SCENE PREMIERE
MADAME ANGÉLIQUE, ANGÈLE et
kLFiVEYy prenant le thé ; HENRI debout et adossé à la cheminée,
HENRI. Vous me permettrez d'assister à votre déjeuner, mesdames ?
MADAME ANGÉLIQUE. Bien plus , IlOUS vous prions de le partager.
HENRI. Je vous rends grâces ; je ne prends le matin qu'une tasse de lait.
ALFRED, /e ntadame Angèliipie. Eh bien , madame, la nuit s'est passée sans accident.
MADAME ANGÉLIQUE. J'ai eu un instant bien peur... j'ai cru entendre du bruit dans la chambre d'Angèle... mais je rêvais probablement. Je t'ai appelée , petite ; mais tu nem'aispas répondu... m'as-tu entendue ?
.ANGÈLE, /tfjfy^Mo; baissés. Non, matante.
MADAME ANGÉLIQUE. A ton âge On dort si bien.
HENRI. Cependant , mademoiselle est pâle ce matin, et paraît souffrante.
ANGÈLE. Moi... VOUS trouvez , monsieur Henri ?.. mais non, vous vous trompez...
MADAME ANGÉLIQUE. C'est vrai , au moins; n'est-ce pas, monsieur Alfred .■*
ALFRED. Je ne trouve pas... mademoiselle est connue de coutume, fraîche et jolie.
.MADAME ANGÉLIQUE. Docteur , faites attention que vous me répondez d'elle.
ANGÈLE ^ bas à Alfred. Je suis au supplice , parlez d'autre chose.
ALFRED. Quelle heure avez-vous, monsieur Henri?
HENRI. Dix heures.
ALFRED. Madame de Gaston taide bien ù arriver , mademoiselle...
ANGÈLE. Poiu'vu qu'aucun accident...
HENRI. Que voulez-vous qu'il y ait à craindre.
MULLER père , entrant. Ces dames me permettront-elles de leur présenter mes hommages ?
MADAME AN GÉLiQUE. Mais certainement, monsieur Mul 1er ; soyez le bien-venu.
MULLER. Comment ces dames se sontelles trouvées de leur nouveau logement?
MADAME ANGÉLIQUE. Parfaitement,monsieur Muller. Asseyez-vous , je vous prie.
MULLER , s' asseyant près de son fils qui est debout. Je pensais te rencontrer ici- Coniinent te trouves-tu F^. .
HENRI , //// donnant la main. Bien , moni père , bien.
MULLER. Ta main est bien brûlante?
HENRI. Ce n'est rien , mon père.
ALFRED , vi{;ement. Monsieur IMull^iysans être indiscret, puis-je vous deman<ikv si le tableau que je vous ai vu porter ee matin dans cette chambre est de mon asui Jules Ravniond?
MULLER. Non, uionsieur, c'est ut:» f'^rfralt de mon fds.
ALFRED. Peint par?
MULLER. Lui-même.
MADAME ANGÉLIQUE. Comment !.. vous êtes peintie , monsieur Henri ?
HENRI. Oui, madame ; j'avais d'abord eu l'intention de me livrer aux arts.
MULLER. Mais les médecins lui ont défendu de continuer , l'odeur des couleurs lui faisait mal à la poitrine. J'ai interposé mon autorité paternelle , et j'ai tant fait que l'artiste est devenu docteur.
UENRI. Et le docteur vous a désobéi , mon père , en redevenant artiste.
MULLER. Je n'ai pais le courage de te gronder de cette faute , mon ami , lorsque je pense que dans quelques mois tu vas me quitter !...
MADAME ANGÉLIQUE. Pour voyager?
HENRI. Dans le midi de la France d'abord, puis de là peut-être irai-je à Paris, L'air trop vif de ces montagnes m'est contraire , et mon père me tourmente pour les quitter... J'ai voulu en partant lui laisser un souvenir de moi... Lorsqu'on se sépare , Dieu seul sait combien de tems doit durer l'absence.
MULLER. El pendant ce tems , au moins , en voyant ton portrait si ressemblant , je croirai te voir toi-même ; et si tu ne peux pas me répondre, je pourrai au moins te narler.
HENRI, lui prenant la main . Pauvre père I
MADAME ANGÉLIQUE. Monsieur Muller , voulez-vous nous faire voir ce portrait?
MULLER. Bien volontiers, mesdames, Henri , offre ton bras à mademoiselle...
ALFRED , bas. Restez , Angèle.
ANGÈLE. Pardon, monsieur Henri; mais j'attends ma mère de moment en moDient , et je ne voudrais pas quitter cet appartement , dont les fenêtres donnent sur la route.
HENRI. Avez-vous besoin de moi , mon père ?
MVDAME ANGÉLIQUE , prenant son hras.
Oui, certes, pourrecevoirnos complimens.