C.r l .st i'h. s d. 1. m..s.n
Si doncque sa chair est viande Pour tromper la petite oublie Est cause que l’on me deffende La cène où Jésus me convie Mais puisque 1 ui seul est ma vie Malgré le Pape et tous ses prebstres
Les hommes ne seront les maistres
De Jésus-Christ et la raison On n’entre point par les fenestres
Car il est 1 huis de la maison (1).
Malgré ces affiches et d’autres procédés, plus violents mais aussi peu persuasifs, les ennemis de la Messe firent peu de prosélytes à Chartres, et, depuis bien longtemps déjà, il n’3^ a plus dans le diocèse que des vestiges insignifiants de l’hérésie protestante.
(l) (Souchet, IV, p. 55).
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Jansénisme. — Le jansénisme, venu un siècle plus tard, procéda avec plus de subtilité ; sous prétexte de mieux honorer l’Eucharistie, il détruisit en partie le culte eucharistic^ue. Professant une foi sincère au dogme de la présence réelle, il adorait le Sauveur dans l’auguste Sacrement de l’autel ; mais il en tenait les âmes a une distance qui, en s’allongeant toujours, aboutissait à la séparation complète. Un grand nombre de ses pai iisans, inspirés par un respect exagéré du sacrement, passèrent plusieurs années de suite sans le recevoir , ce furent les saints du jansénisme, et le nom des principaux de ces rigoristes fut consigné, avec tous les éloges possibles, dans un ouvrage qui fut intitulé modestement Martyrologe.
Dans le diocèse de Chartres aucun des coryphées de la secte n’osa enseigner ouvertement l’insidieuse doctrine^de Jansénius ; il y aurait eu danger à le faire, car les sentinelles veillaient. L’évequede Chartres en particulier, M='' Godet de Marais, prélat aussi doux envers les personnes qu’il était ardent contre les erreurs, se montra l'adversaire irréconciliable des dangereux novateurs (l).
Le diocèse de Chartres a fourni l’un des plus redoutables du Jansénisme, dans la personne de Charles-François Abra antagoniste deRaconis, c^ui fut nomme évêc^ue de Lavaur en 1637. Né à Havelu, de parents protestants qui se con ver-
(1) Le bon Nicole lui-même (né au cloître Saint-Martin à Chartres, en 1625, mort à Paris en 1695), quoiqu’il fût une des colonnes de la secte, et un habitué de Port-Royal, n'a jamais cherché à faire de propagande janséniste dans sa ville natale, sans doute parce qu’il n’ignorait pas le peu de penchant de ses compatriotes pour les nouveautés religieuses. Philosophe, théologien, littérateur, il fut l’un des premiers écrivains du siècle de Louis XIV, et l’un des plus vigoureux apologistes de la religion. Malheureusejneut il donna dans le jansénisme, et une partie de sa vie se passa k lutter en faveur des erreurs de Port-Ro3^al. Il ne venait guère à Chartres que pour laisser passer les orages et se faire oublier. Au lieu de chercher à faire le prophète dans son pays, il y répandait ses bienfaits. On le regarde comme le fondateur du premier établissement des Sœurs de Saint- Paul à Chartres.
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tirent en même temps que Henri IV, il fut professeur, de lettres d’abord, puis de théologie, au collège de Navarre. Prédicateur et aumônier du roi, il fut reçu docteur en 1676. Adversaire intransigeant des protestants, il s’attaqua également à l’école de Port-Royal, et sa réponse au livre, de la Fréquente Communion reçut l’approbation du clergé de France. •
On a droit d’être surpris que l’Eglise de Chartres se soit si victorieusement défendue contre l’invasion du poison janséniste, quand on se rappelle que Port-Royal, principal foyer de Ferreur, était sur les confins du diocèse, et qu’un certain nombre de religieuses de la célèbre abbaye furent reléguées dans différentes communautés de ce même diocèse, où d’ailleurs elles ne tardèrent pas à revenir à des idées plus saines. Les novateurs il est vrai firent quelques recrues parmi les chanoines, curés et religieux chartrains; mais ce ne fut jamais que le petit nombre, et il n’y eut pas de ces résistances scandaleuses qui affligèrent d’autres provinces.
Si les erreurs de Jansénius et de Quesnel n’ont jamais eu droit de cité parmi nous, il faut avouer pourtant que notre région n’a pas pu échapper complètement à l’influence du venin si subtil et si dangereux de « ce demicalvinisme aux formules hypocrites, avec ses sécheresses et ses aridités, avec son Christ aux bras étroits et ses maximes désolantes pour les pauvres pécheurs, avec son symbole où le désespoir prend la place de la confiance, et où Dieu cesse d’être un père pour devenir un tyran, » comme le disait naguère un éloquent Pontife (1).
La Sainte Ecriture dit qu’il est impossible de découvrir la trace du serpent sur la pierre [Proverbes. 30. 19.) ; il ne l’est pas moins de découvrir et de suivre les voies tortueuses par lesquelles le jansénisme s’insinua peu à peu dans les idées, dans le langage, et surtout dans la direc-
(1) Ms'’ Freppel, évêque d’Angers, au couronnement de Notre- Dame de l’Epine, 3 juin 1890.
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lion des âmes. Presque à son insu la France, toujours si catholique, se réveilla un jour pratiquement janséniste, et elle présenta ce spectacle bizarre d’un peuple subissant les conséquence d’une doctrine dont il ignorait le nom et dont il n^avait pas admis les principes. Ces conséquences furent désastreuses au point de vue de la piété, et surtout au point de vue de la dévotion envers l’auguste sacrement de nos autels. Les âmes ne tardèrent pas à s’éloigner d’un Dieu dont systématiquement on leur cachait la bonté, pour ne mettre en relief que sa justice, d’un sacrement pour lequel on exigeait des dispositions qui convenaient à des anges bienplusqu’à des hommes (1).
Le XVIIP siècle s’acheva dans ces tristes conditions, et il fallut la tempête révolutionnaire pour tirer l’Eglise de France de la torpeur où l’avait plongée insensiblement cette sorte d’anémie spirituelle. Au début du siècle suivant, elle venait de se retremper dans le sang de ses prêtres et de ses plus fidèles enfants, et sa foi s’était épurée au feu de la persécution. Elle ne put toutefois briser entièrement les entraves que lui avait imposées l’esprit janséniste. La plupart des prêtres n’avaient point laissé dans l’exil les principes de sévérité outrée qu’ils y avaient portés, et ils continuèrent à tenir les âmes à distance de ^ Celui qui a dit : « Venez tous à moi. »
La grande Révolution avait abattu un certain nombre d’églises, fermé et profané les autres, et chassé de tous les tabernacles l’Hôte divin qui les honorait de sa présence. Quand la religion catholique fut restaurée, grâce
(1) Le respect de la Sainte Eucharistie demeura assez vivace malgré l’indifférence pratique. Entre autres preuves, nous citerons ce passage du procès-verbal de l’inventaire fait chez les Cordeliers de Chartres, le 12 juillet 1790, par les officiers municipaux : « Dans le Tabernacle le P. Custode a tiré un ciboire contenant les saintes hosties que nous avons adorées. » — On continua également d’attacher une grande importance à l'accomplissement de ia Communion pascale. Un témoin se voit récusé parce qu’il ne fait pas ses Pâques, (1740) un autre parce qu’il ne fréquente pas les sacrements (1716). (Archives départ. B. 1482.)
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à ce Concordat de 1801, que la rage maçonnique vient de déchirer si maladroitement, le peuple ne put être ramené à la maison de Dieu, enfin rouverte, que par des missions extraordinaires, dues au zèle de véritables apôtres^ comme le Père Beulé, la gloire de notre Perche. Les prêtres revenus de Texil, comme aussi ceux qui avaient reçu Lonction sainte dans ces temps malheureux, n’avaient pas pu s’affranchir complètement du rigorisme janséniste. Ils étaient au comble de la joie en voyant leurs ouailles se presser autour d’eux^ dans leurs églises dévastées» et -portant encore des traces des orgies c[ui les avaient déshonorées ; mais ils ne les attiraient pas au tabernacle. Aussi, par un contraste douloureux, dans ces églises remplies de paroissiens tous les dimanches, on voyait la Table sainte toujours déserte. Un certain nombre de femmes et quelques hommes communiaient au temps de Pâques, et parfois à Noël ; le reste de l’année, le tabernacle restait fermé, trop souvent d’ailleurs il était vide. Les pasteurs ne se plaignaient pas de cet état de choses ; beaucoup ne pensaient pas cpi’il prit y en avoir un plus parfait (1).
Vers le milieu du XIX*^ siècle, passa sur la France un souffle régénérateur du culte eucharistique. D’abord à peine perceptible, il ne tarda pas agrandir ; avec le temps il devint assez fort pour se faire sentir sur tous les points
fl) Dans les grosses paroisses du Perche, la première messe de chaque dimanche était la messe des hommes, qui se tenaient debout au bas de l’église, en si grand nombre que souvent ils débordaient jusque sur la place. Combien parmi eux faisaient leurs Pâques ? Huit ou dix, et encore pas toujours. Plus d’une fois j’ai entendu dire à un vétéran du sacerdoce, M. l’abbé Goussu, ancien curé de Fains (f 1893) : a Onand j’étais enfant (vers 1830), tous les dimanches l’église de Dancy, ma paroisse, était absolument remplie ; mais cela n’empêche pas qu’il y avait seulement quatre ou cinq femmes faisant leurs Pâques, et un seul homme, Linstituteur-sacristain. »
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de la France. Sous l’inspiration de quelques apôtres de l’Eucharistie, tels que le R. P. Eymard, M^' de Ségur, de la Bouillerie, surgirent des œuvres destinées à glorifier Jésus-Hostie, l’adoration perpétuelle de jour d’abord, puis l’adoration nocturne, des ordres religieux, des associations d’adorateurs et d’adoratrices, etc. Dans le même temps une littérature eucharistique (livres, journaux, revues, annales, simples feuillets) favorisait la renaissance d’une dévotion trop longtemps abandonnée.
Les habitants de notre contrée passent pour être lents à s’ébranler ; aussi le diocèse de Chartres ne fut-il pas un des premiers à entrer dans ce mouvement, dont pourtant l’influence se fit peu à peu sentir. Quelques confréries du Saint-Sacrement reprirent vie, l’adoration perpétuelle s’établit à Chartres et dans quelques paroisses rurales^ la communion fréquente redevint en honneur dans les villes et dans certaines maisons d’éducation.
