‹ Pièces de théâtreChapitre 577 sur 1069 · ADÈLE, ANTONY · texte numérisé non relu

ADÈLE, ANTONY

AXTOXY , entrant . Adèle ! {Ai>ecj'oie.) Ah ! ADÈLE. Oh! c'est encore vous vol!'>

ici ! dans la maison de mon mari , dans la

chambre de ma fille presque! Ayez

donc pi lié de moi ! . . . Mes domestiques me respectent et mlionorent encore ; voulezvous que demain je rougisse devant mes domesti(jues.'.. .

ANTONY. Aucun ne m'a vu... puis il fallait que je te parlasse.

ADÈLE. Oui, vous avez voulu savoir comment j'avais supporté cette aflTreuse soirée... eh bien! je suis calme, je suis tranquille, ne craignez rien retirez-

A?(TOXY. Oh! ce n'est pas cela ne

t'alarme pas de ce que je vais te dire. . .

ADÈLE. Parle! parle! quoi donc?

ANTONY. Il faut me suivre

ADÈLE. Vous!... et pouiquoi?

ANTONY. Pourquoi? Oh! mon Dieu!

Pauvre Adèle écoute, tu sais si ma vie

esta toi, si je t'aime avec délire. Eh bien!. . . par ma vie et mon amour, il faut me suivre... à l'instant.

ADÈLE. O mon Dieu ! mais qu'y a-t-il donc?

ANTONY. Si je te disais: Adèle... la maison voisine est en proie aux flammes, les murs sont brûlans, l'escalier chancelle , il faut me suivre... eh bien ! tu aurais e*)core plus de teins à perche.

(11 l'enlrainc.)

ADÉLË. Oh ! vous ne m'entraînerez pas, Antony, c'est folie... Grâce ! ^râce?... oh! j'appelle, je crie !

ANTONY , la lâchant. Il faut donc tout te dire , tu le veux : eh bien ! du courage , Adèle! dans une heure ton mari sera ici.

ADÈLE. Qu'e3t-ce que tu dis?

ANTONY. Le colonel est au bout de la rue, peut-être.

ADÈLE. Celane.se peut pas... ce n'est pas l'époque de son retour.

ANTONY. Etsi des soupçons le ramènent, si des lettres anonymes ont été écrites.

ADÈLE. Des soupçons !... oui, oui , c'est cela. . . . Oh ! mais je suis perdue , moi ! . . . . Sauvez-moi , vous... mais n'avez-vous rien résolu?... vous le saviez avant moi... vous aviez le teins de chercher... Moi, moi... vous voyez bien que j'ai la tête renversée.

ANTONY. Il faut te soustraire d'abord ù une première entrevue.

ADÈLE. Et puis?...

ANTONY. Et puis nous prendrons conseil de tout, même du dc'sespoir... Si tu étais luie de ces femmes vertueuses qui te rail-f , laient ce soir... je te dirais : Trompe-lc.

ADKLK. Oh! fussé-je assez fausse pour cela.... Oublies-tu que je ne pourrais pas le tromper long-tems. Nous ne sommes pas nialheurcux à demi , nous !

ANTOXY. Eli Lien I tu le vois, plus d'e.spérancé à attendre du ciel en restant ici... Ecoute , je suis libre , moi ; partout où /irai, ma fortune me suivra, puis, me manquât-iUe , j'y suppléerai facilement.

Une voiture est en bas... Ecoute, et réfléchis qu'il n'y a pas d'autre moyen: si un cœur dévoué , si une existence d'homme

tout entière qiie je jette à tes pieds te

suffisent. ,, dis oui ; l'Italie, l'Anylclerre ,

l'Allemagne, nous offrent un asile je

t'arrache à ta famille , à ta patrie Eli

bien ! je serai pour toi et famille et jjatrie... En changeant de nom, nid ne saura qui nous sonunes pendant notie vie, nul ne saura qui nous avons été apiès notre mort. Nous vivrons isolés , tu seras mon bien , mou Dieu, ma vie; je n'aurai d'autre volonté que la tienne, d'autre bonheur que le tien... Viens, viens, et nous oublierons les autres poju- ne nous souvenir que de no^s.

