SCENE PREMIERE
ALFRED
Madame-Ia comtesse de Gaston est- elle rentrée ?
LE DOMESTIQUE. Oui , monsieur, elle est à sa toilette.
ALFRED. C'est bien. Donnez-moi une plume , du papier et de l'encre.
LE DOMESTIQUE. Monsieur va écrire?
ALFRED. Pourqoui cette question ?
LE DOMESTIQUE. Parce qu'un ami de Oionsieur l'attend chez lui.
ALFRED. Son nom ?
LE DOMESTIQUE. Jules Raymond.
ALFRED. Oh ! faites-le entrer ici. Je l'ai pas le tems de remonter chez moi ; li'ailleurs , je compte le présentera madame la comtesse. — Ajoutons-le à ma liste. Jules Raymond! il arrive bien pour peu qu'il soit danseur.
LE DOMESTIQUE. Monsieur Jules Raymond.
ALFRED. Ah ! cher ami , tu es un garçon bien aimable de penser à moi.
JULES. Et tu es le premier auqviel j'ai pensé : ainsi tu vois que je ne te vole pas ton compliment.
ALFRED. Voyons, d'où viens-tu , éternel coureur ?
JULES. De la Suisse.
ALFRED. Ah ! bravo I
JULES. Mais, dis-moi donc, il me semble que les affaires ont admirablement marché en mon absence.
ALFRED. Mais oui , pas mal.
JULES. Tiens , je croyais qu'on ne portait plus la croix de Saint-Louis.
ALFRED. C'est celle de la légion-d'honneur.
JULES. Et tu es rentré dans ta pension?
ALFRED. Le ministre l'a doublée.
JULES. Et ta place de premier secrétaire à Rome t'a-t-elle été rendue ?
ALFRED. Non, mais je suis nommé , ù compter d'aujourd'hui , je crois , ministre plénipotentiaire à Bade.
JULES. Je t'en fais mon compliment. Je n'ai pas besoin de te demander comment vont les amours ; il est probable qu'ils suivent la même marche.
ALFRED. Tu connais mon système.
JULES. Ainsi tes projets ont réussi.
ALFRED. Compléteinent.
JULES. Alors tu épouses mademoiselle Angèle.
ALFRED. Non , je me marie avec madame de Gaston.
JULES. Ah ça ! mais, mon ami , tu me dis-là des choses de l'autre monde.
ALFRED. En doutes-tu ?
JULES. Ma foi, je te l'avoue...
ALFRED. Viens au bal ce soir , et tu apprendras de la bouche même de la com-
LE MAGASIN THEATRAT.,
tesse ce que tu ne veux pas croire de la mieniie... La comtesse doit ce soir annoncer notre mariage comme une chose arrêtée.
JULBS. Eh ! mais sa fille?
ALFRED. Angèle? Elle est près de sa tante , au fond du Dauphiné. Aussitôt après son mariage sa mère la fera venir.
JULES. Mais la comtesse est donc toute puissante !
ALFRED. Tout-à-fait. Elle a joint à son influence personnelle celle de la maîtresse du ministre , rme dame de Varly, de Varcy, je ne sais pas trop. Cette dame a été sensible, dansla position fausse où elle se trouve , à quelques égards que la comtesse a eus pour elle. Depuis ce tems elle en fait tout ce qu'elle veut : sa pension lui a été rendue , un arriéré payé. Enfin , je ne sais quelle chose encore elle a obtenue.
JULES. Allons, moucher ami, je te fais mon compliment.
ALVRED. Je te préviens qucjc ne le recevrai que ce soir au bal.
JULES. Il faudrait au moins pour y venir que je fusse invité par la comtesse.
ALFRED. Je l'attends pour lui remettre la liste des invitations que j'ai faites en son nom , et lorsque le domestique t'a annoncé , je t'ai porté au nombre de mes danseurs.
JULES. Eh bien, soit Mais je n'ai
point de tems à perdre alors. Neuf heures; et à quelle heure s'ouvre le bal?....
ALFRED. A dix Hàte-toi donc si tu
veux danser la première contredanse avec Ja comtesse.
JULES. Je pars. Annonce-moi d'avance :
tu pourrais n'être pas là pour me piésenter.
ALFRED. Sois tranquille.
JULES. Allons, une nouvelle séparation de sept mois , car il y a sept mois que nous nous sommes vus, je crois, et je te retrouve ambassadeur.
ALFRED. C'est possible. Adieu.
JULES. Au revoir.