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CHAPITRE I

BIOGRAPHIE DE GUILLAUME AUX BLANCHES-MAINS

Les renseignements qui nous sont parvenus sur la jeunesse de Guillaume aux Blanches-Mains sont assez peu nombreux. On s’accorde à dire qu’il naquit en 1135 (1). Les mois et lieu de sa naissance nous sont inconnus.

Il était le quatrième fils de Thibaut (2), deuxième du nom, comte de Champagne (3), sa mère était Mahaud, fille de Beaudouin, comte de Flandre. Par sa grand’mère il descendait de Guillaume le Conquérant (4). li se trouvait donc, par le seul fait de sa naissance, allié à toutes les grandes familles du Royaume. En dehors de ses mérites personnels, il faut reconnaître que le privilège de sa haute naissance contribua pour beaucoup à lui attirer de nombreuses dignités.

Le comte de Champagne destina de bonne heure son fils Guillaume à la carrière ecclésiastique. En 1145, Guillaume aux Blanches-Mains était déjà clerc, il porte ce titre comme témoin dans une charte de cette année, donnée par son frère Henri (5). Son père l’envoya étudier aux écoles de Paris que dirigeait alors Pierre Lombard (6). Il

(1) Gallia Christiana, t. vill, col. 1145. Marlot : Histoire de la ville de Reims, t. iii, D’Arbois de Jubaiuville : Histoire des Comtes de Champagne.

(2) D’Arbois de Jubainville. Histoire des comtes de Champagne, page 404, t. II.

(3) Mort le 6 janvier 1156.

(4) Histoire littéraire de la France, t. xv, page 102 (Gauthier de Lille).

(5) Cartulaire de Montier-la-Celle, Lalore, page 42. N*’ 94.

(6) Gallia Christiana, t. Vlil, col. 1145.

« Sacris ab ineunte ætate deditus in scholis Parisiensibus sub Petro Lombardo educatur » : d’Arbois de Jubainville, op. cit.

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s’adonna à l’étude du droit canon et des poètes anciens alors connus (1).

Ses éludes furent sérieuses du témoignage même de quelques contemporains, Pierre de Poitiers vante son éloquence, Gauthier de Chatillon ses connaissances philosophiques et Pierre de Blois exalte sa science en droit civil et en droit canon. Il est cependant regrettable que le pe tit nombre de lettres que nous possédons de lui ne nous donne pas de plus amples renseignements sur ses auteurs favoris. On y trouve une seule fois une citation d’un vers d’Horace.

Ses études finies, Thibaut, qui « dans l’établissement de (( ses enfants n’avait pas la piété pour seul mobile », écrivit à saint Bernard (2) pour le prier de protéger le jeune Guillaume sur la tête de qui on voulait déjà réunir plusieurs bénéfices.

Saint Bernard répondit au comte de Champagne une lettre très ferme dans laquelle il se refusait à prêter la main à ces projets (3).

« J’offense Dieu sans aucune raison », disait l’abbé de Clair vaux, « si je fais ce que vous me demandez. Car je n’ignore pas que les dignités ecclésiastiques sont dues à ceux qui veulent et peuvent les remplir dignement selon Dieu ».

« Employer, vous et moi, les sollicitations pour les faire donner à un petit enfant comme votre fils, serait une injustice de votre part et une imprudence de la mienne. Un homme fait ne peut réunir plusieurs bénéfices sans dispense, et cette dispense doit avoir pour cause les besoins de l’Eglise et les services que l’on peut attendre de cette personne. Si ce que je vous dis vous paraît dur et si vous persistez dans votre projet, pardonnez-moi ce lan-

(1) Abbé Clerval, Les Ecoles de Chartres du W® au XVI^ siècle^ passim.

(2) D’Arbois de Jubainville : Histoire des Comtes de Champagne^ t. ii, p. 404.

(3) Saint Bernard, ep. n° 271. Dom Bouquet, XV, p. 617.

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gage. Vous avez, si je ne me trompe, assez d’influences par vous-même pour obtenir sans moi ce que vous souhaitez. Ainsi votre volonté s’accomplira et je ne commettrai pas de péché ; certes je désire en toutes choses le bonheur de votre petit Guillaume, mais la science de Dieu doit primer tout. Je ne veux pas que votre fils obtienne rien contre Dieu, car je craindrais alors qu’il n’obtint pas Dieu.

« Si cette manière de voir n'est pas la sienne, je ne veux pas accorder à son entreprise un concours qui pourrait me faire, à moi aussi, perdre Dieu. Dès qu’il se présentera une fonction qu’il puisse remplir selon Dieu, je lui donnerai la preuve de mon amitié... je ne lui refuserai pas mes services s’il en a besoin... »

Une grande imprécision règne sur toute cette époque de la jeunesse de Guillaume. Toutefois, il semble qu’on peut rapporter cette démarche faite par Thibaut aux environs de l’année 1150. Les termes mêmes de la lettre : (( Notre petit Guillaume », indiquent encoreun enfant. Ce dut être au reste la première démarche faite dans ce sens par le comte de Champagne. Nous connaissons un acte de l’année 1149 c|ui semble indiquer que Guillaume possédait déjà un petit bénéfice ecclésiastique. Dans ce document il est ciuestion d’un procès entre Guillaume d’une part, et les moines de l'abbaye de Châteaudun au sujet de l’église de la Choue sur laquelle le premier prétendait avoir certains droits auxquels il renonce.

Vers le même temps d’autres dignitaires de l’Eglise furent pressentis par le comte Thibaut et notamment Pierre de Celles, c|ui moins ferme que saint Bernard, consentit à écrire au Pape Eugène III pour le prier de vouloir bien faire accorder au jeune Guillaume la prévôté de l’église de Soissons.

Dans cette lettre (1), l’abbé annonce au Pape qu’il lui

(l) Meiiet et Jarry, Carlulaire de la Madeleine, p 18.

(1) Letlre de Pierre de Celles. Dom Bouquet, XVI, p. 707. Cette lettre fut écrite vers l’année 1153.

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env^oie l’archidiacre de l’église de Soissons, Raoul et (ju’il le charge de demander pour Guillaume la prévôté de cette église.

A sa requête, il joint un éloge pompeux de son protégé. Il fait ressortir la grandeur de sa naissance et les qualités par lesc{uelles se recommande le fils du comte Thibaut. 11 termine en disant de quels secours seront pour lui les conseils de ses deux frères le comte Henri et le comte Thibaut, sénéchal du Roi.

“ Cette lettre fut-elle suivie d’effet ?

