‹ Pièces de théâtreChapitre 628 sur 1069 · MÛRISSE AU, RAYMOND · texte numérisé non relu

MÛRISSE AU, RAYMOND

- RAYMOND. \ oilà un brave garçon I c est rond, c'est franc !...

MORiSSEAi: , h part. Pauvre homme !

(Haut.) 3Iousieur Raymond, vous avez une fille. .. fort jolie ?

RAYMOND. Oui, ça n'est pas trop déplaisant pour ime jeunesse de village... avec ça que ça a été élevée par une tante qui est religieuse I

morissf.au. a son âge... elle doit être recherchée...

RAYMOND, gaiment. Ah I voilà le bout de l'oreille qui perce... vous flairez un conUat de mariage?

MORISSEAU. Pourquoi pas?

RAAMOND. Ces notaires, jour et nuit, ça ne songe qu'à leur intérêt... Je suis sur que vous rêvez testament?

MORISSEAU, gdîmeiit. Quelquefois.

RAYMOND. .Mais pour marier Julie, il y a une petite difficulté. .. le futur est absent.

MORISSEAU. Tant pis !

RAYMOND. Oui, tant pis, n'est-ce pas?..

vous étiez tout porté pour le contrat... mais vous ne le manquerez pas, foi de Georges!., et d'ici à un au.

MORISSEAU. Un ani... Mais d'ici là, avec luie figure , une taille comme la sienne , votre fille ne peut manquer d'être en butte à des séductions de toute espèce.

RAYMOND, avec fierté. Doucement...

c'est €oquet... mais c'est fier... c'est sage surtout.

MORISSEAU. Eh! mon Dieu! elles le sont toutes sages... en commençant.

RAYMOND. Les enjoleux perdraient leurs pas et leurs démarches auprès d'elle...

Julie a fait un choix... que j'approuve... ma fille aime un honnête jeune homme.

MORISSEAU , gaîment. Elle a un amour dans le cœur, tant mieux , c'est une garnison qui défend la place. Mais souvent, ça ne fait pas peur aux assiégeans.

RAYMOND , fiheme.nt. Monsieur le notaire... je réponds de ma fille!

MORISSEAU. Et moi aussi; je suis persuade qu'elle aura le bonheur d'échapper

aux pièges qui lui seront tendus..: quand elle les verra. Mais nos grands seigneurs ne font pas toujours au beau sexe une guerre ouverte et franche... et puis quand ils ne peuvent triompher par la ruse , ils appellent à leur aide la force. N'ont-ils ]ias toujoius à leurs ordres une foule de valets qui sciaient honteux de paraître moins corrompus que leurs maîtres? un essaim d'ainis , de compagnons de débauche, glorieux d'être de moitié dans xme mauvaise action , se faisant un jeu de la chute d'une pauvre fille , et comptant pour rien la douleur de la victime et le désespoir de ses parens? Monsieur Ravmond , croyez-moi puisque votre fille a une tante religieuse, envoyez-la passer quelque temps au couvent.

RAYMOND. Au couvent !

MORISSEAU. Et ne l'en faites sortii'...que la veille dujouroù vous m'enverrez chercher pour dresser son contrat de mariage.

RAYMOND. Merci du conseil.

morisse.au. Vous ferez bien de le suivre.

RAYMOND. C'est une autre affaire.

MORISSEAU. Dans votre intérêt,

RAYMOND , avec une profunda sensibilité.

Mais songez donc que ma Julie est mon seul bonheur sur la terre!... Pauvre enfant!.,, sur laquelle j'ai réuni toutes mes affections, toutes mes espérances!.., Vous n'êtes pas marié... vous n'êtes pas père.... alors vjous ne pouvez pas comprendre tout ce qu'il y a de bonheur et de joie dans la présence d'une enfant ; de charme dans les soins délicats dont elle entoure votre existence... tout ce qu'il y aurait de douleur dans une séparation !... Eh I mon Dieu ! éloignés l'un de l'autre , nous n'existerions plus. . . nous végéterions tous les deux dans une inquiétude continuelle. Car , si je ne peux pas vivre sans elle, elle aussi ne peut pas vivre sans son père !... {Reprenant son caracttre de bonhomie. ) Qui diable viendrait déterrer une pauvre jeune fille dans une ferme isolée comme la nôtie?... Il faut à vos grands seigneurs de grandes et belles dames, à robes de soie, de velour^, à bijoux d'or et de diamans , qu'on prend, qu'on trompe , qu'on quitte , et qui ne s'en fâchent pas , parce que , dans ce commerce d'amour et de galanterie , le mensonge et la perfidie forment la mise de fond des aeux côtés.

MORISSEAU, avec force. Eh bien ! il faut parler clairement , le danger que je vous signale existe.

RVYMOND. Que voulez-vous dire?

LE MAGASIN THEATRAL

BIORISSEAU. Uh grand seigneur a vu votre fille... il en est amoureux.

RAYMOND. Après?

MORISSEAC. Il est riche et puissant , capable d'employer les moyens les plus criminels pour eu venir à ses fins... L'or, les séductions, la violence.

RAYMOND , avecjorce. Qu'il ne s'en avise

pas!

MORISSEAU. Que feriez-vous ?...

RAYMOND, exalté. J'aurais sa vie !

MORISSEAU. Et votre fille compromise...

déshonorée peut-être. . . deviendrait orpheline?... Il vaut mieux prévenir un crime que d'avoir à le venger... Eloignez votre enfant ! . . .

RAYMOND. Biais il n'y a donc pas de justice, pas de lois en France.... pour nous protéger , nous autres pauvre peuple?

MORISSEAU. Quand le prince lui-même donne l'exemple de l'inconduite.

RAYMOND. Oui , quand le chef ne vaut pas grand'chose , les autres ne valent rien. Merci de votre confidence... J'en profiterai.

(On entend briser des carreaux ; tous deux s'arrêtent e'toivnts. )

MORISSEAU. Du bruit 1

RAYMOND. Dans la chambre de ma fille ! ( Oneutendcrier : Au secours ! au secours! ) Àh ! courons! courons!... la porte est fermée!... ( // va chercher un fusil pour l'enfoncer ; il frappe awc la crosse... La portt s'ouvre ., le duc paraît. ) Lambert !

LE DLC. Point d'éclat î

RAYMOND , qui s'est reculé , le couche en joue. ïMisérable !

MORISSEAU , baissant le canon. Que faites-vous ?... C'est le duc de la Vaubalière.

(Le duc ouvre son habit et montre son cordon rouge} le fusil tombe des mains de Raymond. Tableau. )

FIN DU TEEMIER ACTE

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