‹ Pièces de théâtreChapitre 906 sur 1069 · SCENE XII · texte numérisé non relu

SCENE XII

CII.\RLOTTE, puis FLORIGXY, puis ROSINE, puis LE MARQUIS DE BEL-ŒIL, qui arrivent successivement.

CHARLOTTC.

3Ia foi, j'aurais cru que c'était plus difficile de figurer dans un ballet, et j'espère m'en tirer tout aussi bien que M. Antoine!... Malgré moi, je grille de le voir... Ah! mon Dieu! il me semble avoir entendu un coup de sifflet I

Elle regarde à la coulisse.

FLORiGSV, entrant par le foyer.

J'ai réussi à m'échapper du foyer!... Bravo ! la petite est encore là 1 {A Charlotte.) Que regardezvous, ravissante Charlotte?... M. Antoine, sans doute? '

* Cliarlolte, Florignv.

i^îAGASIN THEATRAL

CHARLOTTE

Moi? non, monsieur... je regardais le spectacle, voilà tout.

FLORiGNY, avec chaleur.

En vérité, vous méritez mieux que ce garçonlà.. .'Vous avez bien fait de rompre avec lui... et moi, je veux tout entreprendre pour obtenir la place qu'il occupait dans votre cœur : je veux vous jurer de vous aimer toujours... de faire toutes vos volontés.

Il lui prend la main.

CHARLOTTE, cherchant à dégager sa main.

Monsieur... je vous en prie, laissez-moi I

FLORIGNY

Que de cruauté!... Voyonsl soyons moins méchante t

Il lui Lalse la main.

ROSINE, entrant par le fond, suivie du marquis. Bravo I monsieur 1 bravo! ne vous gênez pas 1 '

FLORIGNY

Rosine!... Diavolo! comme elle arrive mal! ROSINE, à Florigny.

C'est comme cela que monsieur tient les sermens qu'il fait... et qu'on a la faiblesse d'écouterî... on s'en souviendra !

LE MARQUIS, à Rosinc, s'oubliant tout-à-fait.

Ah ! oui, madame... vous pouvez en être sûre... on s'en souviendra !

Il s'éloigne brusquement en faisant des poses. ROSINE, étonnée.

Le diable a parlé ! cette voix, cette tournure... oui... oui... c'est le marquis!

FLORIGNY

Le marquis!... se pçut-il!

ROSINE

Florigny... je suis perdue!... Détournez les soupçons.

FLORIGNY

Que faire?... Ah! j'y suis! [Il passe brusquement à la droite de Rosine, et bouscule le marquis, qui prend l'extrême droite du théâtre. ) Eh bien ! oui, ma chère Rosine, vous avez deviné... Et pourquoi le cacherais-je plus long-iemps ?... Oui, je e déclare hautement... celle dont je vous parlais en secret, celle que j'aime, que j'adore... c'est la gentille Charlotte qui est devant vous!

Comment, monsieur!...

LE MARQUIS

Qu'est-ce qu'il dit?... les oreilles m'ont donc corné ?

FLORIGNY

Oui, Charlotte, oui... je voulais entourer cet amour de mystère ; mais maintenant il faut qu'il éclate au grand jour! il faut que je vous dise que je vous aime... que je veux vous adorer toujours, et que j'en fais le serment à vos pieds '*!

Il tombe aux pieds de Cliarlotte.

CHARLOTTE, Se débattant un peu.

Mais, monsieur... je vous en prie... relevezvous 1

* Cliai'lottc, le Marquis, Rosinc, Florigny. " Cliarlollc Florigny, Rosine, le Marquis.

LE MARQUIS

Ah ! je suis bien moins gêné dans ma peau !

LE RÉGISSEUR, sortuut de la coulisse.

Silence !

Antoine paraît toul-à-coup à la fenêtre gotliique, qu'il pousse avec violence. Le battant de !a fenêtre fait presque culbuter le Marquis, qui se jette sur le Re'gisseur qui le bouscule aussi, et, en passant, il reçoit un coup de pied de Rosine, qui fait des battemens.

ANTOINE, déclamant son rôle.

« Ah ! l'échafaud est dressé sur la place pu- » blique ! » ( Apercevant Florigny près de Charlotte.) Que vois-je?... un homme aux genoux de Charlotte !... Ah ! c'est ignoble!

LE RÉGISSEUR

Eh bien ! eh bien! que dites-vous donc?

FLORIGNY, se relevant, en riant.

Mon rival !.. Ah ! comme c'est nature I

ANTOINE

Ah ! oui , je m'oublie 1 ( Déclamant. ) « Cet » homme habillé de rouge, c'est le bourreau I... » dans sa main, c'est une hache!... A côté de lui, «c'est le billot!... » Et devant moi, Charlotte qui s'en fait conter par un autre!... Ah! Charlotte, je vous déteste, je vous méprise! [Quittant la fenêtre.) « Grâce, grâce, mon père! grâce » pour Elmora ! »

LE RÉGISSEUR, fermant la fenêtre.

A-t-on l'exemple d'une pareille folie !

ROSINE , riant.

Ma foi, c'est trop drôle !... Je vais en amuser le foyer.

Elle rentre au foyer.

Li; MARQUIS, à part.

Et moi, je te suis, ô ma sylphide fidèle I

11 rentre derrière Rosine.

FLORIGNY, rentrant au foyer.

Enfoncé le marquis !

LE RÉGISSEUR

Silence!., .voilà l'infortunée Elmora qui marche au supplice !

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