Ce n’était pas assez toutefois pour pouvoir dire que le culte eucharistique était de nouveau florissant parmi nous. Le mouvement qui vient d’être signalé était de nature à faire concevoir les espérances les plus heureuses, mais il était restreint, localisé en quelque sorte ; il fallait, pour le rendre universel, une voix assez puissante pour se faire entendre du monde entier, assez autorisée pour s’imposer à tous les fidèles de la sainte Eglise catholique. Cette voix a retenti, et depuis quelques années elle ne cesse d’appeler à la Table sainte les âmes de bonne volonté. C’est la voix de celui dont la bouche prononce des oracles infaillibles, la voix du Souverain Pontife glorieusement régnant, de S. S. Pie X, que de nombreux décrets eucharistiques et de pressantes exhortations ont fait surnommer le Pape de V Eueharistie. La France catholique a tressailli auxaccents irrésistibles de cette voix aimée, et, docile comme toujours aux directions pontificales, elle reprend le chemin de l’autel, heureuse de prouver qu’elle n’a pas oublié son antique foi au Dieu du Tabernacle, son amour séculaire pour le Dieu d’amour.
L^ébranlement cette fois s’est communiqué à notre, diocèse. Il a, comme les autres, ses fêtes et ses journées eucharistiques, ses paroisses où l’on adore le Saint-Sacrement en union avec Montmartre, ses communions du premier vendredi de chaque mois, etc. ; heureux symptômes qui permettent d’espérer la complète reviviscence du culte eucharistique dans notre chère Eglise chartraine. Mais laissons aux feuilles pieuses, au Bulletin diocésain et aux bulletins paroissiaux, le soin de signaler les manifestations quotidiennes de ce renouveau eucharistique. Il suffit à ce travail de bavoir constaté, et d’avoir salué les espérances de retour aux traditions ancestrales, sur ce point si important de notre sainte religion.
Miracles eucharistiques
Si la foi des Chartrains au mystère eucharistique s’est maintenue aussi ferme à travers les siècles, il en faut faire honneur à leur attachement inébranlable à la doctrine catholique, qu’ils ont voulu conserver telle que leurs pères l’avaient reçue des envoyés apostoliques, aux premiers âges de l’Eglise. Mais il est juste de dire aussi que Dieu n’a pas dédaigné d^afïermir encore cette foi par des miracles, qui durent produire une impression puissante, et pour ainsi dire ineffaçable, sur un peuple au cœur simple et à l’esprit droit.
Le premier de ces miracles remonte au VL siècle, et il eut sans doute un retentissement considérable, en ces temps reculés, car il nous est rapporté par plusieurs de nos anciens chroniqueurs. Grégoire de Tours. (Historia Francorum ch. V, 34), Aimoin (t. m, 83), la Chronique de Saint-Denis (t. iii, 227), et après eux D. Bouquet (t. ii, 252), nous disent qu’en l’année 580, au territoire de Chartres, du vrai sang coula du pain sacré de l’autel.
Sur les immenses cartes géographiques du Hiéron, ce curieux Musée eucharistique établi à Paray-le-Monial
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par de savants Jésuites, on lit les trois faits suivant qui se rapportent à notre sujet et à notre diocèse :
« A Chartres, en 890 (?), un prêtre a un doute sur la présence réelle ; Thostie se change en chair et le vin en sang. »
« A Chartres encore, un perclus est guéri par le Saint- Sacrement (Vie de saint Laumer).
(( A Dreux, deux prêtres qui doutaient de la présence de Notre-Seigneur en la sainte Eucharistie en sont assurés par miracle (1313). , C’était dans le temps où s^établissait la fête du Saint-Sacrement. »
Le XIL siècle nous fournit plusieurs de ces miracles, que la puissance divine produit de temps à autre, pour la plus grande gloire de l’Eucharistie. Les Annales d’Aquitaine [3^ partie, ch. 5) signalent (en 1180 ou 1181) le fait d’une jeune fille de Chartres, qui ayant, à la fête de Pâques, caché dans un mouchoir la Sainte Hostie qu’elle avait reçue en communiant, la trouva ensuite convertie en chair. L’historien Souchet en rapportant ce miracle dit que la même chose arriva, en 1182, à une femme de Montoire près de Vendôme, sur la limite du diocèse de Chartres, et vers le même temps, à un prêtre qui disait la messe en un lieu qui dépendait de Saint-Père-en-Vallée. Souchet II, p, 516). Ces miracles, remarque un auteur contemporain, étaient destinés à confirmer la vérité du Corps et du Sang de Jésus-Christ au Sacrement de l’Eucharistie, que combattaient alors les Vaudois et les Albigeois.
Enfin au XVIP siècle, plusieurs faits miraculeux vinrent aussi, dans notre pays, confondre l’impiété des Protestants, ces ennemis plus modernes de l’Eucharistie.
1619. — Le premier fait arriva dans la paroisse de Grand ville, au diocèse de Chartres, autrefois du doyenné de Rochefort, aujourd’hui de celui de Janville. On en peut lire encore, dans les registres paroissiaux conser-
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vés à la mairie du lieu, le récit qui en fut rédigé par le cure, peu de temps après l’événement. Voici, dans toute sa saveur originale, ce récit d’un témoin dont on ne contestera pas la bonne foi.
« En l’an 1619, le cœur [sic) de l’église de Grandville est tombé en ruine, le tout en général, et aussi que le saint ciboire a esté tout englouti et caché de bois, pierre et thuile néantmoings le ciel, (le baldaquin) la couppe où repose le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ n’ont eu nulle fracture, ni rompure, ni gast quelconques. Le saint cierge du Saint-Sacrement de la contrarie est demouré en son entier, ainsi qu’il a esté veu de tout le peuple sans aultre fracture, ni rupture. Et a esté mis et relevé le saint ciboire par moy curé dudict lieu, et mis à l’austhel de Nostre- Dame en la dite église, en attendant que le cœur de la dite église fût relevé, comme il est à présent : vouttes, thuilles, pierreetbois tout estoit dessus; il est demouré ensonentier, par la garde et grâce de Dieu. Des Huguenots voulurent voir le beau miracle qui fut : de la Noue et toute sa
suite vindrent sur le lieu pour en porter le tesmoignage à la Royne qui en voulut sçavoir la vérité. La fortune arriva à ladite église le 24 novembre, environ le jour couchant, par une grande orage,* fouldre et tempeste et de vents, et eaux en l’église. »
Signé : Bary
Le souvenir de cette faveur du ciel était sans doute oublié au siècle suivant dans la paroisse, car le 17 avœil 1757, une assemblée des habitants autorisait le curé à échanger le ciboire d’étain, objet du miracle, contre un autre en argent. (Registres paroissiaux de Grandvillle.)
1655. — Pendant une inondation à Vendôme, (alors du diocèse de Chartres), au couvent du Calvaire, on n’eut que le temps de se retirer au dortoir; <( c’est pourquoi le Saint- Sacrement demeura à Léglise dans le tabernacle, et il arriva que la lampe qui estoit devant arda toiisiours
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comme un gros flambeau, 24 heures durant, sans qu’on y touchât et y remist de l’huille jusqu’à ce que l’eau se fust retirée et qu’on peust aller à l’église pour la raccommoder, car alors elle s’éteignit entièrement. De quoy toutte la communauté fust en grande admiration, veut qu’on a coutume d’accommoder la ditte lampe pour le moins 2 ou 3 fois le jour. » [Etudes et documents, par M. l’abbé Métais. I. p. 19.)
1674. — Dans la nuit du 15 au 16 novembre, le feu se déclara à Chartres, vers on^e heures du soir, dans le clocher neuf de la cathédrale. Il y eut grand émoi dans la ville, et les hommes de bonne volonté affluèrent ; mais à ces hauteurs, et surtout avec les moyens imparfaits dont on disposait, il était difficile de combattre l’incendie. Le chapitre, mettant toute sa confiance en Dieu, fit exposer le Saint- Sacrement au grand autel, et le feu s’éteignit aussitôt. En reconnaissance, il ordonna deux processions pour le dimanche 18 novembre, l’une le matin avec le Saint-Sacrement, l’autre le soir avec la Sainte-Châsse, et les échevins de la ville se firent un devoir d’y assister.
1725. — Le registre paroissial d’Ecluzelles de cette année mentionne avec détails, comme un événement qui eut un grand retentissement, la guérison qui avait eu lieu le 31 mai, sur la paroisse Sainte-Marguerite, à Paris. Jeanne Charlier, femme Delafosse, affligée de pertes de sang depuis 20 ans, aveugle depuis 7 ans, se leva complètement guérie, sur le passage du Saint-Sacrement, à la procession de la Fête-Dieu.
Auteurs eucharistiques.
Des faits qui viennent d’être rapportés, et sans doute aussi beaucoup d’autres semblables que l’histoire ne nous a pas conservés, durent contribuer pour une large part à conserver dans nos ancêtres la dévotion à la Sainte
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Eucharistie. Ce qui n’y contribua pas moins ce furent les hommages que lui rendirent des hommes dont la parole faisait autorité. Si, en effet, le dogme eucharistique n’a point rencontré parmi nous dans le passé des contradicteurs formels, des adversaires de quelque notoriété, la divine Providence lui a au contraire ménagé de nombreux et vigoureux défenseurs.
Qu’on nous permette d’indiquer les principaux de ces avocats chartrains du Dieu de nos tabernacles.
XP SIÈCLE. — A la tête de ceux qui ont, avec la plume, glorifié l’Eucharistie, nous sommes heureux de voir figurer notre illustre Fulbert, qui fut un docteur, un maître incomparable, avant d’être un saint évêque de Chartres (t 1029) Le volume de ses Œuvres s’ouvre par une lettre où il parle de la Sainte Eucharistie en termes admirables. Quoiqu’elle ait été souvent reproduite, cette lettre n’est pas connue encore autant qu’elle le mériterait.
X VP SIÈCLE. — Josse Clichtoue (t 1543), la gloire du chapitre de Notre-Dame de Chartres au XVP siècle, outre l’Anti-Luther où il réfute les erreurs du père du protestantisme, a écrit en latin un traité Du sacrement de VEucharistie (De Eucharistiæ Sacramento), dont l’hérétique Œcolampade qu’il y combattait, disait « Il n’y a pas d’ouvrage plus insensé. » De la part d’un adversaire ; cette injure équivaut aux plus beaux éloges (1).
