‹ Pièces de théâtreChapitre 789 sur 1069 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

Les Mêmes, SUZANNE, puis MARTIAL et GENEVIEVE, qui apportent la tiibie et le déjruner seivi.

Suzanne, avec lui bouquet k la main, qu'elle cache, entre en courant et saute an cou du colonel.

LE COLONEL

Air : Voyez donc sescheveuic (CliflTort). Clière enfant! (A/ regardant.) Voyez donc, La voilh toute en na£;e !

Elle vient, je le gage, De courir le cantou !.

Quel démon !

Suzanne f imite en souriant et comme si elle répétait : Quel démon !

LE COLONEL , séi'èrei/ient .

Risquer d'être malade!..

D'une telle escapade, Ali ! je vous punirai....

L'essuyani avec son mouchoir.

Oui, je vous gronderai !

Suzanne le câline.

Mais .. allons... calme toi...

A lui-même.

Pauvre entant! je le voi, Parme fàclier j'ai beau commencer, Il faut toujours liuir par l'embrasser.

Mais d'où venez-vous, voyous ?. .

lui présente un bouquet et indique que c'est

pour lui qu'elle a été le cueillir.) Tiens! ma

fête S... . ,

M"* PiCHARD,rt pflAi. aatete....

LE COLONEL. Des roses de haies... au risque de s^ déchirer les mains!...

M-"* piCHARD, À part.YA OU ne me prévient

pas... „

LE COLONEL. Merci , ma bonne t)u-

zanne!...

Himc picuARD, allant prendre une peur dans un rase, et à part. Petite sotte!... qui s'avise d'avoir de la mémoire... (Haut.) Permettez, cousin, que je vous la souhaite bonne et heureuse...

LE COLONEL. Merci, merci, cousme!...

Suzanne regarde M"'" Pichard avec étonnement. Le colonel à Suzanne.) C'esi M""' Pichard, dont je t'ai parlé... {Bas à M'"' Pichard.) Comment la trouvez-vous?

M""" PICHARD , se contraignant. Fort

bien!...

Suzanne, à part, avec une petite grimace indique qu'elle n'est pas belle.

LE COLONEL , à Suzanne. Une bonne cousine, que j'aime de toute mon ame!... Suzanne allant à M-»» Pichard, fait signe qu'elle veut

l'aimer aussi. Elle lui serre la main vivement.

M'"' PICHAUD. lionne petite !... (// part.) RUe me disloque les doigts...

[Suzanne

LE Cor.ONEL, avec bonhomie. Les mœurs sim})les de la Bretagne!...

GENEVIÈVE. Le déjeimer, monsieur 1' colonel.

LE COLOVEL. Allon.s, à table !... (A Suzanne.) Ta promenade t'a donné de l'appétit.\..

SUZANNE, gaimenl, /ait signe que oui...

M.VRTIAL. Je crois bien... moi qui ne sors jamais.. . je dévore !.. .

Il mange îi la de'iobée une pomme qu'il a prise sur une assiette.

j|me PICHARD , faisant asseoir Suzanne auprès d'elle. A côté de moi , clière enfant!... je veux que nous soyons bonnes amies; car ce sera bientôt à moi à veiller sur vous avec la tendresse d'une mère... et dès que le colonel sera mon mari...

SVZWTii:., étonnée et montrant le colonel* . Lui?...

MARTLVL, il part. Son mari !...

GENEVIÈVE, à part. Oh! là, là...

LE coi 0\EL , bas. Pourquoi diable lui parler de ça?...

M"'^ piCHxiiD, Il faut bien qu'elle le sache... {Offrant à Suzanne.) Un peu de crème, mon petit cliat?...

SUZANNE, sèchement et repoussant son assiolle. Je n'ai pas faim!...

LE COLONEL, étonné. Tu n'as pas faim!., comment?... {Suzanne porte la main à sa tête comme si elle soitjffrait. Le colonel inquiet.) Allons!... elle va être malade, à présent!...

jjrae piciLARD, servant le thé. Un peu de migraine que le thé dissipera...

