SCENE V
ADRIEN, MORISSEAU.
MORISSEAU. Monsieur, j'ai tout entendu.
ADRIEN , avec le plus grand effroi. Grand Dieu !
MORISSEAU. Vous n'accomplirez point cet affreux projet.
ADRIEN. INIais, inonsieui'..
MORISSEAU. Immoler la plus noble des créatures !
ADRIEN. Ecoutez-moi.
MORISSEAU. Un empoisonnement.
ADRIEN. jMais, non I
MORISSEAU. L'oreille collée contre cette porte, je n'ai pas perdu une seule de vos paroles!., et c'est épouvantable I . Vous!, jeune !.. complice d'un misérable !.. donner la mort à une pauvre femme, jeune aussi .. belle !.. oh I je vous l'arracherai .. Quand deux misérables complotent un crime.. Dieu envoie presque toujours un honnête homme au milieu d'eux, pour faire échouer leurs projets...
.ADRIEN. Au nom du ciel! monsieur, taisez-vous et écoutez moi... Je ne suis point coupable.
MORISSEAU. A'ous n'êtes point coupable I et vous conspirez la mort de la duchesse ?
ADRIEN , surpris. La ducliesse 1 . . elle ne court aucuQ danger.
MORISSEAU. Prenez garde à ce que vous allez dire !
ADRIEN. Je n'ai consenti à entrer dans les exécrables desseins de son époux que pour sauver la victime.
MORISSEAU. IMais vous avez ordonné...
ADRIEN. Eh! monsieur, n'avez-vous pas entendu que si j'avais refusé!., il se serait adressé à un autre dont les intentions auraient été moins pures que les miennes?
MORISSEAU. Enfin, ce breuvage ?
ADRIE\. Chacune des substances cjui le composent renferme un suc vénéneux; prises séparément, elles peuvent causer la mort... mais le mélange de ces poisons neutralise leur effet dangereiix ; réunis, ils ne sont plus à craindre ! Une ])iéparation sagement combinée par mes soins détruira complètement leur action mal-
faisante... et ce breuvage pris par la duchesse la plongera dans un sommeil léthargique, qui trompera les regards les plus exercés.
MORISSEAU. Vous êtes bien sûr""
ADRIEN. Dès que le duc croira sa vengeance accomplie, la liberté nie sera rendue , et le preniier usage que je ferai de cette liberté sera d'aller me jeter aux pieds du roi , de lui raconter tous les événem^ns de cette nuit... la part que j'ai été forcé d'y prendre, et nous arrachei'ons la duchesse au pouvoir de son mari.
MORISSEAU. Mais, si en votie absence., une main étrangère allait procéder à cette opération...
ADRIEN , épowanté. Alors !
MORISSEAU. Alors?
ADRIEN. Mais nous n'avons pas à craindre un pareil danger. Vous l'avez entendu, c'est à moi que ces substances doivent être remises, c'est moi seul qui dois les réunir, les préparer!.. Rassurez-vous, les jours de la duchesse ne sont point en péril.
3I0RISSEAU. Vous m'en répondez sur
votre tête !
ADRIEN. Sur ma tête 1 MORISSEAU. Ciel ! on vient!
(Il n"a pas le temps et se cache derrière le rideau, devant la porte.)
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