Nous ne le croyons pas, Le nom de (juillaume ne figure dans aucun acte de l’église de Soissons. En outre, le même Raoul qui figure comme archidiacre dans la lettre de Pierre de Celles et dans un acte de l’année 1140 (1) apparaît en l’année 1156 comme prévôt de la dite église ^3). Il est donc probable que la demande de Pierre de Celles resta sans effet, ou que l’archidiacre préféra solliciter pour lui cette même dignité.

Tels sont les renseignements qui nous sont parvenus sur la prime jeunesse du futur cardinal. En l’année 1163 son nom figure dans Robert du Mont comme évêque élu de Lyon. L’élection de Guillaume au siège de Lyon est controversée. Mais avant d’aborder cette question il est bon d’examiner d’abord quelcjues assertions de différents biographes.

Presque tous ceux qui s’occupèrent de Guillaume aux Blanches-Mains lui décernent différents titres et le font possesseur de nombreuses prébendes et titulaire de plusieurs charges.

Il fut d’après Marlot, l’Histoire littéraire, la Gallia, chanoine de Cambrai, doyen de l’église de Meaux, prévôt des églises de Soissons, de Saint-Quiriace, de Provins et de l’église de Troyes.

(1) Gallia Christ. IX, col. 116.

(2) Gallia Christ. IX, col. 124.

Dès à présent, nous avons dit pourquoi nous pensions que Guillaume n’avait jamais été prévôt de l’église de Soissons.

Qu’il ait été chanoine de Cambrai, la chose est possible, quoique douteuse. Aucun des auteurs qui attribua à ^Guillaume cette dignité ecclésiastique n’a donné les actes sur lesquels il appuie son assertion.

Deux chartes des archives du Nord, relatives à la cathédrale de Cambrai, datées de 1162 et 1163, ne font aucune mention de Guillaume parmi les dignitaires de cette église^ On trouve seulement un Guillelmus levita. Mais il ne semble pas qu’on puisse identifier Guillaume aux Blanches-Mains avec ce personnage.

D’un autre côté, le manque de documents ne peut infirmer d’une façon absolue des assertions qui reposent sur des actes peut-être perdus ou qui peuvent s’expliquer par l’habitude, que certains chanoines de cette époque avaient de ne pas résider.

Nous avons pour Meaux des documents certains.

« Guillaume aux Blanches-Mains fut doien de la cathédrale de Meaux », dit du Plessis (1). — On le trouve en effet mentionné dans la liste des doyens entre les années 1163 et l’année 1165 (2).

En l’année 1163 il figure parmi les témoins de la Charte d’Etienne de Meaux, érigeant l’office de la Sous-Chantrerie (3).

Enfin, affirme l’auteur de l’histoire de la même église, son nom se rencontre en l’année 1165.

La charge de prévôt de l’église deTroyes était une di«

(1) Du Plessis, Histoire de VEglise de Meaux, t. i, p. 154-155.

(2) Du Plessis, Histoire de l’Eglise de Meaux, p. 560, t.

(3) Du Plessis, Histoire de l'Eglise de Meaux, p. 560, t. i®^’, pièces justif , t. Il

(( Actum .. MCLXIII... .assistenlibus . . Willelmo decano...

Ex tabulario ecclesiæ Meldensis. »

GUILLAUME AUX BLANCHES-MAINS

gnité importante. Elle conférait au possesseur le premier rang après l’évêque, le droit de juridiction sur les chanoines au temporel et au spirituel. Guillaume détint cette charge pendant un certain temps ; il ne la résigna qu’au courant de l’année 1167. A cette date, il renonçait aux droits de justice qu’elle conférait, à la prébende, se réservait seulement vingt livres de rente annuelle, et exprimait le désir qu’après sa mort, cette charge fût supprimée (1). Il en fut fait suivant son désir, malgré la demande du pape Alexandre III qui pria, en 1167, Henri évêque de Troyes de cpnférer cette dignité à Herbert de Boscham (2).

Il n^y a guère à s’étonner que Guillaume ait été en même temps prévôt de l’église de Saint-Quiriace de Provins. Il se trouvait à la tête d’une église que son père Thibaut avait comblée de bienfaits (3).

Jeune encore il avait été chanoine de cette église puis plus tard prévôt. La date de son installation et celle de sa sortie de charge nous sont inconnues. La dernière cependant peut être approximativement fixée aux environs des années 1168, ou 1169.

Nous possédons un acte de l’année 1169 par lequel Guillaume approuve l’élection de Maitre Etienne comme prévôt du chapitre de Saint-Quiriace (4). A la sortie de sa charge, il avait dû recommander son élection, aussi rencontre-t-on les mots : « Ex quæ rationabiliter statuuntur et præsertim quæ per nos et in nostra presentia fiunt, firmiter et inconcusse observari dignum duximus. »

On a discuté une assertion de Robert du Mont au sujet de Guillaume aux Blanches-Mains. Le chroniqueur dit à l’année 1163 que l’archevêque de Lyon, Héracle, étant mort le peuple et le clergé réunis et d’accord avec l’empe-

(1) Lalore, Cartulaire de SainUPierre de Troi/es, pag'e 29.

(2) Lalore, Cartulaire de Saint-Pierre de Troyes^ page 210.

(3) Bourquelot, Histoire de Provins, p. 112.

(4) Collection Michelin, 85^ pièce n® 7. Bib. de Provins.

GUILLAUME AUX BLANCHES-MAINS

peur Frédéric, élirent Guillaume, fils du comte Thibaut le Vieux, et, ajoute le chroniqueur, le Pape Alexandre 111 donna son consentement (1) à cette élection.

Les historiens de France repoussent cette assertion de Robert du Mont. En effet, disent-ils, si cette élection avait eu lieu, suivant le droit ordinaire, le nouvel élu aurait pu se démettre de ses fonctions, et nous n’avons pas de trace de cette démission. En outre tous les autres historiens ne mentionnent que deux compétiteurs au siège épiscopal ; Drogon, archidiacre de Lyon et Guichard, abbé de Pontigny. Le premier fut d’abord élu, le second triompha à une seconde élection (2).

Il n’est dans toute cette affaire fait aucune mention de Guillaume aux Blanches Mains. M. Léopold Delisle (3), dans l’édition de Robert du Mont, pense que l’élection eut lieu, mais qu’elle ne fut pas suivie d’effet. C’est à son avis que nous nous rangeons, car il est difficile d’admettre qu’à une époque où la lutte était aussi mouvementée entre la Papauté et l’Empire, Alexandre III eut donné son assentiment à une élection faite par le Chapitre d’une ville soumise à l’empereur et sous l’influence, par conséquent, de l’antipape Victor IL

Au demeurant Guillaume ne devait pas tarder à être élevé à de nouvelles dignités. Il venait datteindre sa vingt-neuvième année, lorsque le siège épiscopal de Chartres devint vacant par suite de la mort de Robert III (4).