LE COLO^EL, appelant Martial qui mange de câlé.Vne tasse, Martial?... vite donc!... MARTIAL, la bouche pleine. Y oûà\... [Il veut se dépêcher, trébuche., lu tasse tombe et se brise , la soucoupe lui reste à la main.) Oh!...

LE COLONEL, en colère. Maladroit!...

MARTIAL , immobile. La soucoupe n'a rien, colonel!...

LE COLONEL, yùri'ewa; et se levant. Juste, la tasse peinte par Suzanne!... Sapremann !...

SUZANNE, courant à lui et le calmant.

C'est ma faute ! c'est moi qui l'ai poussé comme ça! ne te fâche pas.

LE COLONEL, s'apaisant. Si c'est toi...

c'est différent... tu as le droit de tout casser ici... mais ce butor...

GENEVIÈVE , bas à Suzanne. Bonne deuvoiselle...

MARTIAL, de même. Un vrai séraphin!...

* Tout ce qui, dans le rAle de Suzanne, est e'crit comme dialogue, est exprimé en pantomime par l'actrice daus le premier acte.

SUZANNE

LE COLONEL. Cet imbécile ! . . . s'il l'avait bien tenue... il n'en fait jamais d'autres...

SlZ\^^C , monlraiit à Martial les dehris de la tasse. Enlève tout cela, et va-t'en!... ( Cùl naiit le colonel. ) Pour te rendre la bonne immeur je vais nie nietlre au piano.

LE COLONEL. Ah bien oui... ça me fei'a plaisr...

Elle court s'y pincer et prélude. Martini est sorti.

M™^PICllAitD , prenant .sa tasse de thé. Excellente idée... j'adore la musique...

tontes les âmes sensibles !... (^A Suzanne.) Quelque chose de tendre!... de circonstance'....

lifgariiant le colonel.

Oui, c'en est fait, je me mntie. .. ^

Un air charmant, qui ma toujours fait venir les larmes aux yeux...

GENEVIÈVE , à part. Et à son mari aussi I...

Suzanne commence a\cc liumenr Tair : Oui., c'en est fait, je me inar/i-,en fais.int la moue en-dessous à M""» Picliard, qui bat la mcstire a contretemps.Puis elle indique qn'ellc va lui jouer un tour et pi end rapidement le duo delà Famse rnaoie : Quand On ti la soixantaine, etc..

LE COLONEL , jrafipunt la mesure à son

ioiir. Ah! il t st très-joli aussi celui-là...

Chantant.

Quand on a la soixantaine, Entre nous c'est bien la peine...

jiime picnAUD,t«/e/Y///c. Qu'est-ce qu'elle fait donc ?

GENEVIÈVE , riant ci part. Elle demandait un air de circonstance...

M""' PICIIARD, piquée. Assez !... assez !. .. petite î... {/4u colonel.) Elle a le jeu trèsinégal...

SCEIN'E YIl.

Les lAlÊMEs, MARTIAL.

MARTIAL, une lettre à la main. Lnc lettre de Pari^ , colonel !..

LE cet. OSEE , regardant l' ad/ esse. C'est bien!... Eh mais... cette écriime inconnue... est-ce que ce serait la consultation du docteur ?.. .

SUZ.'VNNE, se tfviini vioirmnt et avec joie. Pour moi?... {Ai'cc tristesse.) Ah I c'est inutile!... jamais je ne guérirai, jamais je ne pourrai exprinierjtout ce que je ressens.

Elle se dépite, frappe du pied et pleure.

M"" PiCnARD. Qu'est-ce qu'elle dit donc? je ne peux pas me faire à cette manière de causer avec les mains... on perd une foule de mois !

GENEVIÈVE. Elle dit qu'elle ne guérira jamais!... Elle s'afflige de ne pouvoir parler.

M™* PiCHARD. Le fait est que c'est cruel pour une femme!... et quand il n'y a pas le moindre espoir...

LE COLONILL. qui a lu quelques m.,ts. C'est ce qui vous trompe, cousine... il v en a... et beaucoup!...

Suzamie .s'approche ravie de joie.

TOUS, se rapprochant. Est-il possible?

LE <:OLOXEL. Ecoutez... je n'ai lu que le commencement... [Lisant.) « Meui lieber herr...» [A madame Pichard.) C'est en allemand.. .

jjme pjt;H.A!iD. La belle avance !...