ADÈLE. Oui, oui... Eh bien! un mot à Clara.

ANTO.W. Nous n'avoiiSi pas une minute à perdre.

ADÈLE. Ma fdle ! il faut que j'embrasse nia fille vois-tu , c'est un dernier

adieu , un arlicii éternel.

ANTONY. Oui , oui , va, va.

(11 1.1 pOUSÎf.)

ADÈLE. O mon Dieu !

ANTONY. Mais qu'as-tu donc?

ADÈLE. Ma fdle!... quitter ma fille!...

à qui on demandera compte un jour de la faute de sa mère, qui vivra peut-être, mais qui ne vivra plus pour cHe... ma fille!... Pauvre enfant! qui croira se présenter pure et innocente au monde , et qui se présentera déshonorée comme sa mère, et par sa mère!

ANTONY. O mon Dieu!

ADÈLE. N'est-ce pas que c'est vrai?

Une tube tombée sur un nom ne s'efface pas; elle le cicMise, <rlle le rougi;, elle le dévore,.. Oh! ma fille! ma filli; !

A\T(>\V.rJi bien! eiiiiiieiHjiis-I.i,(jirelie

vienne ayer nous Uivv encore j'aiiiais

ci-u ne pouvoir l'aimer cette fille d'un au'

tre.... et de toi.,.. Eh bien ! elle sera ma fille, mon enfant chéri ; je l'aimerai comme celui... Mais prends-la et partons. .. prendsla donc , chaque instant te perd.... A quoi songes-tu? il va venir, il vient, il est là!... '

ADÈLE. Oli ! malheureuse I ou en

suis-je venue, oii m'as-tu conduit? Et il

n'a fallu que trois mois pour cela Lu

homme me confie son juom... met en moi son bonheur... Sa lille... il l'adore... c'est son espoir de vit;illesse... l'être; dans lequel il doit se survivre.... Tu viens il y a trois

mois mon amour éteint se réveille, je

souille le nom qu'il me cojifie je brise

tout le bonbeurqui reposait sur moi... Et ce n'est pas tout encore, non , car ce n'esf point assez : je lui enlève l'enfant de son cfeur, je déshérite ses vi(;ux jours des caresses de St'i fille.... et, en échange de son amour.... je lui rends honte, malheur et

abandon Sais-tu, Anlony? <iue c'est

infâme?

AiMT<)>iY. Que faire alor.s?

ADÈLE. Rester.

ANTONY. Et lorsqu'il découvrira tout?'"

ADÈLE. Il me tuera. '• "'

ANTOXY. Te tuer lui te tuer..;., toi

mourir, moi te perdre. . . c'est impossible. . . Tu ne crains donc pas la mort, toi?

ADÈLE. Oh ! non... elleréunit. ..| , ,,j^ ' ANTO^V. Elle sépare... penses-tu q«p je

croie à tes rêves, moi et que sur eux

j'aille risquer ce ({u'il me reste de vie et de bonheur?... Tu veux inoinir? eh biew.jt écoute, moi aussi je le veux... mais je ne

veux pas mourir si;ul , vois-tu et je ik;

veux pas qii'; tu meures seule je serais

jaloux du lombeau qui te renfermerait.

Béni soit Dieu qui m'a fait une vie isolée que je puis (piitler sans conter une larme à d(!S yeux aiinr'sl bi'iii soit Dieu (jiii a permis qu'à l'Age fie l'espoir j'eusse tout épuisé et fusse fatigué de Xonll... Un seul lien m'attachait à c(; monde.. . il se i)iis(!...

