‹ Pièces de théâtreChapitre 79 sur 1069 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

LECOQ ; ADELE, en camisole blanche et bonnet de nuit , entrant par la porte à gauche ; M»"^ GIBOU.

ADELE, entrant.

Eh bien! monsieur, vous m'oubliez donc?

LECOQ

Ah ! te voilà, Bichette !

MADAME GIBOU , avec sentiment.

Ma fille, tu ne viens pas te jeter dans les bras de ta mère?

ADELE, se jetant dans ses bras , d'un air ému. Bonjour, maman.

MADAME GIBOU, l'apaisant.

Je ne te dis pas le contraire... sois donc raisonnable ! il dit que t'es ben heureuse?

ADELE.

C'est un méchant 1

LECOQ

Moi, méchant? Ah! non, belle-maman, je...

MADAME GIBOU

En v'ià assez! Allons, prends ta rôtie au sucre. (Adèle s'assied à la table. ) Et quant à vous, mon gendre, mettez-vous sur votre trente-quatre, et nous irons voir les bétes au Jardin-des-Plautes... nous dînerons par-là, nous mangerons une salade avec des œufs rouges , et après nous rabattrons chez la voisine qui nous donne une soirée avec des rafraîchiss'mcnts.

LECOQ

Ça s'ra un' journée d' plaisir.

MADAME GIBOU

Il n'y a pas d' bonn' fête sans l'enredemain ; mais, après-demain, ça s'ra 1' ménaye, toi la vente des poulets et des pigeons... puis , viendront les mioches, les mois de nounice ; et, si vous avez une fille, il faudra la marier, comme v'Ià que j' marie mon Adèle.

ADELE.

Eh ben ! maman , comm' vot' mère vous a mariée.

MADAME GIBOU

Oui , mais Gibou ne lui a pas demandé de dot; il m'a prise, comme il disait, 1' pauvr' cher homme , pour mes qualités personnelles et mes grâces individuelles.

LECOQ

Pourquoi donc que j' prends ma Bichette? Allez-vous pas me parler de sa dot ! je n' l'ai pas encore touchée.

ADELE, se levant*.

Eh ben ! après? quand vous ne la toucheriez pas , est-ce que vous n'êtes pas déjà bien heureux de m'avoir ?

LECOQ

Je ne dis pas, ma Bichette; mais...

ADELE, en colère.

Mais vous êtes un cornichon.

MADAME GIEOU.

Ma fille, cornichon est bien n' hasardé pour le premier jour.

LECOQ, avec dignité.

Fille d'une fruitière, ménagez vos expressions.

ADELE, pleurant.

Je suis bien malheureuse d'avoir épousé un homme qui ne m'a prise que par intérêt. LECOQ **.

Adèle !

ADELE.

Laissez-moi.

LEÇOQ.

Mon épouse !

ADELE.

Taisez-vous.

LECOQ

Ma Bichette !

ADÈLE

Non ! je ne suis plus votre Bichette.

MADAME GIBOU, en colère,

Ah ! le vilain homme ! traiter ma fille comm' ca dès le ienredemain de ses noces! Ah ! mon pauvre Gibou, ça n'est pas comme ça qu' tu te conduisais envers ton épouse : tu étais tout respect, tout amour! toute fidélité, toute constance !

LECOQ

Mais, belle-maman, je suis tout amour aussi.

* Lccoq, madame Gibou , Adèle.

" .Mad.Tmc Gibou, Lecoq, Adèle.

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