‹ Pièces de théâtreChapitre 701 sur 1069 · C.VTIIEUIXE. Pourquoi à gcnoiw · texte numérisé non relu

C.VTIIEUIXE. Pourquoi à gcnoiw

LE BOURRE vu. Je viens , selon l'usage, vous demander pardon.

CATIIERLXE. Oh! dérision! le bourreau \m demande pardon à la victime de la iVappcr , et qui frappera cependant.

LE BOURREAU. Il le faudra bien.

CATIIERIXE , regarJani le duimuii! qu'elle porte au doigt. Dites-moi , ne trouvez-vous pomt que c'est un liorrible état que le vôtre ?

LE BOURREAU. Horrible !

CATHERINE. Pourquoi donc l'avez-vous embrassé ?

LE BOURREAU. Parce que mon aieul l'avait légué à mon père , et que mon père me l'a légué , à moi.

CATHERINE. Cet état vous est odieux, n'est-ce pas?

LE BOURREAU. J'ai VU Un tems oîi j'aurais donné la moitié des jours qui me restaient à vivre pour en pouvoir embrasser un autre.

CATHERINE. El depuis.^

LE BOURREAU. Il a bien fallu m'y habituer.

CATHERINE. Yous ètes seul à Londres?

LE BOURREAU. Seul.

CATHERINE. Si VOUS quittiez la ville, qui vous remplacerait ?

LE BOURREAU. Personne

CATiiKUiNE. Et l'on serait forcé alors d'aller chercher celui de Calais ?

LE BOURREAU. (]ouune OU l'a fait pour la reine Anne , comme j'aurais voulu qu'on le fit pour vous.

CATHERINE. Et pendant ce tems, trois ou quatre jours de sursis me seraient accordés , n'est-ce pas?

LE BOURREAU. Sans doute.

CATHERINE, suhant Sa pensée. Pendaiil lesquels je pourrais voir le roi peut-être, ou sinon le voir, lui écrire, obtenir ma grâce. {Descendant du prie-dieu.) Mon ami , il faut que vous cjuittiez Londres.

LE BOURREAU. Impossible.

CATHERINE. Et pourquoi?

LE BOURREAU. Qui nourrirait ma femme et mes enfans ?

CATHERINE. Et si je VOUS fais riche, votre fennne , vos enfans et vous?

LE BOlRREVU. Riches 1

CATHKRIN!' . Combien le giaïul chancelier vous donne-t-il par an?

LE BOURRKAU. Vingt livres.

CATiiEiiiXE. Voyez-vous cette bague?

LE BOURREAU. Eh bien?

CATHERINE. Elle vaut mille livres , c'està-dire une somme qu'il vous faudrait cinquante ans pour gagner ; cette bague est à vous si vous le voulez.

LE BOURREAU. Que faut-il faire pour cela?

CATHERINE. Fuir, et voilà tout ; je ne vous demande point de me sauver, vous ne le pourriez pas, je le sais. M'échapper est

chose impossible; mais vous! nul

ne vous observe , nul ne se doute que l'état que vous exercez vous est odieux I. . . odieux est le mot, vous me l'avez dit. Eh bien 1 éloignez-vous, partez à l'instant même; que lorsqu'on vous cherchera , l'on ne vous trouve plus ; gagnez , avec votre femme et vos enfans , les frontières d'Ecosse ou d'Irlande; ce que vous avez fait jusqu'à présent n'est point écrit sur votre front , personne ne pourra savoir qui vous êtes ; vous vivrez non plus enfermé dans un cercle de sang , mais mêlé à la société des autres hommes ; vous n'aurez plus à demander pardon à personne ; vous ne rentrerez plus chez vous les mains rouges , et vous ne léguerez pas à votre fils l'infamie que votre aieul a léguée à votre père , et votre père à vous. Puis de tems en tems vous songerez qu'en vous assurant cette félicité , vous avez sauvé la

CATUEBINE HOWARD.

vie à une relue , et que cette reine placera votre nom dans toutes ses prières, pour que Dieu n'étende pas votre passé sur votre avenir.

LE BOLur.EAU. Cette bague m'appartient sans que je coure un si grand risque pour la posséder. La dépouille des condamnés est mon héritage.

CATHERINE. Oui , mais je puis la donner à l'une de mes femmes.

LE BOURREAU. A ous ne lesreverrez plus.

CATHERINE. Du haut de l'échafaud je puis la jeter au miheu du peuple, et crier que je la lègue à celui qui la ramassera.

LE r.OURRE AU. C'est tenter horriblement un homme ce que vous faites là , madame ; car après lui avoir dit aussi imprudemment quel était le prix de cette bagTie , c'est vous exposer à ce qu'il vous l'arrache.

CATHERINE, portant la bague à sa bouche. Qu'il essaie donc , et nous verrons s'il osera ouvrir la poitrine d'une reine pour la prendre.

LE BOURREAU. Cette bague vaut bien mille livres sterling , madame ?

CATHERINE. Mille livres.

LE BOURREAU. Vous me le jurez !

CATHERINE , étendant lu main. Sur le

Christ !

LE BOURREAU. Donnez - la - moi , et je pars.

CATHERINE. Et sur quoi me jurerez vous à votre tour que vous partirez ?

LE BOURREAU. Siu" le Christ aussi.

CATn!:RiNE , secouant la ti'Ie. Jurez-moi

sur la vie du plus jeune de vos enfans

maître... j'aime mieux cela.

LE nouRREAî'. Je vous jure, madame, sur la vie du plus jeune de mes enfant', et Dieu me le reprenne si je manque à mon serment; qu'aussitôt cette bague reçue, je cjuitterai Londres pour n'y jamais rentrer I

CATHERINE. La voilà. Partez.

(Elle le pousse vivement. — 11 sort.)

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