(1) Voici comment il exprime son admiration pour l’office du Saint- Sacrement, œuvre de saint Thomas, le docteur angélique: « Que dirai-je des hymnes de cette solennité ? Quels flots de douces modulations, quelles graves pensées, quelle ampleur dans Texposition des mystères ! Qu’y a-t-il de plus exquis que cette strophe qui en peu de mots embrasse quatre bienfaits : Se nascens dedii socium... ! Qu’y at-il de plus exquis que cette strophe où l’on invoque la sainte Eucharistie : O salutaris hostia, strophe que dans ce temps de calamité le clergé tout entier a chanté plus souvent. Ecoutez la prose que l’on a coutume de chanter à la messe solennelle ; son rythme sonore flatte agréablement l’oreille, les expressions en sont pleines de charmes. (De vitâ et operibus Judoci Clichtovei, aactore Clerval. p. 60).
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— Un savant professeur de Paris, né à Arrou, au diocèse de Chartres, Jean Boulaise, a publié en 1573 le récit d’un miracle eucharistique arrivé à Vervins, au X VP siècle. Cet ouvrage eut un grand retentissement à cette époque. Il eut alors trois éditions ; il a été réédité de nos jours sous ce titre : Le triomphe de V Eucharistie^ titre qui n’a rien d’exagéré, car le miracle auquel il fait allusion a converti de nombreux protestants.
XVIP Siècle. — 1622. Michel Boutheroue, médecin à Chartres, a composé un poème latin sur la présence du corps de Noire-Seigneur Jésus-Christ dans l’Eucharistie. Ce poème fut dédié au roi Lous XIII.
— Vers 1630. Notre pieux abbé Bourdoise a publié un petit Manuel des prières des quar ante-heur es.
— 1644. Le diocèse de Chartres a vu naître, à la fin du XVP siècle, l’un des plus intrépides adversaires du protestantisme, Charles-François Abra de Raconis, qui, tout en luttant contre le fameux Dumoulin et les quatre ministres de Charenton, trouva encore le temps de combattre Jansénius et ses adhérents. Il prit à partie le livre d’Arnaud sur la Communion, et il en montra la faiblesse et la fausseté dans un écrit qu’il intitula : Examen et jugement du livre de la fréquente communion.... dédié à la Reyne (Cramoisy, Paris, 1644). Il s’attira ainsi une réponse qu’il réfuta dans un opuscule intitulé : Briève Anatomie du libelle anonyme intitulé : Réponse au livre de M. de Lavaur. 1645. (1).
(1) L’abbé de Raconis (déjà cité plus haut à propos du Jansénisme) est né soit au château d’Havelu (près d’Anet), dont il était seigneur, soit au château de Raconis, paroisse de Gambais, alors du diocèse de Chartres, Savant théologien, écrivain fécond, controversiste redoutable, aussi pieux qu’instruit, il fut nommé à l'évêché de Lavaur en 1637. Il est peut-être mort de son ardeur à défendre l’Eucharistie et la foi catholique. Ceux qu’il attaquait si vigoureusement firent circuler sous son nom une lettre dénonçant à Rome, comme jansénistes, plusieurs évêques. 11 s'empressa de protester contre cette odieuse accusation ; mais il en fut si profondément ému qu’il en mourait peu de temps
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— 1644. Parmi les ouvrages du fécond évêque de Vence, Godeau, la Gloire littéraire de la ville de Dreux, nous trouvons celui-ci : Avis à M. de Paris pour le culte du Saint- Sacrement dans les paroisses et la >façon de le porter aux malades.
1673. — L’abbé Thiers, le savant et caustique curé de Champrond-en-Gâtine, a écrit un Traité de l Exposition du Saint-Sacrement de Vautel ; et il parle longuement de l’Eucharistie dans son Traité des superstitions. Son respect pour l’auguste Sacrement de l’autel l’a entraîné jusqu’à blâmer certains usages approuvés par TEglise, ce qui, paraît-il, a valu à ce dernier ouvrage la mise à l’index ; mais il a péché plutôt par excès de zèle, et ce fut un bon prêtre.
1699-1743. — Le chanoine Jacques Sarraute, protestant converti, est l’auteur d’une Amende honorable au Saint- Sacrement, imprimée à Chartres.
1689-1691. — Un musicien de Chartres, qui était en même temps poète, Pierre Bourcy, a composé et fait imprimer des Motets pour VEucharistie.
XVIIP SIÈCLE. — 1770. Hilaire-François Robbe, ancien chanoine de Chartres, est l’auteur d’un Traité de VEucharistie et d’un opuscule sur la Manière dont on doit prononcer le canon et quelques autres parties de la Messe.
XX^ Siècle. De nos jours enfin, (1902), un prêtre du diocèse de Chartres, M. l’abbé d’Arsonville, curé de Marboué (1), a publié un très savante dissertation sous ce titre Urbain IV et la Fête-Dieu à Laon.
après (1646). Il fui inhumé dans l’église d’Havelu. Les Etudes religieuses des Jésuites ont publié un récit intéressant de ses luttes contre les jansénistes (octobre 1892, pp. 201, 206 et 223). Le titre de son Examen est abrégé ici : il comporte 5 lignes d’impression, et plusieurs de ses ouvrages ont des titres plus longs encore.
(1) M. l’abbé d’Arsonville, licencié en théologie, était un prêtre érudit. Il est mort le 18 août 1910 des suites d’un accident.
CULTE EUCHARISTIQUE
Si nous nous faisons un devoir de signaler ceux des nôtres qui ont glorifié et défendu par la plume le très adorable sacrement d’Eucharistie, il est bien juste de ne pas oublier un évêque, cha#frain d’origine, qui l’a victorieusement défendu par la parole. Claude de Sainctes, un des plus savants théologiens du XVP siècle, fut choisi, comme le « plus intelligent dans les matières d’Eucharistie » pour préparer le colloque de Poissy (1561). Ce fut lui aussi qui défendit la bonne cause, dans cette fameuse controverse avec les protestants, et un contemporain dit qu'il fut (( invincible à tous les ministres là convoqués ». Aussitôt après cette assemblée, il publia les principaux arguments de sa défense dans un ouvrage intitulé : Confession de foy catholique, contenant la réfutation de la doctrine de Calvin. L’année suivante, il allait représenter la célèbre Faculté de Théologie de Paris au Concile de Trente, dont il fut une des lumières. De retour à Paris, il défendait de nouveau l’Eucharistie, dans un livre où il mettait à néant la doctrine de Calvin sur la Cène. Dans une nouvelle conférence tenue à l’hôtel de Nevers à Paris (1566), avec deux des plus fameux ministres protestants, il soutint presque seul l’effort de ses adversaires qu’il réduisit au silence. Comme ceux-ci, avec la plus impudente fausseté, se vantaient d’avoir confondu les tenants de la cause catholique, et publiaient des récits mensongers de l’assemblée, il fallut, pour les confondre, imprimer les procès-verbaux authentiques de la conférence.
« On ne peut concevoir, dit un historien, les admirables effets que la lecture d’icelles (pièces) a produits à la confusion de la sinagogue de Satan. »
Envoyé à Rome par le roi Charles IX (1572), il fut bien accueilli par le Pape Grégoire XIII, qui, ayant su qu’il préparait un ouvrage important sur l’Eucharistie, lui fit présent d’une bourse de mille florins, en disant que c’était là l’œuvre d’un évêque plus que d’un simple docteur. Trois ans après, il était nommé évêque d’Evreux (1775).
PIÈCES DÉTACHÉES, lll 21
CUI^TE EUCHARISTIQUE
Il mourut en 1591, empoisonné, dit -on par les hérétiques qui ne trouvèrent pas d’autre moyen de se délivrer de ce redoutable adversaire. Il laissait un assez grand nombre d’ouvrages, dont cinq sont consacrés à la défense de la Sainte Eucharistie. Il était religieux de Saint-Augustin, et avait fait son noviciat à l’abbaye de Saint- Cheron. Au début de ses études, il éprouvait tant de difficulté pour apprendre qu’on crut qu’il ne pourrait pas les continuer. Mais, en qualité de Chartrain, il avait une grande confiance en la Sainte Vierge. Il s’adressa à cette puissante protectrice pour obtenir ces facultés intellectuelles qui lui faisaient défaut. Notre-Dame de Chartres exauça sa demande, en lui accordant la belle intelligence dont il devait faire un si pieux usage, et on peut croire que par surcroît elle y ajouta cet amour de TEucharistie dont il a donné tant de preuves.
§ 11. — LE CULTE EUCHARISTIQUE
Le culte est la manifestation de la foi, des sentiments religieux. La religion est une chose toute intérieure ; si elle prend une forme extérieure, si elle se traduit par un acte, c'est le culte. Cette forme que prend le sentiment religieux peut être influencée par les temps, les événements, l’éducation et beaucoup d’autres causes ; de là une grande variété dans les pratiques du culte. Par rapport au culte eucharistique, la foi des croyants s’est affirmée de bien des manières différentes ; c’est à signaler quelquesunes des multiples manifestations de ce culte que doit être consacrée cette seconde partie de notre modeste étude.
Pour établir un peu d’ordre dans notre sujet, nous placerons en première ligne ce qui touche de plus près au Sacrement, et nous classerons ainsi toutes les matières que nous avons à traiter, selon le rapport plus ou moins direct qu’elles ont avec la Sainte Eucharistie.
CULTE EUCHARISTIQUE
1° Matière du Sacrement. — Une sainte grandement honorée dans le diocèse de Chartres, sainte Radegonde, reine de France, s’occupait avec un soin religieux de préparer elle-même la matière eucharistique, le pain et le vin qui devaient servir à célébrer la sainte messe. Nous n’avons point à présenter d’autres témoignages de foi aussi remarquables, et pourtant c'est aussi un sentiment de profond respect pour la Sainte Eucharistie qui a inspiré la fondation suivante. — En 1189, Albéric de Reims donne à l’abbaye du Petit-Cîteaux, au diocèse de Chartres (1) un demi-muids de pur froment, sur sa terre d’Ecoman, pour faire les hosties, et trois mesures de son meilleur vin, pour la célébration des messes, avec vingt sous de son cens pour le luminaire du. grand hôtel. (Bulletin de la Société Dunoise. III, p. 86). ^
Autels. — L’autel sur lequel s’offre la divine victime a dû toujours attirer la vénération, et par suite la générosité des fidèles. Pourtant le moyen-âge nous a laissé peu d'autels remarquables. L’église de Saint-Piat conserve un tombeau d’autel sculpté qui remonte au XII®, peut-être au XI® siècle ; il y en avait deux aussi naguère dans l’église de Fontenay-sur-Conie, mais ceux-ci n’étaient remarquables que par leur antiquité. Avec la Renaissance, les autels sont communément en bois, mais ils sont travaillés avec un soin parfois exagéré ; ils se distinguent surtout par ces couronnements qui sous le nom de rétables ont souvent pris un développement monumental. Nous ne citerons en particulier, aucun autel de ce temps, car au cours des trois siècles qui ont précédé la Révolution presque toutes les églises ont vu leurs vieux autels, souvent très riches et en pierres sculptées, céder la place à ces autels en bois et à leurs rétables, parfois très beaux, mais parfois aussi d’un goût douteux et d’une facture peu artistique.
