SCENE V
ETHELAVOOD , puis FLEMING.
ETIIELWOOD reste un moment accablé , puis, allant à la porte de Fleming, il Venjonce violemment. Fleming ! . . . Fleming ! . . .
ELEMIING, du fond de son caveau. Hein?.. . ETIIELWOOD. Sors de ton terrier, renard de Cornouailles!... monte au jour, mécréant ! . . . un chrétien veut te parler 1 . . .
FLEMIiVG , paraissant. Qu'y a-t-il pour le service de votie seigneurie?
ETHELWOOD. Je quitte le roi.
FLEMING. Dieu le conserve!...
ETIIELWOOD, levant sa tonne. C'est le vœu de tout bon Anglais.
FLEMING. Et je le fais toutes les fois que mes yeux et mes pensées se détachent diî ciel pour retomber sur la terre.
ETIIELWOOD. Très-bien, maître !.. Mais sa Grâce m'a dit que vous ne vous contentiez pas seulement de faire des vœux pour elle, mais que votre dévouement allait encore jusqu'à tenter d'accomplir les siens. FLEMING. J'ai mis aux ordres de sa Gràee la faible science que m'a donné l'étude. lî en peut disposer selon sa volonté royale.
ETHELWOOD. PourxTi que sa volonté royale mette à son tour à ta disposition , n'est-ce pas , tout l'or dont les mains daninées ont besoin pour accomplir l'oauvre que tu poursuis ?
FLEMING. Ce n'est qu'en décomposant quel'onparviendraàcomposer. . Etlorsque l'honuîie aura surpris le secret de Dieu , il
sera aussi puissant que lui! î\lilord ,
je suis bien près d'arriver à un grand résultat ! . . .
ETHELwroOD. Et il te faut pour cela des ruisseaux d'or, n'est-ce pas?... comme il faut des rivières aux fleuves, et des fleuves à l'Océan.
FLEMING. Il m'en faut beaucoup.
ETHELWOOD. Et crois-tu en avoir assea de ce que te donnera Henri pour lui avoir trouvé une femme jeune , belle et vertueuse?...
FLEMING. Oui , car alors toutes les fois que je frapperai le trône de ma baguette , comme JMoise le rocher, au lieu d'une j'en ferai jaillir deux sources.
ETHELWOOD. Et ta soif de l'or t'a empêché de calculer les chances auxquelles tu exposais ta tète , en l'engageant dans une
CAXHERIxNE HOWARD.
rfî
négociation aussi hasardeuse que celle d'un mariage avec Ilemi , qui , sur quatre femmes, en. a déjà l'ait répudier deux et ez:::cuter une.
FLEMING. J'ai suivi la voix de ujou dévouement , qui n\e disait : Fais cela.
ETHELWOOD. Et celle de la prudi lue ne t'a point rappelé la disgrâce de \ olscy et celle de jNorris?
FLEMING. Monseigneur, les clioses n'auront point cette une issue aussi fatale.
ETHELWOOD. Et qui te l'a dit :'
FLEMING. La science.
ETHELWOOD. Eh bien ! la science en a menti, savant Fleming !
FLEMiiVG. Conunent?
ETHELW^OOD. Ce mariage ne pciit so faire ! . . .
FLEMING. Pourquoi?
ETIIELW^OOD. Parce que celle que iu a^ choisie povu- hase de tes calculs... Gaîhevine...
FLEMING. Eh bien !
ETHELWOOD. Cette jeune fdle que tn veux faire épouser au roi , Catiierine Howard, n'est-ce pas?
FLEMING. Oui !
ETHELWOOD. C'est ma femme !
FLEMING. Miséricorde ! je suis perdu î. ..
EXKELWOOD. Oui , Flouiing , tu es perdu I . .. car tu connais la loi qu'a fait rendre Henri après la mort d'Anne de lioulen?...
FLEMING. Je la comiais...
ETHELWOODi Loi qui trahie sur le même échafaud et la reine qui n'a pas avoué être indignedu roi, et quiconque a inèté la main à ce mariage... Ah I tu lui as promis une iiancée jeune, belle et vertueuse?... Catherine est jeune, belle et vertueuse; mais crois-tu que le juge de Catherine d'Aragon et le bourreau d'Anne de Boulen se contente de cette verlu-là ?