L’élection sans être tumultueuse fut tout au moins difficile, il fallut, en faveur de Guillaume, faire agir les plus fortes influences.

Une lettre de Thibaut, comte de Blois, à Louis VII (5) nous a conservé le récit de cette élection.

(1) Robert du Mont. Dom Bouquet, 1. xiii, p. 307.

(2) Gallia, t. iv, Inst , p. 20.

3) Léopold Delisle, Robert du Mont. Note à l’année 1163.

(4) Hobert JIl mourut le 23 sept. 1161. Gams, Sériés episcoporum,

(5) Dom Bouquet, t. xvi, p. 103.

GUILLAUME AUX BLANCH ES-M AINS

L’évêque mort n’était pas encore enseveli que déjà le prévôt Geoffroi s’était fait élire.

« Je fais savoir à Votre Majesté, écrit Thibaut, que le « prévôt Geoffroi a voulu s’élever à l’épiscopat. Dès l’aube, « avant même que l’évêque ne fut enseveli, il pénétra « dans l’église de Notre-Dame avec ceux qui favorisaient « sa cause et là^ il se fit élire évêque en l’aVjsence du « doj^en, qui ignorait absolument le fait [lui, qui a pour- « tant la première voix dans une élection] et en l’absence « de plusieurs autres chanoines. »

U Le doyen pensait d’abord ensevelir l’évêque, et vous (( envoyer ensuite des messagers afin d’obtenir l’autorisa- « tion de procéder à l’élection. Ce n’est pas là ce qui fut (( fait, et en cela on a manqué à Votre Majesté. Mais, si « cela est votre désir, le mal peut se réparer, et ceux (( qui l’ont causé doivent être punis. »

« A quelque temps de là, le doyen ayant appris qu’on « avait ainsi procédé à cette élection irrégulière entra dans (( l’église avec quelques chanoines et élut mon frère Guil- « laume. Geoffroi vous a envoyé des messagers, mais je « vous supplie de ne donner aucun assentiment à cette « élection avant que je vous aie parlé (1). »

A la suite de cette lettre, la question fut portée devant le Pape Alexandre III. Celui-ci, étant à Sens, par lettres du 8 octobre 1164 adressées aux membres du chapitre de l’église de Chartres, ordonna de recommencer l’élection faite inconsidérément. Il leur fixait un terme pour se mettre d'accord sur le choix d’un candidat, avant les Octaves de l’Epiphanie ; c’est-à-dire le 13 janvier 1165 (2).

L’élection de Guillaume à l’évêché de Chartres doit donc se placer au début de l’année 1165 (3).

(1) Cettre lettre se place entre le 23 septembre, date de la mort de Robert III, et le 8 octobre 1164, date de la lettre d'Alexandre IJI, ordonnant au chapitre de Chartres de procéder à une nouvelle élection.

(2) Dom Bouquet, t. xv, p. 823. Jaffé n° 11068.

(3) (( Guillelmus, frater comitis Theobaldi, eligitur ad regimen ec-

GUILLAUME AUX BLANCHES-MAINS

Cette année même, Guillaume alla rejoindre le Pape Alexandre III à Montpellier. Il dut accomplir ce voyage entre le 10 juillet 1165, date de l’arrivée du Pape à Montpellier, et le 20 août de la même année, époque à laquelle Alexandre III se mit en route pour rentrer en dtalie (1).

Ce fut pendant ce voyage que Guillaume qui n’était pas encore diacre obtint du Pape la permission de faire différer pendant cinq ans sa consécration (2). Aussi bien ne trouvons-nous jamais sur les actes la mention « episcopus Carnotensis » mais toujours « electus Carnotensis episcopus ».

Alexandre III allait dès lors prodiguer ses faveurs au nouvel élu. Il lui remit (3) pour le roi Louis VII une lettre dans laquelle il annonçait au roi la réception amicale cju’il avait faite au nouvel élu, tant à cause de Sa Majesté Royale que pour le respect qu’on devait à la naissance du prélat. Il suppliait instamment le Roi d’avoir un soin particulier pour la vertu de Guillaume afin qu’il devint de plus en plus fidèle et attaché à son service. Il lui en saurait de très humbles grâces, comme à un monarque très chrétien, un prince très libéral et à un puissant Seigneur du Saint-Siège.

Cette lettre est du 19 août 1165. A partir de cette époque nous rencontrons peu de faits marquants dans la vie de Guillaume pendant une année.

11 dut s’arrêter à Troyes au retour de Montpellier, car nous trouvons sa signature au bas d’un acte de 1165 (4).

Nous le retrouvons encore en 1165 à Orléans. Il figure

clesiæ Carnotensis, data ei remissione a Papa, propter juvenilem ætatem ut usque ad quinquennium differretur sacratio ejus. » Robert de Thorigny. Edition Léopold Delisle, t. I®'’, p. 357.

(1) Jaffé, Itinéraire d’Alexandre III.

(2) Note supra, p. 115 ou 200. Robert de Thorigny.

(3) Jaffé, N® 11234. Dom Bouquet, XV, p. 842.

(4) Cartulaire de Moutiers en Argonne, t. ii, p. 136, — d’Arbois de Ju» bainville. Histoire des Comtes de Champagne.

GUILLAUME AUX ÊLANCHES-UAmS

comme témoin dans un acte de Manassé, évêque d’Orléans, au sujet de la chapelle de Marolles (1).

An mois de décembre de cette même année, il fut promu à la dignité de diacre, dans la cathédrale de Sens, par Hugues de Toucy, archevêque de Sens (2).

L'année 1166 réservait à Guillaume de plus importantes affaires. Pour la première fois il assista à un concile réuni à Beauvais. Ni Héfélé, ni M. Labande dans son histoire de Beauvais ne parlent de ce concile. Du Plessis dans l’histoire de l’Eglise de Meaux en dit seul quelques mots.

Le concile avait été assemblé pour mettre un terme aux discordes et aux scandales causés dans le diocèse de Meaux par les moines de l’abbaye de Rebais (3).

Ceux-ci se prétendaient exempts de la juridiction de l’évêque de Meaux, s’appuyant sur une bulle d’innocent II qu’ils avaient obtenue au moyen de pièces fausses. Leur abbé, Noël, s’était retiré à Cluny. Brice son successeur se soumit à Etienne, évêque de Meaux. Les moines furieux chassèrent les curés des paroisses où Tabbaye possédait des biens. Ils furent excommuniés par l’évêque et l’abbé.

Deux ans se passèrent ainsi, mais au concile de Beauvais tous furent excommuniés. L’Archevêque de Sens, Guillaume, élu de Chartres, les évêques de Meaux, de Paris, en informèrent par lettre (4) les autres prélats. Ce concile eut lieu avant le 24 juin 1166, le dernier terme fixé avant l’excommunication étant la fête de saint Jean- Baptiste (5).