<;t moi aussi je veux mourir mais avec

loi ; je veux (jne les (Ici niei> batlemen.> de nos cœurs se réprjndnit.. . que nos derniers soupirs s(! cfjniondent... (^onipicnds-tu ?.. . . utie mort douce comiiie un sommeil, ime mort plus heureuse (|ue toute notre v\c... Puis, (pli sait ? par pitié- peut-être pMierat-on nos corps dans le même tombeau.

ADÈLE. Oh oui ! cette mort avec toi , l'éternité dans tes bras.... Oh ! ce S(;rait le ciel, si ma m('moiie pouvait mourir avec moi.... Mais, comprends-tu, Antony?.... c<;tle mémoire , elle restera vivante aux cœurs de Ions c(!u.\ (pii nou : ont coiuius... Qii de'naudera compte a ma fille de mu vie

LE MAGAS1^ THEATRAL

et de ma mort.. • Ou lui dira : Ta mère... elle a cru qu'un nom taché se lavait avec du sang.... enfant, ta mère s'est trompée, son nom est à jamais déshonoré , flétri ! et toi, toi... tu portes le nom de ta mère... On lui dira :' elle a cru fuir la honte en mourant... et elle est morte dans les bras de l'homme à qui elle devait sa honte ; et, si elle veut nier, on lèvera la pierre de notre tombeau, et l'on dira : Regarde

ies voilà !

ANTONY. Oh! nous sommes donc maudits ? ni vivre ni mourir enfin î

ADÈLE. Oui oui, je dois mourir

seule.. . tu le vois , tu me perds ici sans espoir de me sauver... tu ne peux pi us qu'une chof e pour moi.. . va-t'en , au nom du ciel, va-t'en !

ANTON Y. M'en aller te quitter......

quand il va venir, lui T'avoir reprise

et te reperdre... enfer !... et s'il ne te tuait pas?... s'il te pardonnait ?... Avoir commis pour te posséder... rapt, violence et adultère , et pour te conserver, hésiter devant un nouveau crime.. . perdre mon ame pour si peu , Satan en rirait ; tu es folle. .. non... non , tu es à moi connue l'homme est au malhem-.... ( La prenant duns ses bras. ) Il faut que tu vives pour moi....... je t'emporte... malheur à qui m'arrête !...

ADÈLE. Oh ! oh !

ANTONY. Cris et pleurs. . . qu'importe ! . .. ADÈLE. Ma fille! ma fille !

ANTON Y. C'est un enfant.... demain elle rira.

ills sont prêts à sorlir. On entend deux coups de marteau à la porte cochère.)

ADÈLE , s' échappant des bras d'Antony. ) Ah ! c'est lui. . . Oh ! mon Dieu ! mon Dieu! ayez pitié de moi , pardon , pardon !

ANTONY , la quittant. Allons , tout est fini!

ADÈLE. On monte l'escalier., on sonne..

C'est lui... fuis, fuis '.

ANTONY , feniiaiU la porte. Eh I je ne

veux pas fuir, moi — Ecoute tu disais

tout à l'heure que tu ne craignais pas la mort.

ADÈLE. Non, non,.. Ohl tue-moi, par pitié !

ANTONY. Une mort qui sauverait ta réputation , celle de ta fille ?

ADÈLE. Je la demanderais à genoux.

UNE VOIX, au dehors. Ouvrez... ouvrez..

Enfoncez cette porte...

ANTONY. Et à ton dernier soupir tu ne haïrais pas ton assassin?

ADÈLE. Je le bénirais... mais. hâte-toi..; cette porte. . .

ANTONY. Ne crains rien la mort sera

ici avant lui... Mais songes-y , la morti

ADÈLE. Je la demande, je la veux, je l'implore. ( Se jetant dans ses bras. ) Je viens la chercher.

ANTONY //// donne un baiser. Eh bien I meurs !

(Il la poignarde. )

ADÈLE , tombant dans un fauteuil. Ah! ...

( Au même moment la porte du fond s'enfonce ; le colonel d'Hervey se précipite sur le théâtre.)

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