FLEMING. Mais vous lui avouerez tout, milord , et il pardonnera.
ETHELWOOD. Oui , et comme gage de pardon , il fera de la duchesse de Dierham une dame d'honneur de la princes.se Marguerite, et il enverra le duc faire la guerre
dans les Higlands Non pas , Fleming,
non pas.
FLEMING. Oh! monseigneur! monseigneur!... ayez piiié de moi !
ETHELWOOD. Pitiéde loi, uialhcureux ?. .
de toi , qui par ton imprudence viens de briser l'espoir de (ouïe ma vie !... pitié de toi, qui viens de tirer un voile noir sur mes jours les ]ilus dorés... El de moi , de moi , mon Dieu ! qui donc ama pitié de moi ?
FLEMING. Ah! cherchons, cherchons, milord... peut-être y a-t-il un moyen de
nous conserver, à vous le bouhrur, :\ i:;o) la vie.
ETHELWOOD. II y en a un.
FLEMING. Un?
ETKELWOGD. îlasardeux !
FLEMING. N'importe.
ETlSELW'COD. Désespéré !...
FLEMINti. Dites.
ETiiELWOOD. C'est luoi que le roi a cliargé d'aller chercher Catherine et de l'amener à la cour.
FLE3IING. Quand?
ETHELWOOD. Demain.
FLEMING. Ah ' l'.iOll Dieu!
KTHELWîîOD. îi ne faut pas que le roi revoie...
FLEXïXG. [Son, non! nous serions
perdu. s, car il l'a lin e déjà i. ..
ETsîELWOOD. Eh bien ! Il faut que
cette nuit clie meure!...
FLEMING. Pîîilord , les poisojis les plus subtils...
ETîiELWCOD, le saisissaiif. ïiifàme !
FLEMiXG. Gi-àce!
ETHELWOOD. îifaut qu'elle nteure pour le roi et pour le Uionde !. . . mais il faut cjuc
pour moi pour nsoi seul, elle vive!
entend.s-tu bien? qu'elle vive! et c'est
toi qui me répondras de sa vie.
FLEMING. Tout ce qu'il sera possible à la science liumaine de faire, je îe ferai.
ETHELWOOD. Eli bit'ii ! tu Ui'as parlé de poisons ..
FLEMIXG. Oui !...
ETHELWOOD. Au litu d'nu bn-iivnjje mortel, ne peux-tu medoimer une liqmur
narcotique? n'y a-t-il pas des ])lan(i's
dont le suc arrête le ,sang»ians les veines, engourdit le cfour, suspend le cours de la
vie? Le souMneil, dis-moi , ne peut-il
pas tellement ressenibler à la mort , que l'œil le plus défiant s'y méjirenne? Voyons, son.ge , réfléchis.
FLEMING. Milord, cela se peut; une chronique florentine raconte même que , par un moyen semblable , ime jeime fillede la maison des ^Fontaigu...
ETHELWOOD. IMais , toi, peux-tu composer une liqueur semblable?
FLEMING. Paifaitement.
ETHELWOOD. Et ré])ondre de son effet ?
FLEMING. Sur ma vie !
ETHELWOOD. Fieuiing, si tu fais ce (pu' tu promets de faire...
FLEMING. Je le ferai,
ETHELXAOOD. Tu m'ns dit qu'il te fallait' de l'or? eh bi.n! je t'en donnerai, vu échange de cilte liqueur, plus (jue le feu de tes fourneaux n'en pourra fondre pendant la durée de foute ime anué'c
Fleming, iJescendonS dans mon laboratoire , luilord.
ETiiELWOOD. Et dans une heure?
FLEMING. Vous remonterez avec le pliiltie dont vous avez besoin.
THELWOOD , 5 'arrêlant sur la dernière marche. Un instant, Fleming! vous
m'avez bien compris !.. . il y va pour >ou§, dans cette affaire, de la vie et de la mort!... FLEMING. Ma vie est à votre discrétion, milord.
ETIIELWOOD. Allons!
(Us ilcscendcnt ensemble.)
Hleiuicmc '^ûbleau.
L;i cli.inhii" <ie Ca!he\inc, portes l.ilcialcs, porte au fond laissant vuir une campagne. — Une petite table couverte i!c friiits : du côté oj)posé, une toilette suimonléc d'une glace de Venise.