te croyais plus philosoplie que ça.

ALBERT

Qu'est-ce qu'on est donc, quand on est philosophe .•"

WERTUER.

Quand on est philosophe on a la satisfartion de se dire à soi-même ; Je suis philosophe; et une fois qu'on a dit cela, il seudjle que... au contraire, vois-tu l'avantage? Alors, tout ce qui vous arrive, eh! bien, vous vous y attendez... Est-ce que je sais?... Laisse-nioi donc tran- (piille; d'ailleurs demande-le à tous les maris <le ta connaissance ; ils te diront ce qu'ils sont , quand ils sont philosophes.

ALBERT

Ça les regarde... rpiant à moi, si j'ai avant mon mariage ferme les yeux siu- bien des choses, il est à présent de ma dignité d'y voir clair, et de ne pas tolérer que ma moitié soit aimée par le tiers et le fpiart; aussi vais-je prendre un parti.

WERTHER

Est-ce que tu ne l'aiS pas déjà prisV

ALBERT

C'est-à-dire... je voulais te demander... comptes-tu rester toujours ici?

WERTHER

Je ne vois pas trop où je pourrais aller.

ALBERT

Eh bien ! si ça t'est égal , ne viens plus chez moi... sans façon.

WERTHER, avec surprise.

Mon ami me chasse donc?

ALBERT

Non , je te prie seulement de t'en aller.

WERTHER

Qu'est-ce qui te prend donc aujourd'hui ?

ALBERT

Ta santé exige que tu changes d'air.., voilà ia saison , va aux eaux , tu ne feras pas mal de voyager.

WERTHER

Me séparer de toi, ce ne serait encore rien : mais me séparer de ta femme!... de ta Lolotte; car enfin c'est ta Lolotte.

ALBERT

Sans doute; c'est parceque c'est ma Lolotte; si c'était la Lolotte d'un autre... Écoute, Werther, je n'ai pas sucé le lait d'une tigresse, et je sais ce qu'on doit d'égards à un amour taquiné... Je te permettrai donc encore la vue de mon épouse.

WERTHER, avec feu.

Généreux mortel , tu me fais ))asser du comble du malheur à l'extrême félicité ! Je te remercie de la transition.

ALBERT

Oui, mais pour aujourd'hui seulemeut, et à cause que ça ferait jaser, si on ne te voyait pas à la noce. Mais, demain , plus de Charlotte; c'est fini... Appelée à d'autres fonctions...

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