A partir de cette époque de sa vie, le rôle de Guillaume

(1) Cartulaire de Notre-Dame de Chartres, vol. 1®’’, p. 173, Merlet éd.

(2) Gallia, ch. XII : « Sabbato ante Natale Domini 1165 ad diaconatus ordinem promotus estapud Senones ab Hugone archiepiscopo.

(3) Ces scandales de Rebais duraient depuis 1128. Cf. D. Toussaint du Plessis, Histoire de l’Eglise de Meaux.

(4) Dom Toussaint du Plessis, t. ii, pièce n® 107, pag^e 55.

(5) « Nisi usque ad proximam diem Nativitatis Johannis Baptistæ <( resipuerint excommunicavimus. " id.

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aux Blanches-Mains s’étend de telle façon et son iafluence se fait sentir sur tant d’affaires différentes qu’il est difficile de les présenter ensemble. Nous marquerons donc simplement les événements les plus importants de la vie de Guillaume.

Le 3 février 1168 (1). Hugues de Toucj, archevêque de Sens, étant mort, le choix du chapitre se porta sur Guillaume aux Blanches-Mains.

La date de l'élection ne nous est pas parvenue, mais elle dut avoir lieu avant la fin d’octobre 1168, car nous avons une lettre à lui adressée par le Pape Alexandre III et datée du 23 octobre 1168(3), dans laquelle se lisent les mots : « Willelmo Senonensi archiepiscopo electo. » S’il faut en croire l’archevêque de Cantorbéry, d’après une lettre qu’il écrivit au Pape, Guillaume aux Blanches- Mains aurait eu l’intention d’aller à Rome pour se faire sacrer par le Pape (4). La situation politique était alors assez tendue entre le Roi de France et Henri II ; aussi bien Louis VII préféra-t-il garder près de lui un conseiller dont il était sûr.

Guillaume resta donc près du Roi et sa consécration comme archevêque de Sens fut faite le 22 décembre de la

(1) Gams, Sériés episcoporum.

(2) « Obiit Hug'o Senonensis archiepiscopus cui successit Guillelmus Theobaldi comitis Campaniæ defuncti filius, frater reginæ Francise Adelæ,qui erat Carnotensis electus sed nondum episcopus. )> Guillaume de Nangis, D. B. XX, 738.

(3) Cette lettre n’est pas mentionnée dans Jaffé, mais on la trouve au t. VI, p. 485 : Materials for the history of archhishof T. Becket : James Grairie Robertson.

(4) Materials ; etc,, t. vi, p. 486.

« Venerabilis vir et virtutum radiis Gallicanam illustraturus, Deo, ut speramus adjuvante, ecclesiam, dominus Senonensis ad sedem apostolicam sicut intelleximus accedere desiderabat, a sanctitate vestra gratiam consecrationis ex proposito recepturus, sed devotissimus filius vester Christianissimus rex Francorum, hinc pericula itineris metuens inde regni nécessitâtes patenter exponens .. electi suspendi consuluit iter, consecrationem ejus potius fieri quam deferri, sicut ab iis qui præsentes fuerunt accepimus. »

GUILLAUME AUX BLANCHES-MAINS

même année par Maurice de Sully (1) dans l’église Cathédrale de Sens (2).

Il y eut à Sens une grande assemblée de prélats et d’évêques pour cette consécration. Le roi et la reine y assistèrent, beaucoup de grands du royaume avec eux (3).

Bien qu’élu et consacré archevêque de Sens, Guillaume conserva, sur une dispense spéciale du Pape, l’évêché de Chartres. Nous avons, en effet, toute la série de ses actes comme archevêque de Sens et évêque de Chartres. Cette faveur lui avait tout d’abord été accordée pour deux ans (4), puis elle dut lui ,être prolongée, car il ne se démit de révêché de Chartres, qu’au moment où il fut élu archevêque de Reims.

Nous avons un acte de l’abbaye de Saint-Martin au Valles-Chartres par lequel Thibaut, comte de Blois et dudit lieu,, donne aux religieux de ce prieuré les près de Henri Prevort à la prière d’Hervé, prieur du dit Saint-Martin, en date de 1168, et qui contient la mention de cette double dignité : « Guillelmo fratre meo cathedra Senonensis episcopatus residente et Carnotensem episcopatum tencnte (5).

Chacun recherchait l’amitié du nouvel archevêque de Sens. Dans une lettre adressée en 1168, le jour même ou

(1) Victor Mortet, Maurice de Sully. — Gallia CkriaUana, XI.

(2) Guillaume de Nang-is : « Hune Senonis consecravit Mauritius venerabilis Parisiensis episcopus. D. Bouquet, Historiens de France, XX ; 738, ex chronico Will. Godelli [Chron. de Saint-Martial de Limoges D. B. XIII, p. 677a.

Huic successit splendidissimus juvenis dominus Guillelmus Carnotensis electus sed nondum episcopus. Consecratus... est a domino Mauricio episcopo Parisiensi XI kal. januarii.

(3) Lettres de Thomas Becket au pape Alexandre IH, Materials, etc..., VI, 489. ... rege et regina

et primoribus regni assistentibus...

(4) Archiepiscopo quoque Senonensi in fata secedente, electus Carnotensis ei successit concesso tamen in episcopatu Carnotensi per biennium à papa Alexandre. Robert du Mont. D. Bouq. t. xiii, p. 312.

(5) Signalé par Souchet, t. ii, p. 481. Histoire du Diocèse et de V Eglise de Chartres..

GUILLAUME AUX BLANCHES-MAINS

le lendemain de sa consécration par Jean de Salisbury à Jean de Belmeis évêque de Poitiers, celui-ci fait de Guillaume un grand éloge : C’est, dit-il, un homme de grand avenir, de réputation fameuse, d’une grande autorité, et de beaucoup de puissance dans le ro3^aume... Tl n’y a dans le clergé français personne à l’égaler sous le rapport de la prudence et de l’éloquence (1).

Depuis l’année 1169 Guillaume porta le titre d’archevêque de Sens et celui de légat du Saint-Siège (2).

Des ambassades politiques (3), l’administration de son vaste diocèse (4), et des voyages divers pour visiter les églises qui dépendaient de son archevêché de Sens et de son évêché de Chartres occupèrent Guillaume aux Blanches-Mains durant cette année.

En 1170, par des lettres apostoliques du 28 mai, Guillaume fut chargé de réunir un concile à Paris pour condamner une proposition de Pierre Lombard, et empêcher qu’on l’enseignât dans les écoles (5).

Par ces lettres, le Pape Alexandre 111 recommande à Guillaume ce qu’il lui a déjà demandé de faire lors de leur rencontre à Sens, et le prie de combattre cette doctrine que le Christ n’est rien en tant qu’homme.

