SCÈNE II
Luidgi rentre : on entend fermer la porte en dedans. Le Bravo s'éloigne par l'une des ruelles. La purte en face de celle de Luidgi s'ouvre
d'un grand bonheur.
THÉoDORA. Oui; mais je tremblons, tu le sais , que ma funeste célébrité , dont j'étais si fière avant de tevoir ma fille, n'arrivât jusqu'à elle!., c'est un terrible juge qu'une fille pure pour une mère comme moi!..
Appelle Luiilgi , Mafféo.
MAFFÉO, va frapper d la porte de Luldgî. Mais ce secret, vous Xn révélerez un jour?
m fv' H • : tTa'a"' 'Vv" THÉODORA. Oui, oûi!.. dans six mois.
Mail 'o sort le premier , ensuite Iheodoraet Vio- rlonc n,. .. .^ î . i'« i • . «t i
lejta. ••• ■''^ * emmfînerai à Naples, â
PiOme,en France peut-être, n'importe où.
MAFFÉO, THÉODORA, VÏOLETÏA.
MAFFÉO. par^Ion , madame; je croyais avoir entendu parler.
THEODORA. Regarde.
MAFFÉO. Je me suis trompé; il n'y a personne.
violetta. Et quand vous reverrai-je, madame?
TUÉuD^'RA. Mes visites vous font donc plaisir, a)on enfant.^
VIOLETTA. Oui, je suis heureuse quand vous venez; vous paraissez tant m'aimer,
pourvu que ce soit assez loin de Venise pour que le nom de Thèodora n'y soit {.oint par venu.,. Je lui a vouerai tout alors... et si tu es encore près de nous, Mafféo, tu te joindras à moi, tu lui diras que j'ai été pure comme elle, que tu m'as connue aimée et digne d'être aimée; tu lui diras que celui que j'allaisépouser, dans un moment de jalousie, oh! jalousie bien injuste! Oh! s;ins celte enfant que je portais dans mon sein, sans cette enfant qui fait aujourd'hui tout n.on espoir d'avenir, combien de fois j'aurais regretté que le
- i 7 ^.^..i.^.^,.. uo luia j auiui» regreiie que le
madame, moi, pauvre orpheline ahan- poignard de Giovanni n'eût pas pénétré donnée... pardon , Mafleo, je parle de ma plus avant!
MAFFÉO. Oui, VOUS dites cela ici, madame, dans une rue écartée et soir^bre de Venise, seule avec moi, toute émue encore des embrassemens de votre fille ; mais dans votre palais de la Piazzelta, au milieu dis torches qui flamboient, des diamans qui resplendissent, des louanges qui enivrent, de celte jeunesse qui se traîne à vos pieds, comme à ceux d'une reine, et qui vous dit jour et nuit avec ses mille voix : Thp'odora!.. Thèodora! vous êtes belle!.. Oh! là! ne vous applaudissez-vous pas que Giovanni ait eu la main si peu assurée, et que celte blessure que l'on croyait mortelle ait éié si vite refermée et ait laissé une si légère trace?
xriÉoDORA. Oui, oui... je l'avoue... celte vie a ses délices : c'est le plaisir, si ce n'est pas le bonheur... Eh bien! ton Luidgj ne vient pas!.. {Ma/fco frappe de nouveau.) Sais-tu, Mafféo, pour que pareille chose n'arrive plus, je prendrai cet homme à mon service : je suis trop connue à Venise pourque ce gondolier, qui demeure en faco de ta maison, ne soupçonne pas quelle est celte femme déguisée, qui vient nuitattiM ment chez toi. Mieux vaut payer son silence, je crois, quede craindre son indisM
mère , et non pas de toi.
THÉODORA. Votre mère! tnon enfant, ne l'accusez jamais sans savoir quels motifs vous éloignent d'elle. Peut-êlre soufTre-telle plus que vous de votre absence, et songe/, que, près de Dieu, c'est wnn terrible accusation que celle que porte une fille contre sa mère!
VIOLETTA. Oh! je n'accuse pas son abandon , madame ; je pleure son absence...
THÉODORA, la prenant dans ses bras avec transport. Embrassez-moi!
MAFFÉO, bas. Vous oubliez, madame, qu'il est dangereux que la signera Violetta...
THÉODORA. Oui... oui, tu as raison...
Rentrez, mon enfmt... L'air de la nuit à Venise est fatal aux jeunes et frais visages comme le vôtre : rentrez.
VIOLETTA. Et quand vous reverrai-je, madame?
THÉODORA. Demain, je ne puis venir; après-dtmuin.
VIOLETTA, lui baisant la main. Que vous «tes bonne de m'aimer!
Elle rentre et ferme la porte.
THÉODORA. Oh! Mafleo! quelle douce «trayissaote créature! et que je me repro-
Cfêtion. Mais que faire done, s'il ne Tient
MAfFÉo. Je vais vous ramener moi-même, madame; la gondole de Luidgi s'amarre p.'!r un secret que je connais , et si vous Toulez m'accepler pour conducteur...
TnÉODORA. ïrès-bien... seulement, tu aurais dû trouver cet expédient tout de suite. Cet air qui vient du goii'e efîl froid et dangereux le soir : demain je serai pAle.
wafféo, s'doignant. Ah! que celle bcanlé dont vous prenez tant de soins vous est fatale , madame !
THÉODORA. Si bien que je la garde, Mafféo, et si jalouse que j'en sois, elle s'en ira un jour ; et alors il sera temp?...
MAFFÉo. De penser h Dieu... n'est-ce pas? I\l;iisce ne sera-t-il pas trop tard pour que Dieu pense à vous?..
Il descend dans la gondole; Théodora lo suit