SCENE YIII
Les Préci';dens , CATHERINE , rentrant paie et soutenue par deux femmes ; elle écuulc le jugement debout ; HENRI.
LE PRÉSIDENT. Ce 9 février 1542 , sur l'accusation portée devant nouspar sa Grâce le roi, et sur les preuves fournies à l'appui de cette accusalion, la chambre haute d'Angleterre a reconnu Catherine Howard coupable d'adidtère, et la condamne, avec son complice inconiui, à avoir la tête trancîiée à l'entrée de la Tour de Londres, et cela dnns le délai de trois jours.
C\THEni\E , se rcnorrsanî. Ah ! mon Dieu î mon Dieu !...
n!:\Ul, apparaissant par la porte iljt/md» Me\\\ , milords.
LE MAGASl.N
la séance
LE pnÊSiDEi\T. Messieurs est levée.
SUSSEX , étendant la main. Pas encore , s'il plaît au roi , niilord président.
HENRI. Qu'avez - vous à dire contre l'arrêt?
SUSSEX. Rien , Sire , et je reconnais snème qu'il est tel que je l'attendais de la chambre.
HENRI. Eh bien ! puisque vous ne faites plus partie de l'assemblée qui a rendu cet arrêt, vous n'en partagez pas la responsabilité.
SUSSEX. Sire , je ne suis plus membre de la chambre, il est vrai, mais je suis toujours comte de Sussex. J'ai dépouillé mon manteau de pair , j'en conviens ; mais j'ai conservé mon épée de chevalier, et c'est à elle , si vous voulez le permettre, Sire , que j'en appellerai de l'arrêt qui vient d'être rendu. {Il tra<'erse lentement le théâtre et in arche à Catherine , datant laquelle il s'a- ^encuiile.) Madame et reine , c'est un bien faible secours que celui que je vous offre , je le sais; U)a!S , liéhsl madame, votre I osition est si désespérée, que ce secours est à cette heure votre seul espoir eu ce monde.
C.vrHERiNE. Que voulez-vous dire , milord, ne .suis-je pas condamnée ?
SUSSEX. Oui , madame , mais vous avez le droit d'en appeler au juj^ement de Dieu du jugement des hommes. Demandez le combat en champ clos... on ne peut vous le refuser ; les vieilles lois de l'Angleterre vous l'accordent. . . et si vous daignez prendre pour votre champion l'homme qui est à vos genoux, il ne s'en relèvera que pour proclamer votre innocence , et non seulement il ia soutiendra de sa parole, mais de son épée. {Se retournant lers Varche^^éque.') Est-ce bien cela que j'avais promis de faire, monseigneur de Cantorbéry?
LES FEMMES DE LA REINE. AcCCPtCZ , uriiiame , acceptez !
{.K PEUPLE. Oui , oui , le combat , le juin =.t de Dieu !
J.'hîUSSîer. Silence !
<;\Tni:Ri,\E. niilord , que me proposez- \ oi'.s ? {Lui tendant la main.) Je vous prie. . .
SUSSKK. Je ne me relèverai point, madame, que vous ne m'ayez fait cet honneur de me croire digne de vous défendre.
CATHERINE. Mais si ce combat vous est fatal?
SUSSEX, Ma vie est à ma souveraine , et
mon ame est à mon Dieu: si je meurs, chacun aura repris ce qui lui appartient.
CATHERINE. Yous le voulez , milord?
SUSSEX. J'en supplie votre Grâce!
CATHERINE, se leoant. Milords, j'en appelle au jugement de Dieu du jngement des hommes. Je demande le combat con)me preuve de mon innocence, et je choisis monsieur le comte de Sussex pour mon champion.
SUSSEX. Merci , madame , merci I Se relevant.) Or, maintenant, milords, écoutez : Moi , Charles-Williams-Henri , comte de Sussex , à tous présens et à venir , je me présente pour soutenir , la lance , la liache ou l'épée à la main, contre tous ceux que le démon pousserait à dire le contraire, que la reine Catherine a été jugée injustement par la chandore haute d'Angleterre, et que du crime d'adultère dont on l'accuse , elle est en tout point pure et innocente.
UNE VOIX PARMI LE PEUPLE. A'OUS Cn
avez menti , monsieur de Sussex !!!...
SLSSEX. Que celui qui a dit ces paroles vienne donc ramasser ce gant !
(Ln clicviiliev , couvert trime armure coniplclc c» la visière baiîsr'e, s'avance lenlcnient à Sussex.)
CATHERINE , reculant. C'est lui ! c'est
lui!...
SES FEMMES. Qui ?
CATHERINE. Le fantôme ! le spectre ! le démon ! . . .
LE CHEVALIER. Et moi, milords, en réjwnse au défi du comte de Sussex, j'affirme ici sur l'honneur de mon sant^ et de ma race que l'arrêt rendu par le parlement est un arrêt justement rendu. J'affirme que la reine Catherine appartenait à un autre avant d'appartenir au roi, qu'elle s'est mariée sans faire cet aveu, et que, do]niis son mariage , elle a reçu dans sa chaiii3)re son ancien amant. En conséquence de ce que je dis , je ramasse le gant de milord de Sussex ; j'accepte son défi , et je prie sa Grâce de fixer le jour du combat,
(Silence d'un moment.
t5i;\R!. A demain, messieurs, à demain ; les juges du camp feront savoir aujourd'hui à son de trompe quel est le lieu que nous avons choisi, et les armes que nous avons désignées. La nuit vous reste , messieius , profitez-en pour accomplir vos devoirs de chrétien; car, avant vingt-quatre heures peut-être , l'un de vous paraîtra devant le trône de Dieu. La séance est levée, mi-
CATHERINE HOWARD
-oitls; que l'on reconduise la reine à la Tour, et qu'on la laisse librement communiquer avec son champion.
îK ciir.v.VLiER , à Siissex. A demain, mi lord I
SUSSE X , lui tendant- la main sans hésiter A demain !
FIN DU QUATktkiME ACTE.
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