LE COLONEL. Ail !... c'est jusie!... vous ne leswez pas... je vais vous tr.iduire ça... [Lisant lentement tt comme traduisant à mesure.) « Monchermonsieur... j'ai beaucoup » pensé à la jeune malade que vous m'avez » amenée .. et je crois que l'on peut arri- » ver à une guénson com[)lèle. »

SLZXNNE, cn'ci jofe. Ah'...

LE <:OLONLL,à6'u;'/««e. Tu l'entends?,.,

M""« PICIIARD. Continuez!,.,

LE COLONEL, lisant. « C'est un principe » reconnu en médecine qut; ces sortes » d'aftections. .. résultat dune grande » frayeur , dune émotion violente, cèdent » parfois à une autre émotion... à une ré- » volulion subite de l'ame, de toute l'exis- » tence!... mille exemples... » [Mouvement d' impatience de Suzanne. ) Attends donc, chère enfant... je ne peux pas aller bien vite... je traduis... ( // reprend. ) « Mille exemples l'attestent, et j'hésite » d'autant moins à vous indiquer le moyen » que je vais vous propo.ser... qu'il m'a » parfaitement réussi, l'année dernière, » avec la jeune princesse d'Arnlieim , » que... dont... » [Il s'arrcie étonné en regardant Suzann". A part ) Parbleu!...

voilà qui - est singulier. . .

TOLS. Eh bien?...

LE COLONLL, ûi'fc cmbarrjs et regardant Suzanne. 11 y a des mots baroques que je ne comprends pas... ( A Suzanne.) Va, mon enfant... va me chercher mon dictionnaire allemand... sur mon bureau!...

Suzanne s'éloigne eu faisant signe .î Gene\nève d'econfer ce (jue Ton va dire. Genevic-ve repon(i de loin ,h ses signes.

TOUS, h paît, pendant que Suzinne s'éloigne. Air : Apres une douce atUnte. (Page du régent.) Oui, ceci caclic un mystère Qui trouble eu secret mon cœur;

l^ 1 II I il faut ■> . . Devant elle . > se taire

' on veut }

Pour son repos, son bonheur.

Suzanne sort.

MARTLVL, à ^>,<7/, voyant Gene<i>iè<.'6 s ap~

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procher à pas de loup du colonel et de j\jme Pic/tard, gui sont sur le devant de la sctne. Cette Geneviève est-elle curieuse... (Bas à sa femme.yiw ine diras ce que c'est ?

M-"* PICHARD, au colonel. Comment, vous ne comprenez pas 1 ...

LE COLONEL, à mi-voix. Au contraire ; je comprends trop! — mais je ne voulais .ç)as, devant Suzanne... Le diable m'emp&rte si j'ai jamais entendu parler d'un pareil traitement I

T^me piciiAiiD. C'est donc Lien extraordinaire ?...

LE COLONEL. Vous allez en juger! ( Lisant à mi-voix.) « Ce moyen m'a parfaite- » ment réussi avec la jeune princesse » d'Arnheim qu'une inclination contraî> riée avait réduite au désespoir... et que 3> ses parens ont enfin consenti, sur mes ;> instances, à donner à celui qu'elle ai- » niait... vous devinez que ce moyen... » c'est le mariage !... Mariez votre fille... » et elle parlera... »

GENEVIÈVE, qui écoute. Par exemple!...

LE COLONEL , se retournant. Qu'est-ce que c'est ?...

GENEVIÈVE, se baissant. Rien, monsieur le colonel... vot' serviette que j'avais oubliée.

Elle la ramasse et s'éloigne.

MARTIAL , las Cl Genei'iève. Eh bien?...

GENEVIÈVE, bas. Je n'ai pas entendu...

MARTIAL, bas. Maladioite ! à sa place j'aurais entendu le double de ce qu'on a dit...

Ils remontent la scène, et sortent en emportant des assiettes, etc.

LE COLONEL, relisant. « Mariez votre » tille... et elle parlera!... »

njme PICHARD, riant. Votre fille... il vous a pris pour le père!... c'est piquant!...