(1) Près de Marchenoir, aujourd’hui du diocèse de Blois.
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3° Tabernacles. — Ce petit meuble destiné à conserver les saintes espèces est de date relativement récente. Il a succédé aux colombes suspendues dont quelques documents anciens nous signalent la présence.
Annexé à l’autel dont il était un complément, en quelque sorte obligatoire, il en a suivi les vicissitudes. Quelquesuns cependant ont plus de valeur artistique que l’autel lui-même. L’abbé Thiers cite en ce genre le tabernacle de Jallans qui n’existe plus ; nous devons y ajouter celui de Saint-Saturnin de Chartres, qu’on peut voir encore dans l’eglise de Vieuvicq, comme un témoignage de la foi de son auteur, le très pieux M. Gilles Marie, curé dudit Saint-Saturnin.
Eglises. — Nos églises elles-mêmes sont toutes autant de témoignages de foi à la Sainte Eucharistie ; car elles ne sont en réalité que de grands tabernacles destinés à abriter un tabernacle plus petit. La plus modeste église de campagne est plus réellement la maison de Dieu que le temple de Salomon, malgré la splendeur de celuici, malgré les faveurs dont l’avait honoré le Seigneur; parce que la plus modeste église est la résidence du véritable Emmanuel, du Dieu avec nous^ honneur que n’a point eu le temple de Jérusalem, une des sept merveilles du monde ancien. — H y a ceci de remarquable dans nos plus anciennes églises : l’abside, c'est-à-dire la partie qui couvre le tabernacle et l’autel, a presque toujours été construite un siècle ou deux avant la nef, et souvent même avant le chœur. Le Saint-Sacrement était à l’abri; cela suffisait aux fidèles qui se tiraient d’affaire comme ils pouvaient. — Aucune église ou chapelle du diocèse de Chartres n’a été spécialement consacrée au Très Saint- Sacrement ; aucune n’en porte le vocable, comme le Corpus Domini à Rome.
Terminons ce paragraphe par la protestation indignée de saint Fulbert contre ceux qui font du commerce avec
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les choses sacrées. Dans sa lettre 113® (à Hildegaire), il dit : « Comment oser mettre en gage Tautel et le tombeau du Seigneur ? La croix est son autel, et le calice, son tombeau. »
5® Vases sacrés. — La dévotion des fidèles ne se portait pas beaucoup vers les vases sacrés, et il en est encore un peu de même aujourd’hui, sans doute parce que l’usage de ces vases étant exclusivement réservé aux prêtres, les simples fidèles les connaissent assez imparfaitement. Il y avait encore une autre raison dans les temps anciens, c’est que les vases sacrés étaient rarement en métal précieux ; on se servait de vases de plomb, d’étain, de cuivre, de verre, etc. C’est ce souvenir qui inspirait au pieux, mais austère abbé Bourdoise, cette boutade humouristique : « Dans le temps que les calices étaient de plomb, les prêtres étaient d’argent ; maintenant les calices sont d’argent, mais les prêtres sont de plomb. Il ne faut pas prendre cette parole trop à la lettre. Au temps de l’abbé Bourdoise, tous les calices n’étaient pas d’argent ; il est permis de penser que tous les prêtres n’étaient pas non plus de plomb. — A la grande Révolution, quand l’inventaire des vases sacrés eut été suivi de leur confiscation et de leur envoi à la Monnaie, on fut heureux de retrouver encore un certain nombre de ces anciens vases d’une matière prohibée et d^en faire usage. Nos musées en conservent plusieurs.
— En 1415 , une troupe de gens d’armes envahissent l’église de Theuville, et veulent s’emparer des vases sacrés. Les habitants ne craignent pas d’engager avec eux une lutte acharnée. Le document qui nous apprend ce fait ne nous en dit pas l’issue ; nous espérons que force sera restée au bon droit.
— En 1422, l’armée anglaise occupait Chartres. Chefs et soldats croyaient encore à la présence réelle ; ils se firent un
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hoaneur d’offrir au sanctuaire de Notre-Dame de Chartres un magnifique ostensoir, « pièce d’excellente orfèvrerie, toute d’or massif, enrichie de force pierreries », dit Rouillard, un de nos vieux chroniqueurs. Les Anglais d’aujourd’hui seraient fiers de cette générosité de leurs ancêtres, si on pouvait la leur montrer quand on leur ouvre le trésor de notre Cathédrale ; quelques-uns, mal renseignés par les livrets-guides, le demandent encore, mais la Révolution l’a spolié, comme tant d’autres objets de valeur inappréciable.
— En 1492, les gagiers de l’église Saint-André de Chartres font faire « la croix et lanterne où est myse la custode en laquelle repose le Corpus Domini ». On se demande quel vase sacré est désigné par ce mot lanterne. R est probable qu’il s’agit d’un petit tabernacle dans lequel était renfermée la sainte réserve, et qui, suspendu au-dessus de l’autel, ressemblait ainsi aux lanternes avec lesquelles on éclairait alors les rues et les carrefours. R en sera parlé plus loin. (Voir dans les Notes complémentaires d’autres détails eucharistiques concernant cette église.)
6*® Cérémonies. — Un culte suppose des cérémonies. Le culte est la manifestation d’un sentiment religieux, avonsnous dit ; or cette manifestation se fait surtout par les cérémonies. Le culte eucharistique avait trop d’importance dans notre sainte religion pour ne pas inspirer quelquesuns de ces rites, quelques-unes de ces formes extérieures qu’on appelle des cérémonies religieuses. Nous n’avons cependant aucune preuve qu’il ait existé dans notre diocèse quelques cérémonies spéciales en l’honneur du Saint- Sacrement, avant la Fête-Dieu (1).
(1) Angers et le Mans avaient des processions du Saint-Sacrement, avant l’institution de la Fête-Dieu. Le diocèse de Chartres, ayant des confréries du Saint-Sacrement dès cette époque, devait avoir aussi des cérémonies analogues.
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Cette fête, établie en 1248, étendue à toute l’Europe en 1264, n eut sa première procession solennelle qu’en 1318. Trois ans après seulement, en 1321, cette procession eut lieu à Chartres pour la première fois. Cet empressement à adopter la nouvelle cérémonie fait honneür à la dévotion des Chartrains pour la Sainte Eucharistie.
En 1320, le Concile de Sens avait accordé des indulgences à ceux qui suivraient pieusement cette procession. On sait combien les populations catholiques, en ces siècles de foi, se montraient avides de gagner des indulgences ; mais nos pères n’avaient pas besoin de ce stimulant pour aimer la hête-Dieu, leur dévotion pour le Saint-Sacrement suffisait pour les entraîner spontanément à une cérémonie qui charmait leurs yeux et réjouissait leur cœur chrétien.
Les processions religieuses furent, dans tout le moyenâge, et longtemps encore après, une des attractions les plus irrésistibles pour la piété populaire. A notre époque, avec notre foi beaucoup plus froide, beaucoup moins démonstrative, nous nous faisons difficilement une idée de Tempressement avec lequel tout le monde se portait alors à ces cérémonies, à ces marches solennelles où chacun était heureux de faire acte de religion au grand jour. Tout était matière à procession, et toute procession était assurée d’avance de réunir une assistance nombreuse. Aussi quand on eut Theureuse pensée d’honorer, par une procession solennelle, le Dieu de l’Eucharistie, ce fut une joie universelle dans toute les classes de la société catholique, et cette joie se manifesta par l’ardeur avec lequel chacun coopéra à donner à la cérémonie tout l’éclat et toute la pompe possible. « Il n’y a rien de trop pour le bon Dieu » ; tel était le mot d’ordre général. Quoiqu’ils n’eussent pas à leur disposition toutes les ressources que nous avons aujourd’hui, nos pères savaient célébrer la Fête-Dieu avec une splendeur que nous aurions de la peine à égaler. Les fidèles de
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Chartres étaient] ustement émerveillés, quand ils voyaient défiler, dans leurs rues alors trop étroites, les nombreuses corporations de métiers avec leurs insignes distinctifs et rimage de leur patron, les confréries non moins nombreuses avec leurs bannières et bâtons, la milice municipale et parfois la troupe, les corps constitués et les échevinS;, premiers magistrats de la vaille, tous en costume de cérémonie, le clergé des onze paroisses de la ville et de la banlieue, les soixante-douze chanoines avec les prêtres et les clercs du haut et du bas chœur, les chantres et musiciens, les enfants de chœur couronnés de chapeaux d’œillets, et, parmi tout ce cortège, des croix, des torches ardentes, des reliquaires ; enfin le dais avec ses panaches et ses garnitures frangées d’or, porté par les quatre plus jeunes chanoines, accompagné des notables de la ville. Avec quel pieux respect ils regardaient et adoraient la petite Hostie^ abritée sous ce dais, à Thonneur de laquelle avait été provoquée cette manifestation de foi et d’amour ! On pouvait donc dire en toute vérité que la fête du bon Dieu (1) était en même temps une fête pour tout son peuple.
Il fallait que tout le monde rendît hommage à Jésus- Christ qui daignait passer par les rues de la cité. Le théâtre de quelque comédien se trouvait-il sur le parcours, on le renversait. Un malotru s’avisait-il de rester couvert, on le condamnait à une amende. Une amende aussi punissait la négligence de ceux qui n’avaient pas balayé devant leur porte, ou qui n’avaient pas orné de draps la façade de leurs maisons. Quand un de nos rois visitait quelqu’une de ses bonnes villes de province, on lui fai-
(1) Expression par laquelle, jusqu’en ces derniers temps, le peuple désignait la fête du Saint-Sacrement. Quand le Concordat de 1801 renvoya au dimanche suivant cette fête ainsi que plusieurs autres, les fidèles furent longtemps à se consoler de ce qu’on avait changé la fêle au bon Dieu, qu’on avait toujours célébrée, avec grande dévotion le jeudi où la célèbre encore toute l’Eglise catholique, sauf la France
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sait une splendide réception ; les fidèles voulaient faire mieux encore pour honorer le passage du Roi des rois.