Nous n’avons sur ce concile aucun renseignement très certain (6). Héfélé dans le chapitre des synodes et conciles occidentaux n’en parle pas. Toutefois sous le n® 485 du Cartulaire général de Paris, M. de Lasteyrie signale une

(1) Lettre de Jean de Salisbury à Jean, évêque de Poitiers. Dom Bouquet, t. XVI, page 587.

(2) Gallia, t. xiii. a Et certe anno 1169 dicitur archiepiscopatus in charta Scarlcianum. Hoc quoque anno primo legitur sedis apostolicæ legatus in tabellis Barbelli.

(3) Chapitre II. Rôle politique de Guillaume.

(4) Dédicace de l’église de Josaphat.

(5) La proposition de Pierre Lombard consistait à savoir si le Christ en tant qu’homme est quelque chose. La lettre est indiquée par M. de Lasteyrie, Cartulaire général de Paris, n® 484.

(6) Notes de M. de Lasteyrie. Cartulaire général de Paris, n® 484.

GUILLAUME AUX BLANCHES-M AINS

lettre de Geoffroi de Sainte-Barbe à Jean, abbé de Beaujerais (1) qui semble bien indiquer que le concile fut réuni : Tabbé Geoffroi exprime les regrets qu’il a eu de ne pouvoir se rendre en Normandie lorsque son ami y est venu, vu la dure nécessité où il s’est trouvé de se rendre à un concile réuni à Paris.

Cette même année Guillaume dut faire un voyage à Rome pour défendre la cause de Thomas Becket dont il était un zélé partisan. Ce voyage eut lieu après le 12 octobre (3). Line lettre de Thomas Becket à lui adressée au mois de novembre 'nous apprend que Guillaume était à Rome à cette époque (4). Il voulait obtenir du Pape le droit d’excommunier Henri 11 si une réconciliation n’avait pas lieu entre lui et son ancien Chancelier. Quelques dates sèches sont les seuls renseignements que nous ayons sur Guillaume aux Blanches-Mains (6) pour les années qui suivent. Le 13 novembre 1175, Henri de France archevêque de Reims, mourut (7). Guillaume fut élu pour le remplacer (8).

(1) Martène, Thésaurus anecdot. t. col. 517.

(2) Baronius pense que la lettre adressée à Guillaume archevêque de Sens au sujet de Pierre Lombard fut écrite après le Concile de Latran, où la question de la doctrine de Pierre Lombard fut discutée et ne fut pas formellement condamnée par le pape sur les instances des cardinaux et d’Adam, évêque de Saint-Asaf. C'est là une allég-ation que démentent les faits.

(3) A cette date en effet eut lieu une réunion de rois entre Tours et Amboise et Guillaume y asista.

(4) Cf. Chapitre II, affaire Thomas Becket.

(5) Benoist Peterb. et Howeden. Miseratus etiam Ang^licanæ ecclesiæ desolationem Willelmus Senonensium antistes sedam apostolicam petiit et a Borna ecclesia impetravit ut rex Ang-lorum, omni appellatione cessante, subjaceretur anathemati et reg-num interdicto nisi pax Cantuariensi ecclesie redderetur.

Jean de Salisbury, Materials, t. ii, page 315, Vie de Thomas Becket.

(6) Cf. Chapitre IL Rôle politique de Guillaume aux Blanches-Mains.

(7) Gams, Sériés episcoporum.

(8) Henrico defuncto Remis ad sedem eamdem de Senonensi transfertur Willelmus, genere clarissimus, prælatus omnibus mansuetudine et humilitate præclarus, Nicolas d'Amiens. D. B. XIV, p. 23.

GUILLAUME AUX BLANCHES- MAINS

La date de Télection de Guillaame noyis est inconnue. Toutefois elle dut être faite entre le 13 novembre 1175 et le 3 avril 1176 (1), car dans une souscription d’un acte du Cartulaire de la Val-Roi (2) on lit « Actum anno Verbi incarnati 1175, vacante sede Remensi, Willelmo Senonense archiepiscopo, Remensi electo ».

Le nouvel archevêque fit son entrée à Reims le 8 août de la même année (3).

Le 24 août 1177, nous le rencontrons à Marchiennes, où il fit la dédicace de l’Eglise (4), avec l’évêque d’Arras et révêque de Tournai.

Pour honorer le tombeau de celui dont il avait été l’ami et le défenseur, Guillaume entreprit un voyage en Angleterre vers le mois de juillet de l’année 1178 (5).

Il s’arrêta à Londres quelques jours, et le 27 juillet il arriva à Cantorbéry (6).

Le roi Henri II qui, mieux qu’aucun autre connaissait l’influence de l’Archevêque de Reims, le reçut à bras ouverts (7). Il se rendit en grande pompe au devant de lui, s’arrêta à Londres, Guillaume resta trois jours (8) dans

(1) Pâques tombait le 3 avril 1176.

(2) Bibliothèque Nationale, fonds latin, n° 10915, mss.

(3) Gams, Sériés épisc. p. 608

D’après son épitaphe : « Bis dénis sex cum sirnplice mense. »

1^4) D. 1^ XIII, p. 281, Annales d'Anchin.

(5) Après le 15 juillet. Le roi d’Angleterre qui le reçut à Londres ne rentra à Londres qu a ce moment. {Itinéraire de Henri II. Stubbs.)

(6) Raoul de Dicet. éd. Stubbs, I. 426.

« Willelmus archiepiscopus Remensis ut orationum vota Thomæ martyr! glorioso persolverit, in comitatu magno venit in Cantuarium, VR kalendas Augusti.

(7) Benoist de Peterboi ough, I. 407, Stubbs.

U Cum que vero prædictus arch. in Angliam applicuisset, habuit ipsum regem sibi obvium et ab eo honorifice susceptus est. Et facta cum rege per aliquantulum temporis spatium mora, reversus est in suam patriam. »

(8) Raoul de Dicet : Stubbs, 1.426.,

« Cum autem ei eximiorum nomine vasa plurima concupiscibilia transmississet, præter Francorum consuetudinem, ab omnibus ma-

GUILLAÜMK aux BLANCllKS-MAlNS

cette ville, fut logé au palais du Roi. A son départ Henri II voulut le combler de présents, mais plus discret que les autres grands personnages français, à en croire les chroniqueurs anglais, il ne voulut accepter qu’un présent sans conséquence.

Guillaume rentra en France par les Flandres (1). En passant par la ville d’Ardres, il fut invité par Beaudouin II à séjourner quelque temps dans le Comté (2).