LE COLONEL. Oh! parbleu... je ne m'en fâche pas !.. . je l'aime assez pour qu'on s'y trompe... mais une pareille consultation...

jjme piciiARD. Que risquez- vous ? {A part.) Au fait. . . ça me débarra'sse de la petite... (Haut.) Il faut le tenler , mon cousin... il faut la marier !...

LE COLONEL , ai>cc humeur. Oh ! rien ne presse ! . . .

jjme PICIIARD, vioemc'it. Au contraire!... Pauvre enfant ! il y aurait de la barbarie!...

LE COLONEL. J^ même. A la bonne heure ! mais il faudrait d'abord...

ai"'* PICHARD. Savoir si elle a distingué quelqu'un^... je m'en charge.

LE COLONEL. Eh! non... comment voulez-vous que dans sa position...

jjme PICHARD. Pour être muette, on n'est pas aveugle, et parmi vos voisins, vos amis... il se peut qu'un jeune liomme...

LE COLONEL, se récriant. Justement !...

je ne veux pas de jeunes gens.. . j e les ai en horreur!... un fou... im mauvais sujet , qui la rendrait malheureuse!...

3jme PICHARD. Eh bien !... dans les personnes âpées ?...

LE COLONEL, Gv^ec emportement. C'est ça.. la sacrifiera un vieillard!...

jjme PICHARD. Il faut bien que ce soit l'un ou l'autre !...

LE COLONEL, Voyant Suzanne. Chut !... la voici ! . .. ne parlez pas delà consultation au moins 1

jjtEe PICHARD , bas. Ne craignez donc rien... je ne suis pas une enfant.

SCENE YIÏL LE COLONEL, IM-^ PICHARD, GENE- A IE\ E , uu fond; SLZ.\NNE , re\?enant un livre à la main.

Suzanne, eu passant près de Geneviève, l'interroge du regard.

LE COLONEL, rt Suzanne (jui lui présente le livre. Merci, ma bonne... c'est inutile!., nous avons fini par déchiffrer à peu près... mais il faut que je revoie le docteur... que je cause avec lui!... nous en parlerons plus tard...

Suzanne regarde Geneviève, qui fait signe que ce n'est pas cela.

GENEVIÈVE, bas. Je vous conterai ça...

3ime PICHARD, passant auprès d'elle. Oui, chère petite, et, en .attendant, It colonel, qui ne songe qu'à votre bonheur, désirait savoir...

LE COLONEL, bas. Du tout... je ne veux rien savoir.

j^me PICHARD, bas. Une manière détournée... (Haut.) Il désirait savoir si vous se-, riez bien aise de vous marier?

LE COLONEL , à part. Elle appelle ça une manière détournée!...

GENEVIÈVE , voyant Suzanne sourire et se rapprochant. Pardi I... c'te question !... demandez à toutes les jeunes filles... n'y a qu'un' voix là-dessus...

LE COLONEL, il part. Et l'autre qui s'en mêle... c'est un vrai coupe-gorge!

j|me PICHARD , Cl Suzanne. Qu'en ditesvous?... Eh bien! le mariage...

SVZX'WK, faisant signe en souriant que cela ne lui déplairait pas. On a une belle robe, des fleurs sur la tête, un bouquet au côlé ; et puis le bal, la danse !

Elle fait quelques pas de walsc, de galop, etc. LE COLONEL, quelle a fiiit ivalser près-

SUZANNE

que malgré lui, et avec humeur. Oh !. .. parbleu... quand ce ne serait que pour danser... Elle est folle de la danse!

j^jme picHARD. C'est tjuelque chose!... mais pour se marier... il faut un mari. GENEVIÈVE. C'est indispensable!...

jjme PICHARD. Voyons... Préférez-vous quelqu'un?...

LE COLONEL, has.\o\\s allez trop vite...

jmne PICHARD. Non!... elle baisse les yeux... c'est clair! Eli bien !... il faut nous le faire connaître... nia chère... ne crai- .gnez lien. . . parlez ! . . .

GENEVIÈVE. Parlez !. . . parlez ! . .. ça vous estbienaisé à dire... (^ Suzanne.) Voyons, mamselle... j' \as vous aider... et peutêtre qu'à nous deux...