Cette solennelle procession de la Fête-Dieu ne revenait qu’une fois par an ; mais, au cours de l’année, d^autres processions moins imposantes venaient donner satisfaction à la piété des fidèles. Il en était ainsi aux Quatre- Temps, le premier dimanche de chaque mois, et dans quelques circonstances exceptionnelles. Mais la pratique de dévotion la plus fréquente était le salut du Saint-Sacrement ; c’était là aussi une dévotion éminemment populaire. Les saluts étaient rhultipliés à tel point qu’aujourd’hui on crierait à la profusion. Les fidèles des temps passés ne raisonnaient pas ainsi ; ils étaient pour ainsi dire insatiables de tout ce qui était destiné à honorer la Sainte Eucharistie. D’après un manuel de piété du cotnmencement du XVIIP siècle, il y avait en une seule année, dans toutes les églises et chapelles de Chartres, près de 500 saluts du Saint-Sacrement, avec exposition bien souvent, et parfois avec sermon ; c’étaient presque deux saluts par jour qui s’offraient à la dévotion des chartrains, sur un point ou sur un autre de leur ville.
Une pratique pieuse qui fut aussi en grand honneur dans le diocèse, ce fut l’adoration des Quarante-Heures. C’est à la piété de M. Bourdoise, prêtre du diocèse de Chartres, qu’on doit son introduction en France, car avant lui elle n’était connue qu’en Italie. Grâce aux efforts de son zèle, elle se propagea rapidement. L’assistance y était aussi nombreuse qu’aux grandes solennités. On 3^ avait recours pour les calamités publiques, et quand on avait quelque grâce à obtenir pour la famille royale.
L’Adoration perpétuelle, qu’on a ressuscitée de nos jours, était connue et pratiquée anciennement. Une note que j’ai sous les yeux dit ceci : « En 1658, les églises du diocèse adoptent unanimement l’Adoration perpétuelle, dans les campagnes, aussi bien que dans les villes. Commencée à 6 heures du matin, elle se prolonge jusqu’à
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6 heures du soir ; les ecclésiastiques et les religieux continuent Tadoration pendant la nuit. »
7® Confréries. — De nos jours un mouvement très accentué porte la classe populaire vers V Association ; les syndicats et les mutualités sont à l’ordre du jour. Nos ancêtres avaient, bien longtemps avant nous, compris Futilité, disons mieux, la nécessité de l’association. Ils s'associaient pour leurs intérêts matériels et formaient ces corporations que la grande Révolution a détruites, comme tant d’autres bonnes choses de l’ancien temps ; ils s’associaient pour leurs intérêts spirituels, en se formant en confréries.
Les confréries du Saint-Sacrement, si nombreuses dans le diocèse depuis le XVL siècle, étaient affiliées à celle qui fut établie à Rome en 1539 dans l’église de Sainte-Marie de la Minerve. Mais l’existence d’une semblable confrérie est constatée sur la paroisse Saint-André de Châteaudun en 1152, et certainement elle fut établie avant cette date (I). Cette confrérie aurait donc précédé de quatre siècles la grande archiconfrérie romaine.
L’établissement de la Fête-Dieu dut favoriser Fétablissement des confréries du Saint-Sacrement ; mais nous n’en avons pas de preuves. Ce fut l’apparition du protestantisme qui donna un véritable élan à ces associations religieuses; les catholiques y recoururent pour protester contre lesblasphèmes et les profanations dont l’Eucharistie était l’objet de la part des prétendus réformés. La condamnation de Luther est de 1520; la confrérie la plus ancienne que nous ayons à signaler à celte époque est de 1526. D'autres suivent assez rapidement, et le mouvement se continue pendant le X VL et le X VIL siècles, de manière
(1) Au siècle suivant, dans un conüit de préséance entre les chanoines de Saint- André et les religieux de la Madeleine, ceux-ci reprochent à leurs adversaires leur origine peu ancienne : « C’est en 1211 seulement que vous avez été établis, pour remplacer une simple confrérie du Saint-Sacrement. » Il n’existe probablement aucune trace de confréries plus anciennes.
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qu’à la fin de ce dernier toute église de quelque importance avait sa confrérie du Saint-Sacrement. Souvent, dans les campagnes, cette confrérie avait un double but, par exemple, à l’honneur qu’elle se proposait de rendre à l’Eucharistie, elle joignait le soin des malades ou la charge des funérailles, et alors un second patron était ajouté au Saint-Sacrement. Dans ces petites paroisses, on n’aurait pas trouvé assez de membres pour organiser deux confréries distinctes, tandis qu’une confrérie unique, avec un double but, permettait de réunir une quantité suffisante de personnes de bonne volonté pour qu’elle pût s’établir, se recruter et vivre de sa vie propre.
Vers 1630, se fondait à Paris, sous le nom de Compagnie du Saint-Sacrement, une association qui avait pour but d’empêcher les scandales, de faire la guerre au luxe et au libertinage, et de pourvoir au respect du saint lieu. Elle différait essentiellement, comme on voit, de nos confréries du Saint-Sacrement (1). Elle s’établit à Chartres en 1653; c^est tout ce que nous en savons. ^
Les plus annciennes confréries du Saint-Sacrement que nous trouvions, après celle de Saint- André de Châteaudun, sont celles de la Chaussée d’Ivry (1526, avant celle de Rome), de SainLMaurice de Chartres (1539, même année que l’archiconfrérie romaine), de Notre-Dame du Marais à Nogent-le-Rotrou (1548), de Sainte-Hilaire de Chartres (1550), etc. Elles s’établirent en suite partout successivement au XVIP et au XVIIP siècles. Disparues par le fait de la grande Révolution, on les voit reparaître plusieures années seulement après la réorganisation des paroisses, en 1815 à Saint- Lubin-des-Joncherets, en 1818 à Sainte-Christine, en 1827 à Dreux. C’est aussi en 1827 qu’elle a été érigée dans l’église Notre-Dame de Chartres, par les soins de M. l’abbé Teyssier, et affiliée à la confrérie du Saint-Sacrement établie dans l’église de Bonne-
Ci) Etudes religieuses des R. P. Jésuites. Novembre 1888.
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Nouvelle à Paris. Cette confrérie est florissante et se distingue, non seulement par le nombre, mais aussi par le zèle eucharistique de ses membres qu’on connaît à Chartres sous le nom de Dames du Saint-Sacrement.
Comme il a été dit en commençant, ce mémoire avait pour but de montrer que nos ancêtres de la Beauce et du Perche avaient, pour la Sainte Eucfiaristie, une dévotion qui aimait à se manifester par un culte conforme à l’esprit de l’Eglise catholique. Les faits qui viennent d’être signalés le prouvent d’une manière irrécusable. Assurément ces faits auraient pu être plus nombreux, mais ce travail déjà bien long aurait été allongé encore. Ceux qui néanmoins voudraient encore d’autres preuves à l’appui en trouveront dans la Voix de Notre-Dame de Chartres (année 1910, supplément pp. 349, 407, 427). Le culte eucharistique est un des sujets que la plume inlassablement féconde de M. l’abbé Guillon a abordés ; il lui a consacré trois articles qu'on lira avec intérêt. Pour ne pas surcharger le texte du mémoire, on a rejeté en appendice quelques notes qui pourront servir aussi de preuves ou de pièces justificatives (1).
NOTES SUPPLÉMENTAIRES [. — Matière eucharistique
La dévotion des fidèles envers la Sainte Eucharistie ne pouvait pas oublier le pain et le vin nécessaires au saint Sacrifice de la messe; aussi n’est-il pas rare de les voir
(1) Le plus g'rand nombre de ces notes sont empruntées aux anciens reg-istres paroissiaux ; leur provenance n’est indiquée que quand elle a une autre source. Dans une œuvre d’érudition, on ne saurait fournir trop de références; ce travail n’a aucune prétention à l’érudition; il est destiné seulement à donner, à ceux qu’intéressent les souvenirs religieux, une çertaine notion d’uu passé qui ne peut que les édifier,
mentionnés dans les fondations pieuses. Il est bon de remarquer toutefois que certaines de ces fondations, faites pour permettre aux fabriques d’acheter du vin, ne visent pas le vin de la messe. Leur texte l’indique clairement, car elles sont faites pour le vin de Pâques^ pour le vin de la communion pascale^ pour présenter le jour de Pâques le vin aux fidèles qui venaient de communier. Ce n’était donc pas du vin destiné à la communion, mais c’était une gracieuseté que la fabrique faisait à ceux qui venaient d’accomplir le devoir pascal. Naguère encore certaines fabriques étaient soumises à une redevance de même nature, mais pour une cause bien différente. Quand les moissonneurs d’une ferme apportaient à l’église, après la moisson, une gerbe parée, fleurie, faite de blé choisi, qu’on appelait la grosse gerbe, la fabrique leur donnait pour leur peine un litre de vin.
Ce vin de Pâques, souvenir probable de la communion sous les deux espèces, est signalé dans les documents d’une manière très sommaire, ce qui ne nous permet pas de donner des détails sur le lieu et le moment où avait lieu la distribution. Quelques paroisses conser\^èrent cet usage jusqu’à la Révolution. (Archives diocésaines. Pièces détachées, I, p. 25).
1485. — Henri de Fresnoy, seigneur de la Forçonnerie (Unverre), donne à des particuliers quatre arpents de terre, à condition de fournir un verre de vin aux communiants de la paroisse, le jour de Pâques. Le champ s’appelle encore aujourd’hui le champ du vin. (Bulletin de la Société dunoise, X, p. 302).
1570. — D’après les archives de la fabrique de Dampierresous-Brou, les marguilliers faisaient présenter du vin, le jour Pâques, aux fidèles qui venaient de communier.
1621. — Le Livre de bois de saint André contient plusieurs mentions du vin de Pâques. A une époque assez reculée cju’on ne précise pas, Jean Grerntain dit Boileau avait,
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donné à la fabrique de Saint-André de Chartres trois arpents de vigne, près de la fontaine de Luisant, fondant ainsi « le vin qu’il faut pour administrer le jour de Pâques, et pour ce faire il ordonna estre baillé par le chapitre de céans deux barils de vin, chacun baril contenant 28 pots, et s’il n’en falloit autant, vouloit que le résidu fut donné aux pauvres ». La veille de Pâques, le procureur du chapitre convoquait les gagers, qui eux-mêmes appelaient quelques paroissiens, pour goûter le vin qu’on devait distribuer le lendemain. Le 5 novembre 1621, une transaction avec les chanoines, permet à ceux-ci de donner aux gagers 8 livres par an, au lieu du vin prescrit, cette somme étant « suffisante pour acheter du meilleur vin du plus haut prix qu’il puisse être ».