Des fêtes furent données en son honneur, et le chroniqueur qui nous rapporte le fait, Lambert d’Ardres, nous a conservé un récit piquant de ces fêtes et de ces repas. On servit à Guillaume un grand festin composé de mets et de viandes de toutes sortes. Pendant tout le repas on versa des vins blancs, clairets, et vermeils dans les coupes et les gobelets, tant et si bien que les gens de l’archevêque^ « natifs du pays de France », furent obligés de demander de l’eau pour tempérer la chaleur du vin. »

D’après Marlot (3), Guillaume revint par Amiens, il s’ar. rêta quelque temps dans cette ville pour traiter avec Thibaut III (5), évêque d'Amiens, qui était son parent, différentes questions de discipline ecclésiastique.

Au commencement de l’année suivante (1179), Guillaume partit pour Rome, afin d’assister au concile de Latran.

A la seconde session du concile (6), Farchevêque Guil-

num cohibuit, quædam tamen, quæ non ad muneris consequentiam exlenderentur, in signumdilectionis a rege accipiens. »

(1) Lambert d'Ardres : Ch. de Guines. Dom. Bouq. t. xviii. « Au temps que ung noble homme et digne de mémoire nommé Guillaume, archevêque de Reims, fils du comte Thibaut de Champaingne, acquita son pélérinage vers le glorieux martyr. S. T. de C. en passant par la ville d’Ardres, il fut convié en quelque repos par Beaudoin, comte de Guisnes. »

(2) Beaudoin II. (1169-1206) fils d’Arnoul

(3) XVIII, D. B. Chronique de Guines.

(4) Marlot, t. m.

(5) Thibaut 111, évêque d’Amiens, 1169-1201

(6) 5. 19 mars 1179).

GUILLAUME AUX BLANCHES-MAINS

laume fut élevé à la dignité de cardinal prêtre du titre de Sainte-Sabine.

Presque tous les chroniqueurs sont d’accord sur le fait et sur la date (1).

Toutefois les historiens postérieurs ont commis à ce sujet quelques erreurs.

Ainsi Ciaconius dans son histoire des cardinaux dit que Guillaume fut créé cardinal prêtre de Sainte-Sabine par Alexandre III et cardinal évêque de Preneste par Célestin III. L’erreur est évidente, car jusqu’à l’année de sa mort Guillaume ne porta jamais que le titre du cardinal prêtre de Sainte-Sabine. Quant à Parminus son assertion est aussi fausse. Il affirme que Guillaume fut créé cardinal par Clément III.

Ces deux auteurs sont formellement démentis par Rigord, par Howeden, et les autres chroniqueurs Anglais et enfin par les bulles apostoliques du mois d’avril 1179 sur lesquelles Guillaume apparaît comme témoin avec le titre de cardinal prêtre de Sainte- Sabine du 8 avril au 10 du même mois (2).

Guillaume aux Blanches-Mains dut avoir à celte occasion une nouvelle dispense du Pape^ car il conserva son archevêché tout en étant Cardinal (3).

A la fête de la Toussaint de la même année, Guillaume sacra à Reims Philippe-Auguste. Louis Vil vieillissant avait voulu que cette cérémonie s’accomplit avant sa mort. La maladie qui avait atteint Philippe- Auguste fit retarder cette cérémonie qui devait avoir lieu le 15 août de cette année.

(1) Rigord Ed. DeJaborde.

Howeden. t. ii, p. 170. éd. Maîtres des Rôles, u In quo concilio Willelmus Remensis factus est presbyter cardinalis ad titulum sanctæ Sabinæ » (14 mars).

(2) Jaffé. Regesta. Alexandre III.

(3) Thomassin : Ane. et nouv. dise. p. II, 13. C. 5 : Les évêchés suburbicaires qui étaient titres cardinalices étaient les seuls qui au XIP siècle ne fussent pas incompatibles avec le cardinalat.

De grandes fêtes eurent lieu à Reims (1). Il se fit un grand concours de rois, de grands, de prélats à cette occasion.

L’Archevêque de Reims à qui incombaient les frais du sacre dut faire les choses avec générosité et n’épargner ni les fêtes ni les banquets ; aussi bien dût-il réclamer des subsides au chapitre (2) de l’église de Reims et aux bourgeois de la ville (3). Un fait a été mis en avant, à cette occasion par Du Tillet (i), le Père Anselme (3), et se retrouve dans Marlot. C’est qu’à l’occasion du sacre de Philippe-Auguste, Louis' VII aurait créé Guillaume aux Blanches-Mains duc et pair ecclésiastique. Les historiens s’appuyaient sur le procès-verbal du sacre de Philippe- Auguste. La critique moderne rejette comme faux ce document (6). Du reste l’histoire de l'institution des pairs est assez confuse encore (7).

Quoi qu’il en soit on peut affirmer que l’archevêque de Reims, Guillaume, ne fut pas le premier pair ecclésiastique de cette église.

Rigord, éd. Delaborde, dit :

« Surveniente aytera omnium sanctorum festivitate, Philippus Auguslus, convocatis archiepiscopis, et omnibus terræ suæ baronibus, a Willelmo, archiepiscopo, tituli sancte Sabine, presbytero cardinali, apostolice sedis legato, ipsiusque regis avunculo, coronatus est Remis, adstante Henrico rege Anglie, ex una parte coronam super caput regis Francie ex débita subjectione humililer portante, cum omnibus archiepiscopis episcopis ceterisque regni principibus... »

(1) D. Rouquet, t. xii, 214, 221, 788, etc... t, xiii, 181, 203, 282, 323, 423, 475, etc., sur le sacre de Philippe-Auguste.

(2) Warin : Arch. adm. de la ville de Reims, t. i®r, !«■« partie page 384.

(3) Rogier remarque que les premiers mots de la charte de 1182 rétablissant l’échevinage font allusion à cette aide généreuse. Varin ne ne le croit pas. Nous nous rangeons à l’avis de ce dernier.

(4) Généalogie des comtes de Champagne.

(5) Gallia Christ. lY, col. 96, reproduit la même assertion.

(6) Procès-verbal du sacre de Philippe-Auguste. Note de M. A. Molinier. Nouvelle édition de l'Histoire du Languedoc, t. viii, p. 78.

(7) Luchaire, Manuels des Institutions, p. 560.

GUILLAUME AUX BLANCIÎ ES-M AINS

Le titre de pair est mentionné pour la première fois dans une lettre de 1175 adressée par Pierre Bernard du Coudrai, prieur de Grandmont à l’archevêque de Reims, Henri de France (1). Ce titre ne se retrouve plus ensuite dans les textes, de telle sorte que les historiens qui ne connurent point cette lettre ont été induits en erreur.

Le dimanche qui suivit les fêtes du sacre, un concile fut réuni à Reims sous la présidence de Guillaume. Il avait convoqué tous les évêques de la Belgique seconde, et on traita de toutes les questions qui intéressaient l’Eglise et les évêques (2).

