‹ Pièces de théâtreChapitre 578 sur 1069 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

LE BR.VVO, maaqiir^ ààemi couché anr un divan, LE C-nUTR DE BELLAMON- TE , debout decant lui.

LE BRAVO. Ainsi monseigneur, la visile que vous rre t'afles ce î^oir est pour me parler des affiires «le votre excellence, et con pas de celles de la République?

LE COMTE. C'est un service que j'ai à te deiuauder; et je n'ai pas dbulé uu instant que...

LE BRAVO. Je ne fL]s«e à vos ordres, n'est-ce pa- ? cotuiue je suis à ceux du Conseil des Dix.

LE COMTE. Dont je fais partie, ne l'oublie pas.

LE BRAVO. Q.ie puis je pour votre excellence?

LE COMTE. Beaucoup.

LE BBAVO. J'i-nleud*,

LE coiMTE^ Je suis auiourcux...

LE BRAVO. De la ci.urtisiue Théodora...

Je le sais.

LE COMTE. Et comment cela ?

LE BRAVO, il y a huit jtMr s que , du pied de îa colonne du Lion, où je nv tiens hatueilemcnt , je vous Vois passer comme membre du cortège qui accompagne d ordinaire la Véiiiiitpne à l'rgli^e.

LE c iMTE. Oui . c'e«l vrai J'ai dû comme toul Cl qu'il y a de noble etil'» légant à V< nise, me ineUre aux g 'uoux de celle iemme au-si bizarre que belle. Aspasie moderne qui y^utvoir à ses pieds toutes les célébrités de son siècle, pour se parer ensuite

de ses amans comme les autres femmes se parent de leurs bijoux... Tbéodora m'a comblé de ses bonnes grâces... mais Ce bonheur facile me fatigue.. .et j'ai découvert derrière le pont de la Paglia, en face de la maison du gondolier Luidgi, un diamant.

LE BRAVO. Il y a peu de diamans à Venise qui ne soient à vendre: votre escelleUi^e est riche, et peut acheter celui qu'elle désire.

LE COMTE. On a refusé toutes mes offres.

LE BRAVO. Doublez-les.

LE COMTE. luulile... J'ai affaire à un vieillard qui la girde. qui e«t son père, ou quelque chose comme cela... il f.iit de l'iiouutur, de la délicatesse, de la vertu iigide.

LE BRAVO, avec ironie. Le misérable!

LE COMTE. El il a été jusqu'à me dire que, si je paraissais dans la rue, quoiqu'il fût vieux et du peuple, et moi jeune et de la noblerse , il trouverait bien moyeu de m'en écarter.

LE BRAVO, avec ironie. L'insolent!..

LE COMTE. Je ne puis nie comiiiettre avf'C ce: homme: tu compremls?

LE BRAVO. Certes... ces sortes de gens devraient eue trop heureux lorsq'j'un seigneur de ra(;e et de naissance- comme Vous l'êtes, daigne convoiter sa femme ou sa fdle : cela les de.-honnore... mais cela les annobiit.

LE COMTE. Eh bien ! voilà ce qu'il ne veut pas comprendre.

LE CRAVO. Be-^iia !..

LE c 'MTE. J'ai donc pensé à toi pour me débarrasser de cet homme. Arrivé depuis qutiques jours seulement à Venise, il n'y connaît pnr-onne, et le bruit piiblic annonce qu'il élève parch.iriié cette créature délicii u-e qui, hors ce vit'illard, n'a sous le ciel ni païens ni amis. Uu'-fois la jeune i fille orpheline, la Ilepubliriue, qui est ■ uneboiiuc mère, udopicl'eul'aDt abandon.

née... Un Lomme puissant, un membre du Conseil des Dix, moi, par exemple... Je me charge par amour pnur l'humanité, de la placer dans un couvent... j'y paie sa dot... je fais cadeau d'un llaphaë! ou d'un Titien à la chapelle du monastère, et la jeune fille est à moi.

lE BSAvo. C'est merveilleux de combinaisoîi, monseignciur , et je ne vois rien qui empêche ce plan de réussir: car vous avez sans doute pour moi un ordre du con eil.

LE COMTE. Comincnt !

LE B3AV0. Qui m'enjoint de débarrasser Venise d*un vieillard suspect de vertu, prévenu de délicatesse, et convaincu de garder trop religieusement l'houneurd'une jeune fille.

LE COMTE, mais tu ne m'as donc pas compris?

LE BRAVO. Au contraire, monseigneur, je vous ai compris, et parfaitement. Mais vous m'avez dit le premier ce que vous vouliez; c'est à mon tour maintenant à TOUS dire ce que je veux : un ordre du conseil.

LE COMTE, tirant une bourse pleine d'or. Tiens, le voilà.

LE BBAvo, la repoussant. La République est magnifique , monseigneur ; ell« récompense richement qui la sert; elle redore l'arme chaque fois que le sang la rouilh;. .. C'est une maîtresoe jalouse à qui je ne veux pas faire d'infidélité: je veux un ordre d'elle.

LE COMTE. Mais un pareil scrupule de ta part m'étonne, me confond...

LE BRAVO. J'ai un marclié de sang avec la République... c'est vrai, comte de Bellamonte... votre père était du Conseil des Dix, lorsque ce marché me fut imposé... Il savait, lui, quel motif m'a mis ce poignard à la main et ce masque au visage; votre père ne serait pas venu me faire la demande que vous me faites: je veux un ordre.

LE COMTE. Mais si j'obtiens cet orJre, tu n'en auras pas moins conmiis un assassinat.

LE BRAVO. Dont je répondrai devant les hommes , mais dont le Conseil des Dix répondra devant Dieu.

LE COMTE. Eh bien! puisqu'il le faut absolument un ordre, tu l'auras. Ce vieiTlard arrive de Gênes: Gênes est en guerre avec la République, et cet homme que personne ne coimaît ici est sans aucun doute un espion des Doria. J'aurai cet ordre et je le ferai clouer à cette porte selon l'habitude du tribunal. Songe maintenant que ce ue sera plu» i moi, oiois au Coa-*

seil même, que tu devras compte de Ion obéissance.

LE BRAVO. C'est bien.

LE COMTE. Adieu... n'oublie pas... derrière le pont (ie la Paglia, en face la maison du gondolier Luidgi.

LE BRAVO. Adieu, comte.

Bcllainonte iort.

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