1652. — La femme Jouin lègue à la fabrique de Frazé un setier de blé de rente payable à Pâques-Fleuries pour servir à faire les pains de la communion pascale. (Archives de Frazé.)
Fête-Dieu.
Quand au XIV^ siècle fut établie la Fête du Corps du Seigneur, si populaire sous le nom de Fête-Dieu, la France fut une des premières nations catholiques à l’adopter et à la célébrer avec une pompe extraordinaire. Le diocèse de Chartres montra un pieux empressement à entrer dans ce mouvement eucharistique, si l’on peut s’exprimer ainsi, et cette fête fut aussitôt en grand honneur jusque dans les plus humbles paroisses. Les membres des confréries du Saint-Sacrement la considéraient comme leur
(l) ün seigneur de la Patrière-Lenfant, qui appartenait sans doute à la famille beauceronne de ce nom, légua à la fabrique d’Ahuillé (Mayenne) une rente annuelle d’un couteret de vin de 25 pots pour la communion du jour de Pâques. {Revue du Maine, I. p. 622).
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fête patronale, et ils n’épargnaient ni leurs économies, ni leurs ornements, ni leurs personnes pour lui donner plus de solennité. Un seul jour ne suffisait pas à satisfaire la piété des fidèles ; pendant toute l’octaxe, le Saint-Sacrement était exposé au moins pendant la messe, et le salut était donné chaque soir à une assistance toujours nombreuse. On y accourait des hameaux, et il y a 40 ans encore dans beaucoup de paroisses de Beauce, les cultivateurs y amenaient en voiture le personnel de la ferme. Dans les paroisses de quelque importance, il y avait sermon tous les soirs, et des fondations furent faites pour aider les fabriques à en supporter les frais. Quand les documents anciens font mention de Voctave sans autre indication, c’est de l’octave du Saint-Sacrement qu’il est question. ^
1562. — La ville de Chartres fournit aux officiers du roi et aux échevins, pour la procession du Saint-Sacrement, 24 bonnets et 32 torches avec écusson aux armes de la ville. On donnera des torches à Messieurs d’Eguilly, gouverneur de la ville, du Châtelet et de Thou ses lieutenants ; chaque torche du prix de 20 sous tournois (Registre des échevins de Chartres).
1569. — • Malgré les troubles causés par les huguenots, la procession du Saint-Sacrement aura lieu avec la solennité habituelle. (Ibid).
1577. — Les sergents royaux conduiront la procession du Saint-Sacrement, et recevront des bâtons peints aux couleurs de la ville et aux armes du roi. La torche donnée à M. de Vassé d’Eguilly portera ses armes et celles de la ville. (Ibid.)
1591. — Pendant le siège^ M. l’Evêque dit la messe du Saint-Sacrement pour la délivrance de la ville (24 février), et chaque jour dans la cathédrale on fait deux processions dans l’église haute et dans l’église basse. Les fidèles y assistent avec grande dévotion. (Ibid).
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1616, — Robert Boeste, doyen du chapitre, fonde en la cathédrale les sermons pendant l’octave du Saint-Sacrement. (Dignitaires de N.-D. p. 24.)
1657. — A la bouquetière, pour avoir fourni les chapeaux de fleurs aux enfants de chœur...., plus deux chapeaux d’œillets pour le Saint- Sacrement, 9 livres. (AD. G. 420.)
1657. — Par décision du chapitre, les quatre chanoines prêtres derniers reçus porteront le dais à la procession du Saint-Sacrement. (AD. G. 300.)
1666. — 3 livres à J. Cornu, tapissier, pour tendre, détendre, et nettoyer les tapisseries pendant l’octave du Saint-Sacrement. (Comptes de la ville de Chartres.)
1685. — Messire Gouin, curé de Frétigny, demande par testament que MM. les curés, ses successeurs, chantent canonialement l’office divin au chœur de l’église de Frétigny, durant l’octave du Saint- Sacrement, et célèbrent tous les jours durant iceluy une messe haute en l’honneur de ce divin mystère. (Inventaire de la fabrique de Frétigny, 1781).
1728. — Ordre est donné aux officiers du bailliage de Maintenon d’assister en habits décents et en corps à la première Fête-Dieu (Archives départ. B. 343b
1790. — Le jour de la procession générale de Poctave de la Fête-Dieu, les habitants étaient obligés de tendre des toiles à la hauteur du premier étage, dans les rues ou passait le Saint-Sacrement. Le 24 avril, un grand nombre d’habitants pétitionnent pour en être dispensés. Le Conseil Général ajourne indéfiniment sa décision. Toutefois, le 27 mai, il prend un arrêté provisoire que les toiles ne seront pas tendues, attendu la circonstance de la Fédération et la quantité de monde qui s’y trouvera », mais pour cette année seulement, sauf à statuer au définitif sur l’ajournement prononcé. (Registre du Conseil Général).
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1791. — 27 mai. Le Directoire du Département accorde 3 livres à la fabrique de Saint-Maur-sur-le-Loir pour droit de jonchée dû par l’abbaye de Bonne val. (Registre du Directoire^ T. iv). Cette jonchée était destinée à la Fête- Dieu.
1793. — 24 mai. La commission chargée dé l’administration de la fabrique Notre-Dame a requis le Conseil Général de statuer de quelle manière se ferait la procession qui doit avoir lieu jeudi prochain. — La procession se fera suivant l’usage ; autorisation est donnée à la commission de faire publier dans la ville les endroits par lesquels elle passera et d’inviter les citoyens à tendre leurs portes ; elle est autorisée également à faire faire les reposoirs nécessaires. (Registre du Conseil Général de la Commune). ^
Nota. — Ceux qui désirent des détails plus complets sur les anciennes processions du Saint-Sacrement à Chartres les trouveront dans un article de M. l’Abbé Guillon dans la Voix de Notre-Dame de Chartres, 1902. Supplément, p. 379.
Saluts du Saint-Sacrement.
1594. — Le jour de Pâques de cette année, quelques cavaliers arrivaient dans l’après-midi à Châteaudun et se présentaient à l’église de la Madeleine, demandant à assister à la messe. Sur l’observation du curé que l’heure de dire la messe était passée, celui qui commandait pria de faire quelque autre office qui leur permit d’honorer Dieu, en un jour aussi solennel. Le curé, qui venait de reconnaître dans son interlocuteur le roi Henri IV, répondit qu’il pouvait célébrer un salut du Saint-Sacrement. Le roi ayant accepté, on fit une cérémonie très solennelle, qui, bien qu’improvisée, réunit une nombreuse assis-
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tance. La tradition s'en est conservée à Châteaudun, et depuis plus de trois siècles, le jour de Pâques de chaque année, on célèbre à la chute du jour \e salut de Henri IV, avec toute la solennité possible.
1671. — Fondation par Marguerite Robillard, dame d’Armenonville-Fleuriau et M**® Daniel Guillemin, d’un salut du Saint-Sacrement par mois, et exposition le jour de la fête de saint Pierre, à cause du concours et affluence qui s’y rencontre le dit jour. (Chronique d’Armenonville p. 205).
1606. — Augustin Le Prévost deBrevannes, doyen du chapitre de Notre-Dame, fonde un salut en la cathédrale le jour de saint Augustin. (Dignitaires deN.-D, p. 23).
1684. — Elie Fougeu d’Escures, doyen du chapitre, fonde en la cathédrale un salut le jour de la Pentecôte, et un autre le jour de l’Assomption. (Dignitaires de N.-D.,
Vases sacrés et instruments eucharistiques.
Les vases sacrés n’attirant pas l’attention des fidèles comme certains autres objets du culte, ils ont été assez rarement l’objet de leurs libéralités. Mais dans les églises riches, les marguilliers se faisaient un point d’honneur de traiter avec magnificence le Corps adorable de Notre-Seigneur. On peut donner comme modèles en ce genre les gagiers de l’église Saint-André à Chartres. Cette paroisse, remarquable par sa grande dévotion en v^ers le Saint-Sacrement, a été citée déjà pour d^autres chapitres, elle se distingue encore pour celui-ci, comme le prouvent les extraits suivants du Livre de bois de V église Saint-André. (Archives Métais. Pièces détachées. I, p. 22 et seq.)
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1420. — Achat d’un calice d’argent pesant 2 marcs, 2 onces, 2 gros pour 46 livres 5 sous.
1427. — Achat de la taxe d’argent du tabernacle pour administrer. (Probablement une tasse pour les ablutions, ou encore un ciboire, pour porter le saint viatique. C’est sans doute la même qui est signalée ainsi en 1457 : « fut myse à point la petite custode du maître-autel » (p. 26).
1431. — Un calice d’argent pesant 11 onces est acheté des gagiers de Gastelles.
1458. — Le sacraire ou tabernacle de Saint-Nicolas (église à côté de Saint-André) fut fait à fleurs de lys d’or et les armoires du sépulchre du dit lieu.
1459. — Le ciel de la Fête-Dieu fut acheté 13 écus. (C’est probablement le baldaquin qui servait à l’exposi' tion du Saint Sacrement que l’on désigne ainsi ; à moins que ce ne soit le dais qui servait à la procession. Ce qui rend plus probable cette dernière signification, c'est cette note consignée plus loin : « L’an 1467 furent peints les bâtons de la croix et du ciel de la Fête-Dieu et coûtèrent 22 sols 6 deniers). »
1491. — L’église Saint-André fut volée cette année-là. Parmi les objets enlevés on signale plusieurs calices et les sanguines, petits chalumeaux d’argent qui avaient été en usage au temps où l’on communiait sous les deux espèces, et de plus l’ostensoir dont il a été parlé plus haut, au paragraphe des miracles eucharistiques. Ce passage mérite d’être reproduit littéralement à cause de sa singularité : « Et pareillement emportèrent le sacraire ou couppe d’argent doré, ou pied duquel sont les appoustres, d’ung cousté une verrière de cristal et l’austre cousté l’ymaige de saint Xristofle, ouquel on porte le sainct Sacrement de l’ouctel, le jour de la Feste-Dieu, laquelle verrière ne fut oncque rompue, combien que les dicts malfaiteurs s’efforcèrent ce faire pour plyer ledict joyau, ainsi qu’ils
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confessèreat, qui fut réputé quasi pour miracle. « On a peine à reconnaître l’ostensoir sous ces noms et dans cette description; ce ne peut être que lui cependant, et il est étonnant qu il n’ait pas été appelé soleil ou monstrance^ comme on le faisait alors,
1555. — « Fut la coupe étant au cœur, en laquelle se reposait le divin et précieux corps de Notre-Sauveur et Rédempteur Jésus-Christ, dérobée et fut la sainte hostie recherchée sans être trouvée. Fut faite la procession du Saint-Sacrement le lendemain en réparation. »
1568. — Donné un petit calice d’argent légué par feu Messire Pierre Baunier, originaire de Chartres, chanoine de Sainte-Croix d’Orléans.