A cette même année se rapporte un voyage fait par l’archevêque de Reims à Lobes ; à quel moment et pourquoi, nous l’ignorons (3).

La confiance qu’inspirait le cardinal de Champagne le ht charger vers la fête de la Saint-Martin, d’une mission charitable par l’évêque d’Evreux. Roger évêque de cette ville mourut (1180) et il lui conha ainsi qu’à l’évêque de Rouen, le soin de partager entre les pauvres une somme qui se montait à plus de 50 livres d’argent (4).

Au moment des querelles intestines qui marquèrent les débuts du règne du jeune roi Philippe, Guillaume aux Blanches-Mains ht en Angleterre un second pèlerinage au tombeau de Thomas Becket. R s’embarqua pour Douvres vers le mois de septembre et resta quelques jours à conférer avec le roi à Winchester. B revint ensuite en France par le même chemin. Ce voyage eut un

(1) Dom Bouquet, t. xvi, page 472.

<( Bone Deus ! auribus nostris audivimus et patres nostri ; Prin. ceps Henricus de Francia, par Francise, dux et archipresul Remensis,, domnus Guillelmus Albimanus, Senonensis archiepiscopus... etc...

(2) D. Bouquet, XIII, 282.

(3) D. Bouquet, XIII. 584.

Willelmus, R. arch. ap. Sed. leg. Lobias venit, comitatus Cameracensi episcopo et comité Hagnoensi. Causam adventus eorum alibi require.

(4) Benoist Peterb. XVIII, p. 449. Dom Bouquet.

GUlLLAUMli AUX B LANXH US- M A IN S

but politique plutôt que religieux, très probablement (1).

Un acte d’intolérance religieuse marque l’année, 1183(2). (1184 n. s). Après la fête de Noël de cette année, Guillaume se rendit à Arras, il conféra avec Philippe d’Alsace, et instruisit pendant ce temps un procès contre les hérétiques ; d’après les uns des Manichéens, d’après les autres des Ariens ou des Patarins. Toujours est-il qu'un grand nombre de « nobles, de gens du bas peuple, de clercs, de chevaliers, de paysans, de vierges, de veuves » furent condamnés au supplice du feu (3).

A la fin de cette même année Guillaume aux Blanches- Mains partit pour Rome. Le pape Lucius III l’avait mandé, mais Philippe- Auguste tenait à ce moment à garder près de lui son oncle : « Vœil de ses conseils », et il avait fait écrire au Pape de permettre à Guillaume de différer son voyage (4).

Les difficultés qui avaient empêché ce voyage s’aplanirent sans doute. Car nous trouvons l’archevêque de Reims à Rome en octobre et jusqu’au mois de décembre (5).

Au mois de janvier 1188, il y eut entre Trie et Gisors une assemblée des rois de France, d’Angleterre et du comte Philippe d’Alsace. La croisade fut décidée dans cette réunion et Philippe-Auguste y reçut la croix des

(1) Benoist de Peterboroug-h.

Au mois de septembre, et au mois de décembre seulement, Henri 11 se trouva à Winchester. ^Gf. Chapitre H.) Stubbs. Itinéraire de Henri H.

Cf. Chapitre II. Rôle politique.

(2) Ce fait se passa au début de l’année 1184, puisque le chroniqueur d’Anchin dit « transactis diebus Nati vitatis. »

(3) Antilles d’Anchin. Dom B. XVIII, p. 536. Rigord, éd. Delaborde, page 22.

« Eodem tempore combusti sunt multi heretici in Flandria a Guillelrno. rev Rem. arch., etc...

(4) Cf. Chapitre 11.

(5) Jaffé :i?egr. Poah'/. Lucius III. Le cardinal de Sainte-Sabine apparaît comme témoin dans les bulles pontificales du P'' octobre jusqu’au 11 décembre.

GUILLAUME AUX BLANCHES-MAINS

mains de Guillaume, archevêque de Tyr, et de son oncle, l’archevêque de Reims (1). Philippe-Auguste, ne pouvant plus reculer devant la menace d’excommunication du Cardinal Jean d’Agnani, malgré le désir peu vif qu’il avait de gagner la Terre-Sainte, reçut en 1190 le bourdon et le bâton de pèlerin à Saint-Denis des mains de Guillaume (2).

Mais avant de partir il tint à régler les affaires de son royaume et à en laisser la garde en bonnes mains.

Quatre jours après la fête de saint Jean-Baptiste, Philippe-Auguste, ayant réuni les grands à Paris, déclara laisser la régence de son royaume à sa mère Adèle et à son oncle, le Cardinal de Champagne (3).

D’après une lettre d’Etienne de Tournai, datée de l’année 1191, Guillaume aux Blanches-Mains dut vers cette époque faire une maladie assez grave, car son correspondant, qui s’occupait beaucoup de sa santé et s’en plaignait souvent, écrit à cette époque que la double charge et le double honneur d'avoir à diriger un diocèse et un royaume devaient être pénibles à une personne plus exposée au travail, que disposée à subir la fatigue. L’éditeur des lettres d'Etienne de Tournai pense que cette opposition des ternies indique une constitution délicate. Nous ne le croyons pas, car cette constitution débile n’aurait guère permis à Guillaume de supporter la vie active qu’il menait, et d’entreprendre perpétuellement de longs et fatigants voyages (4).

(1) Raoul de Dicet. Dom Bouquet, XVII, p, 629, le 22 janvier 1188.

(2) Philippus sportam et baculum peregrinationis Guillelmi Pveinensis archiepiscopi devotissime accepil (le 2i juin 1190). Hig'ord, p. 69, éd. Delaborde.

(3) Teslament de PhUippe-Aurfiisie^ p. 99 etsuiv.,éd Delaborde.

(1) Desilves. Note à la lettre CXCIX. L’éditeur renvoie à une lettre

adressée à Guillaume de Bievres, p. 230, de son édition ; les expressions ne sont plus les mêmes, il dit en parlant des infirmités de ce dernier : cerebrum debile, pectus aridum, stomacus frigidus, et emploie le mot Corpusculum tuum.

GUILLAUME AUX BLANCHES-MAINS

De nombreuses occupations absorbaient Guillaume aux Blanches-Mains (1).

Jusqu’au retour de Philippe-Auguste, la politique, l’administration du royaume et du diocèse furent ses seules pensées (2). Deux grands faits marquent l’année 1192.

Ce fut en effet cette année-là que Guillaume consacra à Reims Pévéque élu de Liège, Albert, frère du duc de Lorraine (3).

Les démêlés d'Albert de Liège avec l’empereur d’Allemagne sont trop connus pour les rappeler ici longuement.

