TITI, JUSTIN
TITI. Ah ça, Justin, c'est pas le tout... je suis Tenu pour causer avec toi , mais sé-
i iiiiscment ;i'ai à le faire deux confidences.
JUSTIN. Toi, Ti'i, ;anser sérieusement,
v'Li (lu nouveau... Ça ne fait rien, je t'é-
;()llt('.-
riTl. T'es mon «mi, et je ne veux rien le iMthor... Voici le premier événement: ,1e veux dénaturer mon existence : autrement, je quitte mon état...
JUSTIN. Bah! comment ça?
TITI. Fabricant de queues de boutons.., polir des boutons... c'est une existence trop cocasse.
JUSTIN. Alors, qu'est-ce que tu veux donc être?
TITI. Ce que je veux-t-être?.. cocher de cabriolet !
JUSTIN. En voilà une farce !
TITI. C'est une idée qui me poursuit... qui me domine... qui trouble mes digestions...Cocher de cabriolet! Dieu de Dieu! I iens, Justin, écoute : Tu as trente francs, n'est-ce pas ?.. tu vas au marché aux chevaux, tachetés une bête fringante, on te confie un tilbury numéroté, tu attelés ton Bucéphale, et tu domptes la bête fougueuse. . . Dés ce moment , le pavé de Paris t'appartient! tu te trouves subitement au niveau de toutes les classes de la société ; tu as autant de place que le bourgeois ; tu coules une vie heureuse, à l'abri de l'obtempérie des saisons... et tu joues avec ton fouet l'air de Kobin-des-Bois. C'est-y ça de la félicité?
Air : Quand je m'y rtiels un peu.
Quel état charmant 1
Oui , c'est là ma chimère :
Gagner de l'argent
En s' donnant d' l'agrément,
C'est-y séduiiant i
L' mortel heureux sur terre,
Mon cher ami , c'est
L' cocher d' cabriolet.
Sur de bons ressorts
Doucement l'on se berce,
On a d' bons rapports,
Et cela sans efforts ;
On peut charier
Sur ses coussins de Perse,
L' notair', l'épicier,
L' pair de Franc', l'ouvrier.
D'ici , me vois-tu f Me v'ià, je suis en tête,
Un individu Mont' , je frappe ma bête ;
En avant Coco, A la course, un galop; A l'heure, un petit trot.
Oh 1 mais, tout pçtit trof ,
T. ^ TJRiaiP.li.
[S' inter rompant et pariant. ] — Cochfi! que m' dit une petite voix douce... Au concert des Champs-Elysées; mou mari m'attend, fouettez fort... — Bien, ma petite dame... J' pousse Coco... nous arrivons... — « Ahî le voilà... arrêtez, qu'elle crie... Bonjour, Jules», et un beau jeune homme lui ofifre la main pour descendre... gants beurre frais, genre mousseux... y m' donne cent sous... suffit, que j'dis... compris. .. c'est pas le mari... et j' ris comme un bossu dans mon for intérieur.
Quel état charmant !
Oui , c'est là ma chimùre,
Gagner de l'argent,
Eus' donnant d' l'agrément,
C'esl'y séduisant I
L' mortel heureux sur terre,
Jlonclier ami, c'est
L' cocher d' cabriolet.
On r voit s'oublier, Près de la blonde ou d' la brune,
Selon le quartier.
Où r conduit son coursier.
Chacun d' nous, hélas Court après la fortune, Lui seul, ici-bas, Court sans faire un seul pas Rien n' manque à ses vœux, Il est exempt de crottes, Il a^, grâce aux dieux , Du foin dans ses deux bottes, Oui , chez nous, ma foi , C'est le plus bel emploi.
Quand il pleut, c'est un roi, A tous, il fait la loi.
(Parlant.) — Cocher, arrêtez... Ah! quel temps aflreux! ouvrez vite.' — Doucement, mon maître, combien qu' vous offrez? — Vous aurez trente sous, voyons, dépêchons! — Trente sous ! merci... j'en veux cent, ou je vous abandonne dansla boue... et le particulier qui craint les rhumes de cerveau! paie sans répliquer... et en avant! gare ! gare !..
Quoi état charmant ! etc.
JUSTIN. Allons, il paraît que t'as la tête furieusement montée sur ce chapitre-là.
TITI. Uui, oui, c'est décidé... je sais ben que pour la masse, le.s boutons ça a quelque chose d'attachant , mais je les méprise... car, dans cet état-là, vrai, je m'amuse comme une cioùte de i)ain derrière une malle. Ecoule maintenant le plus important : Je .sui.s pa.'^.-ablcincnt nerveux, et je veux me laisser calmer par uiut épouse, une épouse légitime.
JUSTIN. Bah!.. te marier?
TITI .T ;ii tout ce qu'il faut pour ça , il ne me jnatKjue plus qu'une t'emme, et ji; crois que je trouverai mon affaire sans sortir d'ici.
JliSTIN. Comment?.. Est-ce que tu aurais jeté les yeux sur .Marie ou sur Phrosine.
TITI. Ça y est, Marie est bonne comme du pain, c'est un agneau pascal pour la douceur, et un vrai castor pour le travail. De on côté, Phrosine est pleine de gentillesse, un peu vive, mais bonne fille... je ne lui connais qu'un défaut, un seul... c'est d'être un peu trop sur sa bouche; mais c'est plutôt la faute de son estomac que de son cœur.
JUSTIN. Où veux-tu en venir?
TITI. Tu as comme moi des envies de mariage, tu me l'as confié... et vivant toute la semaine près de Marie et de Phrosine, je veux savoir pour laquelle que t'éprouves de la préférence, afin de ne pas faire de l'opposition avec toi.
JUSTIN. Je te remercie de ta démarche... Eh bien, Titi, puisque tu désires que je te parle franchement, je t'avouerai que c'est Phrosine qui me plaît le plus.
TITI, vivement. Phrosine? vrai?.. comme ça se trouve!., c'est justement Marie que je désire. .. En v'ià une de chance !
JUSTIN. Vraiment!
TITI. Oui, mais c'est pas le tout, quoique je soye à la tête d'un physique agréable, quand il s'agit de faire une déclaration, je suis ce qu'il y a de plus godiche au monde ; je te propose donc de parler pour moi à Marie, et moi, de mon côté, je me charge d'en faire autant pour toi auprès de Phrosine... Ça va-t-il ?
JUSTIN. Ça va. T'as là une bonne idée. .. mais je les entends, n'ayons pas l'air...
00OQOOQooî>Qa8egeoc»3se96>a9QeB®e0QaaQaQoaa9a