SCÈNE V
Les Mêmes, VIOLETïA,
Hommes dtj FfitiPLE,
CUIS. Au palais ducal! au palais ducal!.. ^
LE bravo. Qu'est-ce que cela?
LUIDGI. Ah ! c'est la jeune fille et le peuple qui viennent demander justice du meurtre du vieillard.
LE BP.AVO. C'est chose nouvelle que d'cnt'^.ndre crier justice pour un meurtre dans les rues de Venise...
VIOLETTA. Oh! laissez-moi, mes amis...
mes bons amis.
LES CRIS. Justice, justice!
VIOLETTA. Oui, oui, justicc! je la demande comme vous... mais vous m'épouvantez : vos cris me toot peur... ftloQ Dieu ! mon Dieu !
IN HOMME DC PEUPLE. NOU , nOH.., Il
faut que justice soit faite au peuple, quand le peuple demande justice. Nous te porterons dans nos bras, nous te porterons jusqu'en fiice du tribunal, jusqu'aux pieds du doge et nous te ferons faire justice.
VIOLETTA. Vous me ferez mourir, voilà tout : ayez pitié, ayez pitié!
Elle tombe à ses g'fnoux,
LE BRAVO, étendant la main sur Violetta. Laissez celle jeune fille... Les caresse»
ID
du peuple sont comme celles du lion : elles étouffent... {^11 prend Violetta par la main.) Viens, enfant , et respire à l'aise.
YioLETTA. Merci, merci! vous êtes mon ange sauveur!
Elle abaisse son niezzaro sur sa figure. LE BRAVO, au peuple. Eh bien ! q jc voulez-vous maintenant?.. Parlez.
UN HOMME DU PEUPLE. Ou a tUC Ic vicilX
Mafléo... un homme du peuple qui n'avait rien fait contre la Ptiipublique... on l'a tué au nom de la République... c'est quelque vengeance parlirulièie, quelque projet infâme qui s'est caché sous ce nom : on l'a tué en traître, et nous demandons justice.
LE BRAVO. Et loi, que vcux-tu mon enfant ?
yiOLETTÂ , joignant les mains. Moi, je ne veux rien... rien... que pleurer mon père ; car c'étaij mon père, puisque je n'ai pas de famille !.. J'étais chez moi... tout ce mondeest accouru... toule celte foule s'est précipitée porlant un corps en^^anglanlé : c'était celui deMafféo!.. puis, sans pitié pour mes cris, pour mes larme», elle m'a prise, enveloppée, eniraînée... sans que je susse où j'allasse... parlant de sang et de mort , et demandant justice.
LE BRAVO, au public. Et contre qui justice?
UN HOMME DU PEUPLE. Coutre Ic Bravo.
LE BRAVO. Tu es bien hardi, toi... Et au nom de qui demaiidez-vous justice...
quand la noblesse, le sénat, n'osent pas la demander?
l'houme. Nous la deaiandons au nom du peuple !
LE bravo. Et si on vous la refuse !
l'homme. Nous nous la ferons.
LE BRAVO. Les temps ne sont pas venus, et le vent emportera vos paroles... {A Violetta. ) Et loi , jeune fille , veux-tu aussi justice?., veux-tu aussi la moit du Bravo?
VIOLETTA. Je veux un couvent où je puisse servir Dieu... une cellule où je puisse pleurer.
le bravo, à part. Pleurer! pleurer!
pauvre enfant! pourquoi l'ai-jc rencontrée sur ma roule... Oh! en te sauvant de Bellainonte, je réparerai peut-être le ma! que je t'ai fait. [Haut.) Oui... à loi... il faut uu couvent, une cellule... car tu es un ange, tu est (rop belle et trop pure pour le niodde des hommes...
l'homme. Mais il faut cependant que quelqu'un recueille l'orpheline, et si personne ne se présente... il faut que le doge iui Ê^rve de jjciç et Yéniso d© mère.
LE BRAVO. Le doge cîl un père inflexible et dur à sesenfaus... Venise est une mère débauchée et perdue: lu l'un ni l'autre ne sonl dignes d'avoir une telle fille... Mon enfant. ..
VIOLETTA, levant la tête. Monseigneur.
LE CRAVO. Vous n'avei aucun parent au monde?
VIOLETTA. Aucun.
LE caA^ 0. Vous ne connaissiez personne dans celle ville?
vioLtTTA. Personne.... qu'une femme encore jeune et fort belle, qui venait me voir de temps en temps... et qui paraissait m'aimer beaucoup... Mais je ne sais pas même son nom... Mafféo seul savait ce secret, et il l'a emporté avec lui.
LE BRAVO. Vous OC désircz qu'un couvent et une cellule ?
VIOLETTA. Je ne désire que cela.
LE BRAVO. Et vous ne pouvez pas y payer votre dot ?
VIOLETTA. Je n'ai rien.
LE BRAVO. Vous l'avcz cntendu , mes maîtres... Celte enfant ne désire rien au monde qu'un couvent... mais elle n'a pas de quoi y payer sa dot... je la paierai... Celle enfant est or|)heline... isolée... sans appui... elle n'a pas de père... je lui en servirai : vous vouliez qu'un homme riche l'adoptât ; je suis riche el je l'aiiopte: avezencore quelque chose à dire?
l'homme. Non, si elle l'acci'p'e...
LE BRAVO. Acceptes-tu, ma fille?
VIOLETTA. Oui, car le ciel, sans doute, vous envoie à !a pauvre orpheline pour la garder et la défendre.
l'homme. Dieu vous garde tous deux alors!
LE BRAVO , emportant Violetta dans ses bras., [A part.) Di-llaumnte, tu Tiras cherchei trop traJ. [Haut.) Place au père el à la fille!
LE PEUPLE. "Vive l'inconnu!., mort au Bravo! vive l'étranger!., lericheseigueur ! Mort au Bravo! mort!
En ce moment Saluéii paraît tout en n ur; le vis.ic'e couvert fie son masque noir, au haut de l'escalier des Géans. Le peuple se tait en l'apercevant, recule au fur et à mesure qu'il descend les marches , s'écarte devant lui et le laisse trauqiiilleuii'nt prendre sa place au pied de la colonne du Lion.
Fin du deuxième tableau.
deuxième tableau.
L'oratoire de Théodora,
MICHELEMMA , puis LUIDGL
On frappe à la porte ; Michelemma va ouvrir.
MicHELEMMA.. C'est toi , Luidgi ?
txîiDGi. Personneliement.
MICHELEMMA.. Et pur quel hasard entrestu ici?
LUIDGI. Ne suis-je pas gondolier de confiance de la sigiiora?
MICHELEMMA. Eh bien!., aiais... la place d'un gonilolier...
LiuDGi Est dans ?a gondole... logique très-logique... mais je me suis dit: si je profilais du moment où la sigiinra ïhi'-odora n'y est piis pour voir cet oratoire qui fuit tant de bruil à Venise, que la(h;ipelle de Saint-Ambroise en est jalouse, ct;la vaudrait mi«ux que de rester sur la Piazzetla, où l'on s'échine probablement à celle heure. Pt- r Bac( ho ! il mérite sa réputation. Quand je pense à la quaiilité d'ames qui se sont trompées de chemin en passant par ici, et qui, au lieu de suivre honnêtement le chemin du paradis, ont pas^é par celte porte qui m'a bien l'air de ressembler à un vestihnle de l'enfer.
MICHELEMMA. SHence ! la signora.