Au mois d’août 1192, Albert de Liège avait quitté Rome et après être revenu sur les terres de son frère Henri de Lorraine, il en avait été chassé sur l’ordre de l’empereur. De là suivant les recommandations du Pape, il avait été trouver l'archevêque de Cologne, Brunon, alors allié ilu roi de France, mais celui-ci étant malade n’avait pu le consacrer (4). Albert de Liège vint alors à Reims. Guillaume le reçut dans sa propre maison (5).

Le 19 septembre il l’ordonna prêtre (6) et le dimanche suivant, veille de la fête de saint Mathieu (7), Albert de Liège fut consacré évêque la cérémonie de l’hommage eut lieu ensuite ; ses partisans et le duc de Bouillon lui prêtèrent serment de fidélité (8).

Pendant ce temps, l’empereur qui patronnait Lothaire, prévôt de l’église de Bonn, mécontent de ne pas voir son protégé élu, interdit à Albert l’entrée de son évêché, pilla

(1) « Nos inmimeris ardaisque reg'ni nobis a Domino reg’e commissi occapali negociis ». Préambule d’un acte de 1192, Collection Mo^ reau, V. 9'i, fM09.

(2) Cf. Chapitre II.

(3) Marini, t. m.

(4) Gilbert du Mont, XV 111, p. 413.

{b) RI. fjord, éd. Delaborde, p. 112.

l'b) Annales d'AnchIn, Dom Bjiiquet, t. xviii, p. 5i5 (le samedi jour des Quatre-l'emps d’Automne).

(7) 20 sept. 1192.

(8) Ex Aegedii Aureæ Vallis monachi, Ch. t. xviii, p. 646. D. B.

GUILLAUME AUX BLANCULS-MAINS

les maisons des clercs, ses partisans (1 ). Sur ces entrefaites Guillaume aux Blanches-Mains, qui avait retardé son voyage en Espagne pour consacrer l’évêque de Liège, partit pour Saint-Jacques de Compostelle (2;.

Albert de Liège dut demeurer à Reims, mais le 24 novembre 1192, d’après le nécrologe de Reims [3], il fut assailli à coups de couteau et d’épée par des traîtres que l’empereur avait soudoyés et qui le firent passer de vie à trépas.

La mention de Rigord et celle du nécrologe de Reims semblent suffisantes pour justifier Guillaume de l’accusation qu’on a portée contre lui d’avoir laissé mourir de faim l’évêque de Liège, qu’il aurait enfermé dans sa maison (4).

Sur le voyage de Guillaume en Espagne nous n’avons aucun renseignement. Nous ne savons ni ce que Guillaume y fit ni la date de son retour. Nous ne sommes pas mieux renseigné sur un fait qu’avance Marlot dans son histoire de la ville de Reims.

(( Innocent III, dit-il, ayant été élu Pape en 1198, créa (( l’archevêque Guillaume son légat en Allemagne, et il (( le chargea d^aller à Cologne pour apaiser le schisme (( arrivé à Mayence depuis la mort de Conrad, cardinal « que Frédéric inquiétait. Guillaume ayant approuvé l’é- « lection de Guillaume évêque du Mans, dont Philippe « portait les intérêts, confirma celle de Siegfried, élu par « le suffrage libre de la moindre mais plus saine partie

des chanoines. »

[\) Annales d’Anchi/i. t. xviii, p 3^5.

(2) Ex Reg. Aureœ Wallis, etc... t. xviii, p. 646. D. B. Statimque dominus Remensis ipsum commendaus ecclesiæ Remensi, et populo civitatis eique valedicens ag-greditur peregrinatiouem suam quam assumpserat in Hispaniam ad sanctum Jacobum apostolum et celer exiit ab urbe Remensi.

(3) Varin, t. 1°'', Re partie.

(4) Rigord, ch 78, ed. Del a borde.

Guillaume Le Brelan, p. 193, id. Reims.

GUILLAUME AUX BLANCHES-M AÎNS

Les dispositions amicales d’innocent III à l’égard de l’archevêque de Reims ne durèrent pas toujours. Guillaume ayant joué dans l’affaire du divorce de Philippe Auguste un rôle prépondérant le pape retira à l’archevêque do Reims une partie de la confiance qu’il lui avait marquée. Il lui supprima même le titre de légat en France, qu’on ne retrouve plus dans les dernières années (2). Celui ci n’ayant pas obéi aux ordres de l’interdit jeté sur le i'03mume, Innocent III le suspendit de ses fonctions d’archevêque.

Aussi bien, Guillaume dnt-il en 1201 se rendre à Rome pour être relevé de cette disgrâce.

Ce fut à la fin de l’année 1201 que Guillaume entreprît ce dernier voyage en Italie. Il y séjourna au mois de décembre 1201. Il reprit le titre de légat en 1202, car il souscrivit à cette époque une bulle d’innocent III (3). En janvier 1202 il était à Agnani. Deux actes [publiés par Varin (4) sont datés”de cette ville en janvier 1202.

Ce devait être le dernier voyage de Guillaume aux Blanches-Mains. Car au mois de septembre 'de la même année, il expira subitement d’uneAttaque de paralysie ^5), à Laon, le 7 septembre (6).

Guillaume aux Blanches-Mains fut enterré à Reims,

(1) Marlot, t. III, p. 494.

(2) Gesta Innocenta III. Qui vero summus Pontifex réserva verat sibi correctionem eorum qui ab initie non servaverant sententiarn interdicti et ipsi sententiaœ suspensionis incurrerant, quam leg-atus protulerat in eos qui eamdem sententiarn non servarenp coinpuls: sunt ad apostolicam sedem personaliter laborare. Venerunt ig-itur Remensis archiepiscopus, Carnotensis, Aurelianensis, Meldensis... etc.

(3) Cf, Léopold Delisle. Etude sur les actes du pape Innocent III. Bibliothèque de l’école des Chartes.

(4) Varin, arch. ad. t. i®r, 2® partie.

(5) Guillermus Remensis archiepiscopatus dum Laonnum venisset morbo subitaneo preventus opprimitur et obtruso lingue officio moritur intestatus.

(6) Longnon, Obituaires du diocèse de Paris, pages 583 et 593.

GUILLAUME AUX BLANCHES-MAINS

en grande pompe et sur son tombeau on grava cette épitaphe.

Moribus excelsior, providus, mitis, prudens et pacis amator Annis bis dénis et sex cum simplice mense Prefuit archiepiscopus Willelmus in uibe Remensi,

Septima septeinbris idus fuit finis meæ vitæ (1).

(1) Marlof, 111, p. 449, Nécrologe de Reims, donne le 5 septembre, (V des ides), d’autres, celai de Rebais, le 6 septembre, celui de i’ep^lise de Chartres le Ylll des ides de sept

GUILLAUME AUX BLANCHES-MAINS

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