ANGÈLE, MADAME ANGÉLIQUE
MADAME ANGÉLIQUE. Ce jeune homme est charmant , n'est-ce pas , Angèle ?
ANGÈLE , préoccupée. Oui, ma tante.
BlADAME ANGÉLIQUE. Une pureté de sentimens , une exaltation de jeunesse! Oh ! Angèle , voilà l'homme que je voudrais te donner pour mari.
ANGÈLE. Oui , ma tante.
MADAME ANGÉLIQUE. Mais quoique j'aie quelque pouvoir sur toi comme tante et marraine, tu dépends de ta mère, de ta mère qui t'aime , mais qui cependant t'a toujours tenue éloignée d'elle. Tiens , j'ai eu parfois une singulière idée : c'est que ta mère voulait se remarier , et qu'elle craignait que ta présence ne nuisît à ce projet. N'est-ce pas?
ANGÈLE , distraite. Oui , ma tante.
MADAME ANGÉLIQUE. Qu'as-tU donc ? tU
me réponds sans me comprendre.
ANGÈLE. Moi? rien. Je suis fatiguée, j'ai sommeil.
MADAME ANGÉLIQUE. Veux-tu que je t'aide à faii'e la visite de ta chambre,
ANGÈLE. Comme vous voudrez.
MADAME ANGÉLIQUE. D'abord je vais fermer la porte. (Elle ferme la porte d'entrée et met la clef en dedans , puis elle prend la bougie d'une main et le bras d'Angcle , qui la suis préoccupée.) Voyons ces cabinets. (Elle ouvre celui qui est au pied du lit.) Rien. L'autre. (Elle rouvre.) Angèle.
ANGÈLE. Eh bien?
MADAME ANGÉLIQUE. Il y a une porte dans celui-ci.
ANGÈLE. Une porte? Oui.
MADAME ANGÉLIQUE. En aS-tU la clé?
ANGÈLE. La clef, je le crois ; bonsoir, ma tante.
MADAME ANGÉLIQUE. Bonsoir, chère enfant. Dors bien, et si tu entends quelqu'un, ne crie pas au voleur , personne ne viendrait ; crie au feu. Adieu , petite.
ANGÈLE. Adieu ! (Mudume Angélique entre dans sa chambre et s'enferme à double tour.) Oh ! qu'est-ce que j'éprouve donc ?.. Alfred... Je lui ai dit que je l'aimais, je crois... Est-ce que l'on peut vivre ainsi, la
])oitrine oj)prcssée et le front brûlant?
Est-ce de l'amour cela?... et l'amour faitil tant soufïVir?.... Il faut qu'il y ait dans la vie des choses que j'ignore , que l'on m'ait cachées.
MADAME ANGÉLIQUE. Angèle, CS-tU COUchée?
ANGÈLE , à genoux sur la causeuse , essayant de prier. Je fais ma prière, matante. Alfred, Alfred... Mon Dieu... demain, demain je le reverrai encore , il pressera encore ma main , il me dira avec sa voix si tendre : Angèle , chère Angèle... Oh I c'est la première fois que mon nom me semble si doux... Angèle, chère Angèle ; Alfred I cher Alfred I {Priant encore.) Mon Dieu, prenez mon cœur. {S' interrompant.) Je ne puis penser quà lui, parler que de lui, prier que lui. Oh ! un sommeil profond qui me conduise bien vite à demain, mon Dieu , mon Dieu !
(Elle entre dans l'alcovc.)
LE MAGASIPf THEATRAL.
MADAME ANGÉLlQL'É.Es-ta coiichée, Angèle?
AXGÈLE , dans l'alcô\>e. Dans un instant je vais l'être.
MADAME ANGÉLIQUE. Tu n'as pas peur ?
ANGÈLE. Non.
MADAME ANGÉLIQUE. BonSoir.
ANGÈLE, passant sa tête entre les rideaux, et soufflant la bougie qui est sur la petite tuile. Bonsoir , ma tante.
(Elle referme les rideaux de l'alcove. — La toile tombe.)
FtN DU PKEMIER ACTK.
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