LE CGLOIVEL, à part. C'est une conspiration infernale !...

GENEVIÈVE , à Suzanne. Serait-ce ce jeune avoué qui vient chez liioiisieur ?

SUZANNE, par signes. Qui?... ce gros

garçon tout bouffi î {ella le contrefait)

qui a des besicles sur le nez. . des papiers sous le bras... et qui bavarde, bavarde... Ah!... il lue fait bâiller !...

LE COLO.VEL , respirant un peu. Elle a raison!... un imbécile !... un bavard!...

GENKVIÈVE , à Suzanne. M. Ernest, notre voisin...

SUZANME, par signes. Cet élégant !... tiré à quatre épingles? (^Elle le contrefait.^ Qui se tient droit conuiie un piquet... rajuste ses cheveux, sa cravate, tient son lorgnon dans l'œil, et vous regarde en clignotant... toujours un cigare à la bouche , dont il vous envoie des bouftées... fi !...

LE COLONEL , plus à son aise , et riant, Ah!l.. ahl... c'est bien lui... Est-ce qu'elle peut aimer une pareille poupée?... {A pari.) Je suis tranquille !... Elle ne connaît plus personne...

GENEVIÈVE. Ah! j'y songe... peut-être ce jeune homme que vous avez vu à l'Opéra ?

LE COi.ONCL, inquiet. Hein?... un jeune homme!...

M'"^ PICHARD. Vous l'avez menée à l'Opéra?...

LE COLONEL, bas. Une seule ftîis!... pour jouir de sa surprise... cl je me i appelle , en effet, un petit monsieur qui la loignait avec une impertinence... [A Suzanne.) Comment, tu te souviens?...

S\27.\'\'SE, avec malice, et ■voyant l'anxiété de son tuteur. Hein !

p€titts nioustaches...

LE COLONEL, « part. Ah!., mon Dieu!..

SUZANNE, vivement, cl voya-it le trouble du colonel. Mais je n'y pensj pas...

il est gentil !. ., de

jime PICHARD, la menaçant du doigt. Vous n'êtes pas franche... ma chère I... vous l'aimez!...

SUZANNE. Non!...

jime PICHARD. Si fait!...

Sl}Z\^^i:,frappa/it du pied. Du tout!...

jjjme pjciiARD. Alor.s, si ce n'est pas lui... nommez-nous l'heureux mortel !. . .

LE COLONEL. Oui , je veux le savoir.... Quel est-il?

SUZANNE, vivement. Oh! c'est facile!...

Elle sV'laiice; puis elle s'aiix-te tout-h-coup d'un air confus, fait signe qu'elle n'osera jamais, porte la main à son coeur, regarde M"-^ Ticliard qui la gèue, et se sauve brusquement dans sa cLambre.

LE COLOMEL, Suzanne!...

GENKVIÈVE, à part. Est-ce que j'aurais deviné?...

jjjme PJCIIARD, au colonel. Elle n'ose s'expliquer devant vous!... mais je mettrais ma main au feu , que c'est le jeune homme de l'Opéra... Je vais tirer ça au clair...

LE COLONEL. C'est inutile !...

jjme PICHARD. Laissez donc... Je ne la quitte pas... entre femmes, on ne se cache lien... et je vous en rendrai bon compte!..

Elle entre daus la chambre de Suzanne. Pendant ce teni[)S, Geneviève est sortie par le fond. Le colonel, resté seul, paraît préoccupé.

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SCEKE IX.

LE COLONEL, seul, après un silence.

Comme elle était émue!. .. il serait possible? J'avais bien remarqué hier, en

revenant de chez le docteur, que ce mirliflor nous suivait à cheval; qu'il caracolait autour de notre voiture , et regardait souvent Suzanne avec une effronterie.... Il me prenait pour le mari !... Morbleu, si je l'étais! — malgré mon coup de sabre au poignet, je lui ferais bien voir!... {Se calmant. ilMalheurcusen^.ent... je ne le suis pas... (^Reprenant sa colère.) C'est vrai !... mais je suis son protecteur, et je ne dois ])as souffrir qu'un fat la compromette! car c'est un fat... ça doit être un fat, j'en suis sûr!3Iais'si elle l'aimait!... maintenant qu'il faut la marier... par ordonnance!... {Aoec dtpit.) Qu'est-ce que ça méfait, à moi, l'ordonnance! Son bonheur , d'abord c'est mon devoir. Elle

n'épousera que quelqu'un qui me conviendra... et je n'en vois pas qui me convienne... (S'échauU'ant.) La donner à un libertin!... ils le sont tous!... pour qu'on me jette la pierre! Du tout je veux

