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SCÈNE IV

Les précédens, THÉODORE, BELLA- MOiNTE, J EUS ES Seigneurs.

THÉODORA, d'un air railleur et nonchalant. Mais c'est vraiment un amour chevaleresque, que le vôtre... signor comte...

BELLAMoiSTE. Vous cu rîez, madame, c'est bien cruel... rire d'un amour q.ii me rendra fou.

THÉonoRA, s'appuyant sur son bras. Le cas échéant, mon cher comte, nous prierons l'Ariosle, qui est notre ami, de vous taire seller Triippogriffe et de vous donner un passej>ort pour la lune; mais je vous préviens, comte, que je suis difficile sur Its preuves de folie.

BELLAMONTE. Et pourquoi cela?

THÉODORA. P.irce que j'ai élé gâtée...

Voyez celte bague. •

BEttAMONTE. C'cst Un Simple anneau de fiançailles.

TflÉoDf.RA. Oui, mais c'est l'anneau des fiançailles lu doge el de la mer... Il y a trois ans, j'étiiis sur une gondole les plus proches du iJucerttaiirc, lorsque le doj;e jela cet anneau dans l'Adrialique... il m'aniva de dire qu'à celui i^ui nie rapporterait celle bague j'accorderiâis ce qn'il désirerait. Au même moment j'eulemlis uii cri. Un jeune Français dont la barque louchait à la mienne venait de tomber à la mer... Deux j'ois je le vis rcparaîlre et s'enfoncer au.ssilôr, puis une Iroi^'ème enfin il revint à la surface de l'eau, nageant d'une main et me nDntr.snt de l'autre la bugue que j'avais désirée.

BELLAMONTE. Et Cette ba-^uc.

TniîoD:)UA. Et j'.ii tenu parole... je ne me rappelle plus ce qu'il me demanda en me la rapportant le soir même... mais ce qu'il me demanda , je sais qu'il l'a obtenu.

BELLAMOftTE. Eh bien! madame, mettez mon amour à quelque épreuve du même genre.

TnÉODORA, vwnlranl le Bravo. Voilà un seigneur dalniale qui porte au cou une bien belle ch lîne du Mexique. ..

BELLAMOME, allant au Bravo. Salut à votic ticellcnce!

lE BRAVO. Salut!

BELLAMosTE, ioiiclumt ta chaîne. Votre exceilenc;; possède là un bijou précieux...

lE BRAVO. Oui, c'est une chaîne d'or que j'ai adielée à Séville ..elle vient de Christophe Colomb, qui l'avait donnée a son geôlier pour en obtenir du pain moins noir et de l'eau plus [mre.

BELLAMONTE. Clir:s:oph(: Colomb m'irnporle peu... mais il me faut celle chaîne. Peut-elle se payer avec de l'or on avec du ter... avec la bourse on avec l'épée ?..

LE BRAVO, M avec l'un ni avec l'autre, seigneur, celle chaîne m'est retenue par le comte de Bell.imonle.

BELLAMoiNrE. Vousdites?

LE BRAVO. Qu'il me l'a fait demander pour la donner à une jeuiic fille q'.ii demeure derrière le pont de la Paglia, en face de la maison du gondolier Luidgi, et qu'il espère séduire avec ce cadeau.

TflÉoDoRA, bas. Violetta... c'était donc lui, cet homme inconnu dont m'a parlé 3Iairéo. ^

BELLAMONTE. Eh qucI démon êles-vous?

LE BRAVO. Je suis Un alchimiste de- Ferrare qui cherche la pierre philo.sofdiale , et qui, en attendant qu'il l'ait trouvée, samuse à dire la bonne aventure aux jeunes cavaliers, et aux jolies fiUes.

THÉoDORA, allant à Bellamonle, et lut prenant le bras. Comte de Bellanionte, je C1018 qu'à la place du jeune Français, au lieu de plonger à trente pieds de^profondeur pour aller cheicher celte bague...

vous auriez attendu la mort du doge, afin d'épouser la mer en seconde noces... c'eût ele plus prudent... Allons à l'église; et comme nous sommes gens de raison, nous prierons pour les insensés.

^ BELLAMONTE. Alions, madame... mal»

J espère bien que vo.s ne croyez pas un mot de ce que vous a dit ce misérable devin ?

TBÉODORA. Oh ! nous reparlerons de cela a la fêle que je vous donne ce soir... Je ne vous tiens pas quitte de l'accu.salion. Mais laissons là les choses profanes; rnesseigneurs , nous ei^trons à Saint-Marc.

Ils entrent à Saint-Marc.

Li:iDGi, d Michelcmnia. l^coute donc.

MiCHELEMMA. Quel est ce bruit?

FOULE, foule derrière le théâtre. Justice! justice!

MICHELEMMA. C'est quelque émeute parmi le peuple : Je rentre.

LUIDGI. Et moi, je reste : je te raconterai ce que c'est.

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