‹ Pièces de théâtreChapitre 718 sur 1069 · ANGÈLE, MADAME ANGÉLIQUE · texte numérisé non relu

ANGÈLE, MADAME ANGÉLIQUE

MADAME ANGÉLIQUE. Ce jeune homme est charmant , n'est-ce pas , Angèle ?

ANGÈLE , préoccupée. Oui, ma tante.

BlADAME ANGÉLIQUE. Une pureté de sentimens , une exaltation de jeunesse! Oh ! Angèle , voilà l'homme que je voudrais te donner pour mari.

ANGÈLE. Oui , ma tante.

MADAME ANGÉLIQUE. Mais quoique j'aie quelque pouvoir sur toi comme tante et marraine, tu dépends de ta mère, de ta mère qui t'aime , mais qui cependant t'a toujours tenue éloignée d'elle. Tiens , j'ai eu parfois une singulière idée : c'est que ta mère voulait se remarier , et qu'elle craignait que ta présence ne nuisît à ce projet. N'est-ce pas?

ANGÈLE , distraite. Oui , ma tante.

MADAME ANGÉLIQUE. Qu'as-tU donc ? tU

me réponds sans me comprendre.

ANGÈLE. Moi? rien. Je suis fatiguée, j'ai sommeil.

MADAME ANGÉLIQUE. Veux-tu que je t'aide à faii'e la visite de ta chambre,

ANGÈLE. Comme vous voudrez.

MADAME ANGÉLIQUE. D'abord je vais fermer la porte. (Elle ferme la porte d'entrée et met la clef en dedans , puis elle prend la bougie d'une main et le bras d'Angcle , qui la suis préoccupée.) Voyons ces cabinets. (Elle ouvre celui qui est au pied du lit.) Rien. L'autre. (Elle rouvre.) Angèle.

ANGÈLE. Eh bien?

MADAME ANGÉLIQUE. Il y a une porte dans celui-ci.

ANGÈLE. Une porte? Oui.

MADAME ANGÉLIQUE. En aS-tU la clé?

ANGÈLE. La clef, je le crois ; bonsoir, ma tante.

MADAME ANGÉLIQUE. Bonsoir, chère enfant. Dors bien, et si tu entends quelqu'un, ne crie pas au voleur , personne ne viendrait ; crie au feu. Adieu , petite.

ANGÈLE. Adieu ! (Mudume Angélique entre dans sa chambre et s'enferme à double tour.) Oh ! qu'est-ce que j'éprouve donc ?.. Alfred... Je lui ai dit que je l'aimais, je crois... Est-ce que l'on peut vivre ainsi, la

])oitrine oj)prcssée et le front brûlant?

Est-ce de l'amour cela?... et l'amour faitil tant soufïVir?.... Il faut qu'il y ait dans la vie des choses que j'ignore , que l'on m'ait cachées.

MADAME ANGÉLIQUE. Angèle, CS-tU COUchée?

ANGÈLE , à genoux sur la causeuse , essayant de prier. Je fais ma prière, matante. Alfred, Alfred... Mon Dieu... demain, demain je le reverrai encore , il pressera encore ma main , il me dira avec sa voix si tendre : Angèle , chère Angèle... Oh I c'est la première fois que mon nom me semble si doux... Angèle, chère Angèle ; Alfred I cher Alfred I {Priant encore.) Mon Dieu, prenez mon cœur. {S' interrompant.) Je ne puis penser quà lui, parler que de lui, prier que lui. Oh ! un sommeil profond qui me conduise bien vite à demain, mon Dieu , mon Dieu !

(Elle entre dans l'alcovc.)

LE MAGASIPf THEATRAL.

MADAME ANGÉLlQL'É.Es-ta coiichée, Angèle?

AXGÈLE , dans l'alcô\>e. Dans un instant je vais l'être.

MADAME ANGÉLIQUE. Tu n'as pas peur ?

ANGÈLE. Non.

MADAME ANGÉLIQUE. BonSoir.

ANGÈLE, passant sa tête entre les rideaux, et soufflant la bougie qui est sur la petite tuile. Bonsoir , ma tante.

(Elle referme les rideaux de l'alcove. — La toile tombe.)

FtN DU PKEMIER ACTK.

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