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qu'elle soit heureuse... elle ne sortira plus!., elle ne verra pei sonne, que moi... et ce serait bien le diable...

oooooooaooooaoooooooBgeeBOQaooBOCBoaooaooo

LE COLONEL, MARTL4L.

MAUTIAL, qui est cutirtoul doucement par le fond. Colonel?...

LE COi.OiXKL, biusqiiement. Que veuxtu?...

MARTIAL, iiiyAtéiieuseineiil, Vous êtes seul?

LE COLONEL. Eh ! sans doute !... qu'estce qu'il y a?...

MARTIAL. Une drôle d'histoire, allez!...

J'étais sur le pas de la poit<%.. lorsque Zurich... vous savez , le cocher de 31'"^ Cliabouillant, notre voisine... me propose une bouteille aux petits barreaux verts de la grille des Princes!... J'accepte, vu qu'il y avait un quart d'heure que je n'avais rien prife... et que Zuricli paie assez volontiers.

LE coLO\EL. Fais-nioi grâce des détails,

MARTIAL. Pendant que nous liincjnions, entre lui jeune muscadin... mais du grand numéro!... Beau linge... gants jaunes...

petites moustaches...

LE CGLOINEL, à part. C'était lui!...

MARTIAL. Ce que nous appelons, nous autres gens de guerre, joliment ficelé...

LE COLOMEL, aoec in/fMlience. Eh bien!..

MAîtTiAL. Il tournait... pirouettait. ..en s'informant d'une jeune p<^rsonne — et d'un vieux qui devaient habiter Saint- Mandé...

LE COLOIVEL, attentif. Ah!...

M.ARTIAL. Et au portrait qu'il faisait du vieux... qu'il appelait je crois Bar. ..baleau . . je vous al reconnu.

LE COLO^EL. Baitholo?...

MARTIAL. C'est possibl(\... Comme il n'y a personne de ce nom à Saint- ^Mandé... j'ai bien vu qu'il se trompait... et j'allais lui répondre: Du tout, mon brave homme, c'est le colonel Louis Guérin, qu'il s'appelle...

LE COiOiMEL. Imbécile!...

MARTi.AL. ('/est l'observation que je me suis laite!.,. J'ai pensé cju'il valait mieux écouter; et pour ne pa.s donner de soupçons , j'ai demandé ime seconde bouteille!... ça n'avait pas l'air...

LE COi.OîVEL. Enfin?...

MARTIAL. Alors il s'est mis à babiller... comme un merle!.. Qu'il avait loué la petite maison du n" 3... pour y établir son

quartier général!.. . qu'il découvrirait cette beauté inconnue!... qu'il se moquait des

maris, des pères, des ondes et de

toute la boutic[ut . . . cju'il avait préparé une lettre incendiaire... pour tourner la tète à la petite... qu il aurait un rendez-vous, et que le Barboiean n'y verrait que du feu...

LE C0L0i\EL ,y///«.?i«x. Mille canons I...

MARTIAL. Oui, mille canons!... ça m'a fait monter la moutarde au nez... Je me suis levé... et je suis venu tout de suite vous conter ça...

LE cOLOiVEL. Il fallait lui sauter à la figure!...

MARTIAL. Ah! dam 1 vous savez que je suis retiré du service.

LE COLO'UVA., se promenant. L'insolent!.. Parce que ces petits messieurs ont fait leur rhétorique i lie/ Grisier ou au tirdeLepage , ils s'imaginent;... Ah !... je suis un Bartholo... et il croit qu'il obtiendra un rendez-vous!... Je lui en ménagerai un, moi, corbleu ! et si je savais que Suzanne y pensât une minute...

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