1606. Les gagiers ont fait faire le ciel de toile blanche ouvrée qui se met en carême au-dessus du maître-autel, un petit de même étoffe sur le ciboire.
1608. — (( Les gagiers ont fait faire de menuiserie, étoffer, peindre et dorer un sacraire en forme de dôme, qui se met sur le maître-autel pour y poser le corps de Notre- Seigneur Jésus-Christ (ceci peut désigner le thabor ou plus probablement le tabernacle). Davantage ont fait faire en rotondité et forme de soleil le Porte- Dieu au quatretemps et à la Fête-Dieu, et fait dorer icelui d’or ducat. »
1619. — « Les gagiers ont acheté un calice d’argent doré, ciselé, pesant 3 marcs 1/2 et J gros, revenant, à raison de 34 livres le marc, à 119 livres 11 sous, 6 deniers; ont fait faire un couvercle d’argent, doré à la coupe, servant à la communion, et refaire la patte d’icelle, gravé en icelle l’image de saint André et une croix au-dessus. »
1714. — Une souscription faite dans la paroisse de Saint-Saturnin de Chartres permit aux gagers d’acheter pour leur église un soleil qui coûta 1400 livres. En consignant cette acquisition dans le registre paroissial,
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thurin Marie, neveu et successeur du pieux Gilles Marie, fait la remarque suivante : « Les plus pauvres ont donné plus que les riches ; les artisans , les servantes , les pauvres herbières qui vendent des herbes à la porte de l’église, ont plus fait voir leur foy que les plus notables de la paroisse. »
Peintures et verrières eucharistiques
Les tableaux anciens sont rares dans nos églises, et ceux qu’on y trouve ne remontent généralement qu’au XVII® et au XVIIL siècles, époque où le jansénisme en glaçant les âmes avait ralenti considérablement la dévotion eucharistique. Il n’est donc pas étonnant que nous n^ayons à signaler aucun document se rapportant à des tableaux eucharistiques. Une église de campagne pourtant, celle de Bleury, possède une fresque assez rudimentaire du XV® ou du XVP siècles, représentant la messe de saint Grégoire-le-Grand, sujet quijouit d’une certaine notoriété dans le monde archéologique ; mais il est plus commun à l’étranger qu’en France. On y voit un prêtre agenouillé devant un autel, et élevant au-dessus de sa tête une hostie, pendant qu’à ses côtés deux personnages, également à genoux, les mains jointes, se tiennent dans l’attitude de l’adoration. Au-dessus de l’autel, un quatrième personnage, au front entouré d^une auréole, les brasrepliés sur la poitrine, semble sortir d’un nuage.
Nous emprunterons l’explication de cette scène au journal le Pèlerin (juillet 1888) : « On rapporte qu’un jour saint Grégoire-le-Grand priva de la communion une femme qui souriait en s’y présentant. Cette femme lui ayant avoué qu’ayant pétri elle-même le pain offert à l’autel, elle ne pouvait en l’entendant dire : « C’est la chair de Dieu », croire ses paroles. Le saint alors invoqua
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Dieu et le pain prit soudain l’aspect de la chair; la vue de ce miracle dissipa l’incrédulité de cette femme ».
Tel est le fait qui a donné lieu aux représentations appelées la Messe miraculeuse de saint Grégoire-le-Grand .
L’église de Tréon possède un tableau qu’on peut ranger parmi les peintures eucharistiques. Saint Martin y est représenté célébrant la sainte messe, pendant qu’une main rayonnante s’étend au-dessus de sa tête. Cette représentation conviendrait mieux à saint Honoré qu’à saint Martin, car un trait de la vie du saint évêque d’Amiens nous montre cette main bénissante pendant le saint sacrifice. Une gra- -x vure connue sous le nom de Messe de saint Martin représente ce saint à l’autel, illuminé par un globe de feu. Cette gravure, comme le tableau de Tréon, fait sans doute allusion à la messe où saint Martin; revêtu d’une cappe à peine bonne pour un mendiant, eut la tête entourée d’un globe de feu qui lui formait comme une chevelure de flamme, pendant que la cappe étincelait de pierreries. Cette cappe devint une relique qui accompagnait nos rois dans leurs voyages, et pour laquelle ils édifièrent un oratoire qui fut appelé capella, d’où vint notre mot chapelle (1).
Nous ne sommes pas plus riches en vitraux eucharistiques qu’en tableaux. Comment expliquer que, parmi les 170 verrières de notre insigne cathédrale, il n’y en ait pas une seule qui offre la plus minime allusion à l’Eucharistie? (2) Los artistes trouvaient-ils que ce sujet ne leur permettait pas de donner carrière à leur imagination, leur semblait-il trop mystique, ou encore y avait-il défense de prendre pour thème de leurs travaux une matière aussi immatérielle ? Je constate le fait, sans essayer d’en donner l’explication.
(1) Le tableau du maître-autel de l’ég-lise Saint-Martin de Broué doit être une reproduction de cette messe miraculeuse.
(2) La statuaire n’est pas mieux partagée sous ce rapport que la vitrerie; on ne peut signaler aucune statue qui, de près ou de loin, ait quelque rapport avec le sujet de ce travail.
Outre la verrière signalée plus haut, comme destinée à conserver le souvenir d’une fondation eucharistique dans Téglise Saint-André de Chartres, A^errière détruite aujourd’hui, il existe dans le diocèse une autre verrière consacrée à l’Eucharistie. Elle se trouve dans l’église de Nogent-le-Roi, et mérite par son importance pour notre sujet une description détaillée. Cette description nous est fournie par le docteur Paul Durand, archéologue et artiste chartrain de grand mérite [Mémoires de la Société Archéologique d' Eure-et-Loir , I. p. 242.)
« (Cette fenêtre) nous ihontre une suite de petits médaillons représentant des miracles ayant rapport à l’Eucharistie et à la présence réelle de Notre-Seigneur dans ce sacrement. Ainsi l’on reconnaît l’histoire de ce juif qui s'étant procuré une sainte hostie la perce à coups de couteau et en voit jaillir du sang; celle de ce payen, qui, passant avec orgueil et mépris devant un prêtre portant le saint viatique, voit son cheval s’agenouiller avec respect devant ce prêtre (1); celle d’un autre j uif qui jeta une hostie dans une chaudière d’eau bouillante ; beau se change en sang, et en l’air apparaît une croix sur laquelle Jésus-Christ est attaché; le juif frappé de terreur confesse son crime et l’expie par sa mort. On distingue dans la même fenêtre un tableau composé de la manière suivante : trois personnages arrivent dans une prairie et témoignent un grand étonnement ; ils considèrent des ruches de mouches à miel posées sur une table, ainsi qu’un petit édicule dans lequel on aperçoit un calice: des abeilles sont disséminées çà et là. » — La description est ici interrompue par un texte en vieux français qui donne l’explication de cette scène. Des voleurs ayant dérobé des hosties consacrées crurent s’en débarrasser, en les dé-
(1) Ce miracle est plus probablement emprunté à la vie de saint Antoine de Padoue, qui fit fléchir les genoux au mulet d’un hérétique, en lui présentant le Saint-Sacrement, et convertit ainsi cet incrédule.
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posant dans une ruche ; mais les abeilles firent tel tapage que le propriétaire de la ruche alla chercher son curé. La ruche levée, ils trouvèrent les hosties enfermées dans un ciboire que Ton porta dévotement à l’église. Un autre récit du même texte dit qu’en Provence un prêtre laissa tomber une hostie consacrée en passant dans un pré ; il ne put la découvrir malgré ses recherches, mais, quand on faucha le pré, on la trouva dans une chapelle de cire, sur une patène et un calice que des abeilles avaient faits de leur ouvrage. « Encor i est cette chapelle, ajoute le vieil auteur, en une église guardée révéralment. » Des inscriptions gothiques, à peu près illisibles, accompagnent ces médaillons.
Tabernacles.
Le respect de l’Eglise envers l’auguste Sacrement de nos autels lui a toujours inspiré la plus vive sollicitude, pour le mettre à l'abri des injures du temps et de la malice des hommes. Le lieu où se réunissaient les fidèles était naturellement désigné pour le conserver, mais^ même en ce lieu sacré, il devait être protégé contre des irrévérences possibles. On le renferma d’abord dans un coffret auquel on donna la forme de colombe, que l’on suspendait ordinairement sous un baldaquin supporté par des colonnes appuyées sur l’autel. Ce baldaquin, appelé ciborium, en abritait parfois un plus petit appelé periterium ou colombaire, qui couvrait la colombe eucharistique en l’enveloppant. On constate l’existence de ces colombes depuis le IV® siècle j usqu’au X VIP. Notre abbé Thiers qui écrivait en 1677, en parle comme d’un usage abandonné : « Il y en avait un au-
trefois(un tabernacle en forme de colombe) dans l’église
de Jolans (pour Jallans) près Château-Dun et dans plusieurs autres, J’ai vm une de ces colombes parmi les reliques de saint Luperce à 3 lieues de Chartres. Elle est
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de cuivre rouge, émaillé par endroits; vers le milieu du corps, elle a comme une petite boëte ronde, creuse environ d’un demi-doigt, dorée par le dedans, et ouverte par dessus le dos entre les deux ailes, avec un petit couvercle aussi de cuivre rouge. » [Traité de V Exposition du Saint-Sacrement de Vautel, 4*^ édition, I. p. 37.) Cet auteur parle aussi de ciboires comme ceux qui sont en usage aujourd’hui, et qui auraient été enfermés dans des colombes, c’est-à-dire dans des tabernacles faits en forme de
colombes, et encore de ciboires qui auraient été suspendus au milieu des autels, sous de petits pavillons qui les auraient recouverts de toute part, « ainsi que nous en voyons, dit-il, dans les principales églises de France, où par une providence toute particulière de Dieu, l’on conserve religieusement cette sainte et ancienne céré^ monie ». Il dit enfin : « Dans quelques églises comme dans celle de Chartres, le Saint-Sacrement est suspendu au milieu des autels ; il y a des colombçs au-dessus des pavillons qui couvrent le ciboire dans lesquels est renfermé le Corps de Jésus-Christ ; mais on ne peut dire pour cela que ce soient des tabernacles, parce qu’elles ne contiennent pas la Sainte Eucharistie. » Il y eut aussi des tabernacles représentant un petit édifice à six colonnes ; d’autres enfin étaient en forme de tours et on leur en donnait le nom (1).
