SCENE PREMIERE
SOEIR IVIARTHE, endormie, SOEUR URSULE à genoux.
iTN ANGE, entr'ouvranl les rideaux du lit, Ptiuvre cre'ature brisée, ^ai , pour briller un jour en ce monde mortel , Comme une goutte de rosce , Une aurore tomba du ciel, La mère de toute clémence , Qui ne peut oublier que tu fus notre sœur , Voyant ton esprit en démence Perdu dans la nuit de Terreur, Pour toi craint un trépas funeste , Et m'envoie h ton lit , messager consolant, Afin que mon souffle céleste Rafraîchisse ton front brûlant.
Et dans cette heure qui délivre , Son pouvoir , impuissant à te mieux secourir, A défaut de force pour vivre , Te rend la raison pour mourir.
Afin que ton ame choisisse , Libre comme l'esprit doit l'être au dernier jour, Ou des rigueurs de la justice , Ou bien des trésors de l'amour.
[L'antre referme les rideaux, et disparaît derrière eux.) MARTHE, se rèoeitlant. Merci, bel ange , merci ! Oh ! ton souffle m'a enlevé du front im cercle de feu.. Oii es-tu que je t'adore?. Rien, rien... Allons, c'était une dernière vision de ma folie, un dernier fantôme de ma fièvre.
URSULE. Eh bien ! ma sœur?
MARTHE. C'est vous, L^rsule...
URSULE. Vous me reconnaissez ?
MARTHE. Oui, j'ai eu le délire, n'est-ce pas?
URSULE. Et vous vous êtes sauvée ; vous avez quitté le couvent, vous avez erré par les plaines et par les montagnes, exposée à
laclialeur du jour, au vent de la nuit
Vous ne nous donnerez plus de semblables inquiétudes, n'est-ce pas ?
MARTHE. Non, car je ne suis plus folle. .
cette bonne nouvelle !
MARTHE. Ne vous presscz pas trop, ma sœur, car Dieu m'a rendue à la raison et non à la vie, il m'a repris ma folie, et xion mon amour... Courez, je vous prie, chercher notre saint directem- , et dites-lui qu'une mourante réclame son ministère.
URSULE , sortant. J'y vais , ma sœur...