M. l’abbé Bulteau, dans la Monographie de la Cathédrale
(1) En 1577, Philippon, chanoine de Sainte-Croix d’Orléans, fait don à la cathédrale d’Orléans d’un tabernacle appelé columna seu turris aenea in quà asservatur SS. Sacramentum. {Les Chanoines de Sainte-Croix d'Ortéans par Cuissard, p. 140)
Le Livre de bois de Saint-André, nous l’avons dit, paraît faire allusion à un tabernacle ainsi suspendu ressemblant beaucoup à une lanterne. Le même livre dit qu’en 1497 les gagers avaient ôté le sacraire de dessus l’autel, mais qu’il fut remis ensuite par Guillaume Haligre et ses compagnons, probablement des charpentiers. Cela semble indiquer un travail de quelque importance, il ne s’agirait donc pas du tabernacle suspendu qui pouvait se placer et se déplacer facilement.
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de Chartres a inséré (t. i, p. une gravure représen-
tant un maître-autel restitué d’après les modèles de l’époque ogivale. Le ciboire y est suspendu à une tige terminée en volute comme une crosse, et il affecte la forme d’un petit édicule gothique à six pans.
En notre diocèse de Chartres, ces dernières formes ne paraissent pas avoir été beaucoup en usage. Dans les églises de campagne, on enfermait ordinairement la sainte réserve dans de petites armoires creusées dans la muraille de l’abside, non loin de l’autel. Presque toutes nos églises de Beauce ont été restaurées depuis 50 ans, et dans la plupart on a trouvé ces armoires ou sacraires, dissimulées derrière les boiseries, ou bouchées très sommairement par une maçonnerie.
Depuis plusieurs siècles déjà les ciboriums, colombes et tours eucharistiques ont fait place aux tabernacles, invariablement placés au milieu de l’autel. En bois pour la plupart, ils ont favorisé la construction de ces immenses bâtis de menuiserie, qui, sous le nom de rétables, ont fait, presque jusqu’à nos jours, l’admiration de nos pères et l’ornement de nos églises. La restauration de ces églises d’après des principes plus conformes à leur architecture a amené la disparition de la plupart de ces rétables, mais il en reste quelques spécimens qui conservent le souvenir d’un engouement que l’on a peine à comprendre aujourd’hui. Presque toujours les tabernacles, auxquels les rétables servaient d’encadrement, étaient eux-mémes travaillés avec beaucoup d’art. On citait comme des modèles du genre les tabernacles d’Arrou, d’Autheuil, de Baignolet, de Beauvilliers, de Combres, de Lumeau, etc., dontquelques uns sansdouteontété remplacés par d’autres plus au goût du jour. Les autels modernes, avec des tabernacles de même style, sont gothiques ou romans, selon le genre adopté pour la restauration. Quelques-uns sont en marbre, comme à Saint-Aignan de Ciiartres, ou en pierre comme à Jouy ; mais la plupart sont en terre
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cuite ou en céramique, et généralement décorés de peintures polychromes. On reproche à ceux-ci de n’être pas artistiques, mais ils sont très décoratifs, et c’est là surtout ce qu"on leur demande. Comme le reste du mobilier des églises, comme les églises elles-mêmes, ils sont aujourd’hui séquestrés ; on en laisse l’usage aux paroissiens, mais ils sont à la merci des caprices de ceux qui osent s’en attribuer la possession.
A part ceux qui ont été cités au cours de la présente note, les documents particuliers sur les tabernacles nous font défaut, et on peut faille la même remarque au sujet des églises et chapelles. Toutes, on l’a dit, sont comme de grands tabernacles servant d’abri à un tabernacle plus petit ; mais aucune n’a pour vocable le Saint-Sacrement, si on en excepte une ancienne chapelle de l’église de Gallardon, qui maintenant est consacrée à saint Joseph (1).
Luminaire eucharistique.
L’Eglise a toujours entouré le Saint-Sacrement de toutes les marques d’honneur que lui inspire sa foi à la présence réelle du Dieu-Hostie; mais celle qu’elle regarde comme la principale, c’est la lampe, qu’elle prescrit de faire brûler, nuit et jour, sans interruption, devant le tabernacle qui renferme la sainte réserve. Cette lampe toujours allumée est, avec le conopée, le signe auquel on reconnaît la présence du SainLSacrement. L’Eglise a également
(1) Le 2 septembre 1766, la Sainte Eucharistie ayant été déposée pour la première fois dans le tabernacle de la chapelle de S. -François de Serez, paroisse d’Orrouer, le curé fit la relation de ce fait en beau latin. Voici la traduction des dernières lig-nes: « Puisse donc à l’avenir, et tant que le saint lieu de cette chapelle subsistera, le très-saint Corps du Christ y être loué et adoré, comme il le mérite, par les fidèles qu’un sentiment de vraie et pure piété y amènera. » Signé. Lemaistre.
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fixé la matière qui doit fournir la lumière destinée à honorer l’Eucharistie; c’est Ehuile la plus pure, l’huile d’olive ou au moins l’huile végétale, comme aussi c’est la cire pure, V œuvre des abeilles qui est exigée pour l’autel où se dit la messe, où le Saint-Sacrement est exposé.
Ces prescriptions semblent avoir été connues et observées de toute antiquité, et les plus vieux documents que nous possédions, sur le culte eucharistique, nous montrent les fidèles pleins de sollicitude pour qu’on puisse les accomplir honorablement. En voici quelques-uns.
1202. — Louis, comte de Chartres, donne à la chapelle du château de Chartres 3 setiers d’huile pour l’entretien de la lampe du sanctuaire. [Le château de Chartres^ par M. l’abbé Métais, p. 25).
1208-1248. — Fondation d’un cierge ardent devant le Saint-Sacrement par Miles chevecier de l’église de Chartres. (Archives dép. G. 1460).
1231. — Miles de Champs fonde un cierge à perpétuité pour brûler devant le Saint-Sacrement, à Notre- Dame de Chartres. (Cartul. Notre-Dame, IL 123).
1282. — André de Prulay donne à l’église de Corbon au Perche 35 sous de rente, pour entretenir à perpétuité, une lampe devant la Sainte Vierge et fournir une torche) pendant l’élévation à la messe. (Cartulaire Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou, p. 191.
1449. — Jehanne Lhuillier, veuve de Jacques Boucher, seigneur de Guilleville, baille une torche à 4 églises du diocèse d’Orléans, pour la lévation du corps de N. -S.
1409. — Les maîtres texiers font faire, en l’église Saint- Nicolas près Saint- André, une verrière représentant une lampe devant une couppe pour reposer le corps de Jésus-Christ, pour rappeler qu’ils sont tenus d’entretenir la lampe qu’ils ont fondée. [Livre de bois de Saint- André, par M. 1 abbé Métais, p. 30).
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1555. — Charles Rousselet, praticien, et Françoise Millet, sa femme, lèguent 100 sous à l’église Saint-Lubin de Châteaudun, pour ayder à fournir l’huile de la lampe ardant et flambant de jour et de nuit devant le Corpus Domini.
1652. — Jacques de la Ferrière, écuyer, sieur dudit lieu, lègue à la fabrique de Frazé, une maison sise à Frazé, pour entretenir une lampe flambante devant le Saint- Sacrement, tant de jour que de nuit à perpétuité. (Archives de la fabrique de Frazé).
1663. — Sentence du bailli de Dunois qui condamne les échevins à fournir, aux frais de la ville, 8 torches de cire jaune pour les processions de la Fête-Dieu, et à faire tendre les maisons des habitants de la religion dite réformée. (Archives munie, de Châteaudun, GG. 115.)
1698. — Messire Pierre Rocheron, avocat au Parlement, intendant de M. d’Armenonville, donne une lampe et 50 livres à Téglise d’Armenonville, pour servir aux grandes fêtes devant le Saint-Sacrement. [Chroniques d’Armenonville-les-Gâtineaux, par M. l’abbé Métais, p. 222.)
1698. — Messire Hubert Desvaux, ancien curé de Saint-Aubin-des-Bois, mort en 1698 et inhumé à Chartres au cimetière Saint-Michel, donne 100 sous de rente à cette église de Saint- Aubin, pour diverses intentions, et entre autres pour qu’une lampe brûle continuellement devant le Saint-Sacrement. (Martyrologe de la paroisse et autres papiers brûlés par un instituteur au XIX* siècle ; une plaque de cuivre dans Féglise en conserve le souvenir).
1713. — Mathieu Goupillon, curé de Fontaine-la-Guyon, lègue 50f de rente pour entretien d’une lampe à perpétuité.
Confréries du Saint-Sacrement
Voici quelques noms des plus anciennes confréries du Très Saint-Sacrement ; quand la date qui les accompagne est celle de la fondation, elle est suivie de la lettre f. Les dates non précédées de cette lettre indiquent seulement qu’à cette date l’existence en a été constatée.
1526. La Chaussée d’Ivry.
1539. Chartres : église Saint-Maurice.
1548/'. Nogent-le-Rotrou : église Notre-Dame.
1550/'. Chartres : église Saint-Hilaire.
1551. Dreux: église Saint-Pierre.
1554^ Prouais : bulle d’érection 1554.
1556/'. Chartres : église Saint-André.
1567/. Dign\^.
1583. Chartres : église Sainte-Foy.
1589. Ver-les-Chartres.
1597. Châteaudun : église de la Madeleine.
1626/. Cloyes.
1635. Villars.
1642. Oisonville.
1643. Villemeux (avec Saint-Sébastien).
1643. La Folie-Herbault.
1644/. Brou.
1647. Hanches.
1()53. Senonches.
1666. Beaumont-les- Autels : rétablie cette année-là,' mais reconnue plus ancienne.
Il en existait beaucoup d’autres; elles ne sont pas mentionnées parce qu’on ne sait quelle date leur assigner.
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